Famille

Hypocondrie par procuration

Cette semaine mon fils a été malade. Maux de ventre, fièvre et, au bout de 24 heures, diarrhée.

Durant toutes les heures où il a fait de la fièvre, je me suis demandée à plusieurs reprises s’il fallait ou non que j’aille consulter en clinique. J’ai hésité tant et si bien que le microbe est passé avant que je ne me décide à aller voir un médecin.

Mon fils a 6 ans après tout, et s’il a quelque chose de vraiment anormal, il va être capable de me le faire savoir. Bien sûr, c’est un peu difficile de faire la part des choses quand un enfant a mal au ventre et qu’il se lamente. C’est vrai aussi que ça fait mal des crampes. Mais si tout à coup il faisait une crise d’appendicite ? Ou si c’était là les symptômes d’une maladie rare, incurable, voire mortelle ? Et si, et si, et si…

J’ai réconforté, j’ai soigné du mieux que j’ai pu ( chaleur et Motrin ), j’ai cajolé, j’ai répété plus d’une fois que ça allait passer, que ça irait mieux bientôt. J’avais tout de la maman sûre d’elle et en parfait contrôle de la situation. Mais en dedans, le doute me déchirait. Et si, et si, et si…

Cette hypocondrie, non pas pour moi, mais pour mes enfants, m'a prise il y a presque 6 ans. Mon fils, alors âgé d'un mois, pleurait beaucoup depuis la veille au soir. J'ai même passé une partie de la nuit éveillée, étendue sur le sofa avec mon bébé couché sur moi. Ça avait l'air de lui faire du bien. Les coliques, que j'ai pensé.

Le matin, il avait effectivement l'air d'aller mieux. Mais après l’avoir allaité et changé de couche en milieu de matinée, les pleurs ont recommencé de plus belle. Il n'a plus voulu boire du reste de la journée et comme, du haut de ma grande expérience en tant que mère d’un autre enfant je concluais encore aux coliques, je ne me suis pas inquiétée outre mesure. C’est que j’étais déjà passée par-là avec ma fille. Les coliques, je connaissais ça comme le fond de ma poche puisque ma fille en avait eu durant 8 semaines… de 6 à 8 heures à tous les jours. Dans le temps, j’avais consulté plus d’une fois pour me faire dire chaque fois que ce n’était que des coliques, qu’il fallait endurer et attendre que ça passe. Ce qui s’est finalement produit quand elle a eu trois mois.

Un peu découragée à l'idée de revivre l'épisode des coliques, je me suis installée dans un fauteuil, le bébé bien serré contre moi puisque ça lui faisait du bien. Il était calme et dormait comme un ange. Mais, chaque fois que je voulais l’allaiter ou le changer de couche, il se remettait à pleurer de plus belle... J'ai tenu comme ça jusqu'à 16h00...

Quand je l’ai changé de couche à 16h00, non seulement il pleurait à chaudes larmes, mais il était brûlant de fièvre ! Je ne m'en étais pas rendu compte parce qu'à force de l'avoir collé sur moi toute la journée, on avait chaud tous les deux. Quand j'ai réalisé qu'il faisait autant de fièvre, tout juste 40 degrés Celsius, j'ai couru chez mon médecin. Après l’avoir examiné silencieusement pendant quelques minutes infernales durant lesquels mon fils nous pourfendait les oreilles de ses cris, mon médecin m’a dit de sa voix douce et calme qu’il craignait que mon bébé ait une méningite !!!

J'étais affolée, désespérée. Mon fils pleurait depuis presque 24 heures et moi, je le berçais au lieu de m'inquiéter ? On dit qu’au moment de notre mort, on revoit notre vie entière en quelques secondes. Et bien ce jour-là, c’est un peu comme si j’étais morte. J’ai « vu » la suite comme dans un film: mon bébé mourrait ou serait légume parce qu'une méningite à un mois, ça ne pardonne pas ! J'étais innocente, mais ça, au moins, je le savais !

Mon médecin a appelé les urgences pour préparer l'admission rapide de mon fils et c’est dans un état second, proche de l’hébétude que peut ressentir un condamné à mort que je me suis rendue à l’hôpital. Les cinq plus longs kilomètres de toute ma vie ! Avant de partir, j'ai pensé appeler mon mari pour lui dire que je partais pour l'hôpital, mais je n’ai jamais réussi à lui dire pourquoi, je pleurais trop et j'avais bien trop peur qu'il en arrive à la conclusion que j'avais "tué" notre fils en ne réagissant pas en bonne maman...

À l'hôpital où on attendait notre arrivée, le pédiatre qui a examiné mon bébé a elle aussi conclu aussi à une possible méningite. Mon fils était complètement déshydraté, il hurlait chaque fois qu’on le couchait sur le dos, sa température était maintenant de 40,5. Il faut une ponction lombaire pour en être vraiment sûr, qu’on me dit. Une ponction lombaire ? À mon tout petit bébé ? Mais comme c’est la seule façon de savoir, je n’avais pas vraiment le choix. On a refusé que j’assiste à l’opération parce que ce n’est réellement pas agréable d’entendre son bébé hurler pendant qu’on lui plante une énorme aiguille dans le dos et qu’une mère hystérique, ils n’avaient pas besoin de cela. On ne me l’a pas dit comme ça, mais c’est qu’ils m’ont fait comprendre.

Pendant que mon bébé hurlait au bout du corridor, j’ai rappelé mon mari à qui j’ai finalement raconté, d’une voix blanche et désincarnée, mon erreur de jugement. Loin de me condamner, il m’a promis de venir nous rejoindre aussitôt qu’il aurait quelqu’un pour garder notre fille de 3 ans. Quand je suis revenue à la salle où l’on pratiquait la ponction lombaire ( il s’agit de retirer du liquide entre les vertèbres, dans la région lombaire, d’où le nom ), on m’a expliqué que ça n’avait pas fonctionné, que le docteur avait manqué son coup parce qu’une ponction lombaire sur un bébé d’un mois, ce n’est pas évident à faire. Il faut donc recommencer ! Cette fois, devant mon insistance, le médecin a accepté que je sois là. Je me suis placée à la tête de mon fils, penchée, à cinq centimètres de son crâne, et pendant qu’il hurlait à la mort, je pleurais comme une Madeleine en lui murmurant que j’étais là, que je l’aimais, que c’était de ma faute, que ce serait bientôt fini… Et dans ma tête, « bientôt fini » englobait autant l’opération que sa jeune vie. J’ai tellement pleuré, courbée sur sa petite tête, que mon fils aurait pu mourir noyé dans les larmes de sa mère !

Et là, un miracle s’est produit ! Le liquide était transparent et clair comme de l’eau ! Ce n’est pas une méningite madame, ce doit être une infection urinaire, qu’on me dit ! Dans le cas d’une méningite le liquide est opaque et brouillé. J’aurais dansé dans cette salle d’hôpital, je pleurais et je riais en même temps ! Une infection urinaire ? On ne meurt pas d’une infection urinaire ! Il faut rester à l’hôpital quelques jours ? Je m’en fous ! Mon bébé n’allait pas mourir, je n’avais pas tué mon enfant…

Nous avons passé cinq jours à l’hôpital. Et finalement, les analyses ont démontré que ce n’était pas non plus une infection urinaire… c’était une otite !

On me demande souvent si j’en veux aux médecins qui ont diagnostiqué une méningite au lieu d’une banale otite et je réponds toujours par la négative. J’aime mieux que les médecins aient envisagé le pire pour finalement retenir le moins moindre que le contraire. Et s’ils avaient conclu à une otite et que ça avait été une méningite ? Ça, je ne l’aurais jamais pardonné. Ce furent les pires heures de ma vie et d’y repenser me fait encore pleurer. Aujourd’hui, mon fils va bien. En tout cas, il est mieux depuis que le petit microbe du début de la semaine s’en est allé. Mais moi, je pense que je ne guérirai jamais de mon hypocondrie par procuration, la maladie du Et si, et si, et si…

Sonia Cosentino, mars 2005

Je pleure comme une Marie-Madeleine! Voir et entendre son tout petit bébé hurler de douleur, il n’y a rien de pire pour une maman! Je suis maman d’un garçon de 5 mois (mon premier) en santé, et je ne peux m’imaginer la douleur au cœur que je ressentirais dans une telle situation! J’ai pleuré plus que mon fils lors de ses derniers vaccins! C’est qu’ils sont tellement vulnérables et dépendants, ils ne demandent rien d’autre que d’être aimés et nourris… Je souhaite qu’un jour tous les enfants de la Terre soient exemptés de toute maladie!
Mariane C., une maman folle de son enfant, février 2007


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