Allaitement

Ne pas pouvoir allaiter : un échec?

Dans les cafés-rencontres, les cours de yoga ou les ateliers mamans-bébés, il est facile de les repérer. Qui? Les mamans qui se culpabilisent parce qu’elles n’ont pas pu allaiter. Pas pu allaiter du tout ou qui ont dû arrêter avant la date qu’elle s’était fixée. Parce que, oui, allaiter est devenu un défi. C’est à qui allaiterait le plus exclusivement possible et qui le ferait le plus longtemps possible. Peut-on blâmer les femmes? C’est le message martelé par le gouvernement depuis des années. Allaiter, c’est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. Et quelle mère voudrait déroger au total bien-être de son enfant? Alors, coûte que coûte, même si c’est difficile, même si le bébé ne grossit pas assez, même si les heures de tétée reviennent à un rythme effréné, même si le bébé est au sein pratiquement 20 heures sur 24, même si les engorgements, les gerçures et les crevasses rendent l’expérience douloureuse, même si tout cela, les femmes persévèrent.

C’est le message que tout le monde lui répète. Mais un jour, à bout de nerfs, de force et d’énergie ou simplement parce qu’elles réalisent que cette situation nuit à leur santé physique et émotionnelle, certaines décident d’arrêter. Toutefois, à la minute où elles prennent cette décision, un lourd sentiment d’échec, doublé d’un cuisant sentiment de culpabilité, s'empare d’elles. Pourquoi? Elles ont l’impression de faillir à leur premier rôle de maman. Elles s’étiquettent comme une mauvaise mère, persuadée de l’être totalement, n’ayant pas été capable d’allaiter comme elle le voulait.

« Dans nos cafés-rencontres ou nos ateliers, on les remarque rapidement. En fait, elles se sentent obligées de dire d’emblée et rapidement qu’elles n’allaitent pas leur enfant alors que personne ne l’a demandé. Cela démontre qu’il existe un tel jugement social qu’elles sentent qu’elles doivent se justifier », explique Gaétane Tremblay, directrice générale des Relevailles de Québec.

Le docteur Jack Newman, éminent spécialiste de l’allaitement, s’est longuement interrogé sur le sentiment de culpabilité entourant l’allaitement et le non-allaitement. Dans un document intitulé Breastfeeding and Guilt, il se demande quelles femmes se sentent le plus coupables. « Pas les femmes qui ont fait un choix éclairé avant d'opter pour le biberon. Ce sont plutôt celles qui auraient voulu allaiter, qui ont essayé, mais qui ont échoué. En fait, pour prévenir la culpabilisation des femmes n'ayant pu allaiter, il ne s'agit pas d'éviter de promouvoir l'allaitement; il faut en faire la promotion, mais conjuguée à un soutien de qualité alliant connaissances et savoir-faire. Ce n'est pas ce qui se passe dans la plupart des pays nord-américains ou européens. »

« Le message sociétal qui insiste sur les bienfaits de l’allaitement et que c’est le mieux pour le bébé, tout le monde l’a compris. Il a été tellement martelé que les femmes en sont venues à culpabiliser si elles en dérogent. Elles ont l’impression que parce qu’elles n’allaitent pas leur enfant, elles ne parviendront pas à jouer LEUR rôle de maman comme il faut. Pour elles, la vie du bébé commence à peine que déjà elles n’arrivent pas à faire ce qu’il faut. C’est terrible! », note Gaétane Tremblay.

Être mère : est-ce une performance?

Les mères des années 2000 sont surinformées. Bon côté? Pas toujours. En étant autant criblées d’informations, elles en deviennent anxieuses. Elles ne se donnent le droit ni aux essais ni aux erreurs. Les femmes « entrent » dans la maternité avec un esprit de performance. Normal, pour elles, habituées qu'elles sont à performer depuis l’école jusqu’au travail, habituées de jongler avec des objectifs et de performer à grands coups de résultats, elles « programment » donc leur grossesse et leur maternité. Elles feront du yoga prénatal (et postnatal), accoucheront naturellement, allaiteront, utiliseront des couches lavables, feront toutes les purées, s’entraîneront, ne mettront jamais leur enfant devant la télé, etc. La liste est longue. La pression est grande. « On entend des femmes nous dire « J’ai raté mon accouchement » ou « mon allaitement est un échec », et ce, même devant un petit bébé en pleine forme. En fait, dès que leur maternité ne se déroule pas exactement comme elles le voudraient, les mères se culpabilisent et vivent un réel sentiment d’échec », souligne Gaétane Tremblay. Ce qui mine leur estime d’elle et noircit, à tort, l’image qu’elles ont d’elles-mêmes comme mère.

Le problème n’est pas de ne pas pouvoir allaiter ou de vouloir arrêter, le problème est que l’allaitement est souvent – avec l’accouchement – la première « épreuve » de maman. La première chose que l’on veut réussir. Cependant, on ne rappelle pas souvent aux futures mamans qu’avoir un enfant est un exercice de lâcher-prise au quotidien. Un parcours jonché d’essais, d’erreurs, de recommencements, d’hésitations, de faux pas, de progrès, de changements, etc. On aura beau avoir les meilleures volontés du monde, souhaiter tout faire comme dans les livres et dans la direction que prônent les nombreuses études, avoir un bébé, c’est l’inconnu. On ne sait jamais d’avance comment on va réagir, comment sera notre bébé, comment au jour le jour, on vivra notre nouveau rôle de maman, etc.

Lisez en complément notre article J'ai raté mon allaitement.

Allaiter, c’est naturel!

On n’apprend pas aux mamans que parfois, dans l’allaitement, tout ne fonctionne pas comme on veut. Un bébé peut avoir de la difficulté à prendre le sein, la production de lait peut être insuffisante ou simplement, la mère peut être épuisée et vouloir donner un biberon pour pouvoir récupérer un peu. On ne dit pas – ou très peu – encore que l’allaitement mixte est possible, et ce, dès les premières semaines de vie. Le message que l’on entend, c’est « L’allaitement, c’est naturel ». Tandis que certaines mamans auraient envie de dire « L’allaitement, c’est de l’ouvrage! » Mais oseraient-elles le dire tout haut? Même si elles allaitent 20h/24? « Même si l’allaitement est important, s’il entraîne une mauvaise santé de la mère ou si elle est épuisée, sommes-nous plus avancés? », soulève Gaétane Tremblay. Beaucoup de mères attendent d’être au bout du rouleau pour songer à donner un biberon à leur enfant. Les pères sont eux aussi dans une difficile position. Ils prennent leur rôle de soutien à l’allaitement bien au sérieux et ne songent même pas à proposer à leur conjointe de prendre un répit sachant très bien que pour elles, l’allaitement est TRÈS important. Ils n’osent pas en venir avec cette ultime solution – le biberon – ne voulant pas accentuer le sentiment d’échec ou de culpabilité de leur amoureuse. Pourtant, c’est souvent à eux que revient la tâche de faire comprendre à la maman que pour son bien-être et par conséquent celui du bébé aussi, le temps du biberon est venu.

« En fait, des options alternatives, il en existe, mais on ne les présente pas ainsi. C’est plutôt des « pis aller ». On gradue les choix : le choix numéro 1, c’est l’allaitement exclusif et à la demande. Et si t’es moins bonne, tu peux choisir, l’autre choix… Jusqu’au dernier choix qui est « ne pas allaiter ». Ce n’est rien pour enlever de la pression. Pourtant, l’allaitement ne devrait pas être vu comme une compétition ni la façon unique et meilleure de s’occuper de son enfant. Comme elle dit « mieux vaut une mère heureuse, en santé et bien dans sa peau qui donne le biberon à son enfant qu’une mère au bout du rouleau, stressée et angoissée qui donne le sein ». Et un bébé heureux, en bonne santé, allaité ou non, c’est le principal!

Quand la pression mène à la culpabilité qui, elle, mène à la dépression…

« Plus la différence est grande entre la mère idéale qu’elle voudrait être et la mère réelle qu’elle est, plus les risques de dépression sont grands. Et même chose pour la différence entre le bébé rêvé et le bébé réel », souligne Gaétane Tremblay. C’est donc dire que les risques de faire une dépression post-partum sont donc présents même durant la grossesse et surtout si on imagine qu’il faut performer à tout prix dans notre rôle de maman. C’est un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Pas une maman ne veut être une mauvaise mère. Pas une. Mais ce n’est pas en faisant des choix pour elle, pour son bébé et sa famille, et ce, bien qu’ils soient un peu différents de ceux prônés par divers discours sociaux ou même qu’ils bifurquent de ce que dictent certaines études, que cette mère « échoue » son rôle. Pas du tout! Une mère qui prend des décisions éclairées, c’est une mère qui se connaît, se respecte, qui accepte de ne pas pouvoir tout faire, qui comprend qu’elle doit abandonner certaines choses dont elle rêvait pour mieux s’adapter à sa nouvelle vie, qui fait des erreurs et qui s’éloigne aussi des risques de la dépression.

Aussi, une maman qui vit un fort sentiment d’échec devant la fin de son allaitement peut avoir de la difficulté à affronter le jugement des autres à un tel point parfois qu’elle préfère ne pas sortir, ne pas se présenter à son cours de yoga ou autres pour éviter de raconter son histoire et avouer ne plus allaiter. L’isolement n’est jamais bon quand on vit un grand bouleversement et quand on est fragile comme une nouvelle maman l’est. « Ne pas pouvoir allaiter est un gros morceau pour les mamans. Ça se rajoute sur la « pile » des risques de dépression, avec la fatigue et tout le reste. Ce qui fait la différence entre une maman qui le vit mieux qu’une autre, c’est l’épaisseur de la pile! », constate Gaétane Tremblay.

Deux bonnes clés pour chasser le sentiment d’échec

Dédramatiser : « Ne pas donner le sein à son enfant : est-ce qu’il s’en porte plus mal ou c’est moi qui en fais tout un plat? Est-ce qu’il semble moins bien se porter? » Aussi, on essaie de voir les côtés positifs : est-ce que notre enfant semble plus rassasié? Dort-il mieux? A-t-il l’air plus paisible? Qu’est-ce que je peux faire que je ne faisais pas quand j’allaitais exclusivement?

Devant les regards désapprobateurs et les commentaires déplacés de personnes qui vous jugent de ne pas allaiter, il faut être capable de leur dire que c’est un choix personnel, qu’on est content que pour elles l’allaitement se passe bien, mais que pour vous et pour le bébé, ça n’allait plus et que votre choix vous convient. Pas facile de dire tout cela? Bien sûr, mais soyez d’abord convaincu que vous ne devez pas vous justifier. Avez-vous pensé de vous justifier pour avoir choisi de donner une suce à votre bébé? Pour avoir choisi les couches jetables? Pour avoir choisi des couches lavables? À chacun ses choix.

Relativiser : Chaque femme a le pouvoir d’être une super maman, qu’elle allaite ou non! En fait, c’est d’être là pour l’enfant qui est le plus important. Ensuite, chacun fait ce qu’elle peut. Et malgré tous les efforts, reste qu’il y a une grande part sur laquelle personne n’a de contrôle. Certains enfants marchent à 10 mois, d’autres à 16. Certains sont allaités, d’autres non. Aucun n’est vraiment moins bien développé malgré tout cela.

N’entrez pas dans la compétition du nombre de semaines ou de mois que vous avez allaité. Devant un comportement pareil, usez d’humour pour mettre les choses en perspective. « Je prends soin de mon bébé depuis la toute première fois qu’il a respiré… » Au fond, chacune fait cela, allaitement ou non.

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