Grossesse/Maternité

Les sages-femmes du Québec

De plus en plus de femmes choisissent une sage-femme pour leur suivi de grossesse. Mais il y a encore beaucoup de chemin à faire pour normaliser la pratique des sages-femmes.

Pourquoi choisir le suivi de grossesse avec une sage-femme?

Avec une sage-femme, vous bénéficiez d’un suivi personnalisé et attentif du début de votre grossesse jusqu’à 6 semaines après votre accouchement. La sage-femme est là pour prodiguer tous les soins dont vous aurez besoin durant la grossesse, tout en vous offrant des choix sur la façon dont vous désirez vivre votre grossesse comme nous le révèle la sage-femme Sandra Demontigny : « Je souhaite que chaque femme puisse avoir le choix de l’intervenant qui sera responsable de son suivi et de choisir dans quel lieu elle souhaite donner la vie à son enfant. Les sages-femmes sont des gardiennes de l’accouchement naturel. Nous accompagnons les femmes dans leur préparation prénatale où, en plus de prendre en charge les soins physiques et biomédicaux, nous accordons également un grand espace aux enjeux psychosociaux vécus par la famille. Nous partageons nos connaissances pour permettre à la famille de prendre des décisions éclairées qui suivent leurs valeurs. Notre désir, c’est de redonner le pouvoir d’accoucher aux femmes en les guidant et en s’assurant que tout se déroule normalement. »

Pourtant, la majorité des femmes choisissent encore d’accoucher avec un obstétricien ou un gynécologue, des spécialistes qui devraient être utilisés seulement en cas de problèmes durant la grossesse selon Claudia Faille, présidente du regroupement Les sages-femmes du Québec : « 60 % des Québécoises accouchent avec des obstétriciens ou gynécologues alors qu’environ 85 % des grossesses sont normales. Nous avons une vision de l’accouchement déformée, on voit ça risqué et dangereux, mais c’est complètement faux. La grossesse est une étape physiologique normale dans la vie d’une femme. Une grossesse sans dangers devrait toujours être prise en charge par les professionnels de première ligne, c’est-à-dire le médecin de famille ou la sage-femme, qui ont toutes les compétences nécessaires pour assurer un suivi approprié. »

Information pratique : Saviez-vous que le suivi avec une sage-femme est couvert par la Régie de l’assurance maladie? Vous n’avez donc rien à débourser pour être suivie par une sage-femme durant votre grossesse!

Selon la Coalition pour la pratique sage-femme, dans un sondage CROP commandé par la CSN et publié en avril 2010, 26 % des Québécoises désirent accoucher en maison de naissance ou à domicile et 11 % des femmes souhaitent être suivies par une sage-femme durant leur grossesse. Pourtant, selon Claudia Faille, seulement 2.6 % des accouchements au Québec sont faits par des sages-femmes. Qu’est-ce qui explique cet écart? Le manque de maisons de naissance, de sages-femmes actives sur le terrain – elles ne sont qu'environ 160 au Québec actuellement – et le manque de services.

La réalité quotidienne des sages-femmes

Toutes les sages-femmes à qui nous avons parlé adorent leur travail et il est facile de déceler la passion qu’elles ont pour tout ce qui entoure la grossesse, les femmes et leur famille. Comme nous le dit si bien Geneviève Guilbault : « Ce n’est pas toujours facile! On doit être organisée, on doit s’adapter constamment aux changements de plans. On ne sait pas quand notre pagette va sonner, quand notre journée de travail va finir, si on va avoir une visite à domicile impromptue ni même si on va dormir la nuit prochaine! Mais le contact avec les femmes, les couples, les familles, le lien que nous construisons au fil du temps, c’est ce qui nous fait vibrer. D’avoir le privilège de pouvoir partager avec les gens ces moments les plus intimes et grandioses de leur vie et d’être émerveillée jour après jour par la puissance et la force des femmes en travail, c’est ce qui nous comble. »

Les perceptions de la pratique sage-femme

Malgré que la pratique des sages-femmes soit de plus en plus reconnue au Québec, il reste encore beaucoup de chemin à faire pour changer certaines perceptions erronées qui perdurent par manque d’information comme l’indique Geneviève Guilbault : « La population est de plus en plus informée et au courant de notre pratique, mais il reste encore beaucoup de démystification à faire autant du côté du public que du côté du gouvernement. Le gouvernement doit soutenir notre modèle de pratique en ouvrant des services de sages-femmes et des maisons de naissance pour que chaque femme puisse avoir accès à une sage-femme si elle le désire. C’est cette même incompréhension de notre pratique qui entrave actuellement les négociations de nos conditions d’emploi et de salaire. Le gouvernement doit saisir la richesse de l’approche globale et offrir aux femmes et aux sages-femmes la possibilité de développer cette richesse. »

En effet, depuis que la profession de sage-femme a été légalisée en 1999, une seule entente salariale a été signée en 2004 et cette entente est échue depuis 2005. Depuis 2009, elles tentent de négocier leurs conditions salariales auprès du gouvernement et pour le moment, elles sont déçues de la position adoptée par le gouvernement, mais elles ont espoir de faire changer les choses comme l’explique Claudia Faille : « Le gouvernement nous dit que nos demandes sont trop importantes, mais ils ne tiennent pas compte du fait que ça fait bientôt 10 ans que nous vivons avec notre première entente qui n’était pas si avantageuse que ça au départ dû aux connaissances limitées qui entouraient notre profession. Et pourtant, les preuves sont là : nous avons besoin de sages-femmes, les femmes demandent un retour à l’accouchement plus physiologique et les sages-femmes font partie de la solution. »

La formation de sage-femme

Au Québec, il n’existe qu’une seule formation reconnue pour devenir sage-femme, un programme de baccalauréat en pratique sage-femme donné par l’Université du Québec à Trois-Rivières et qui est d’une durée de 4 ans et demi. Les sages-femmes qui réussissent avec succès leur Baccalauréat deviennent ensuite membres de l’Ordre des sages-femmes du Québec afin d’être reconnues légalement.

Les relations entre les médecins et les sages-femmes

Ce n’est pas qu’au gouvernement qu’on constate encore une méconnaissance de la pratique des sages-femmes et du rôle qu’elles jouent dans la grossesse d’une femme. En effet, malgré qu’elles travaillent régulièrement avec le personnel médical, elles réalisent qu’il y a beaucoup de chemin à faire afin d’améliorer les relations et d’obtenir une meilleure collaboration du personnel médical comme le remarque Geneviève Guilbault : « On voit certains professionnels de la santé se questionner sur notre nombre de suivis annuels et trouver que nos chiffres sont très bas comparés aux leurs. J’aimerais qu’ils comprennent davantage que nous ne jouons pas uniquement le rôle du médecin, mais aussi d’une foule d’autres professionnels et intervenants et que c’est cette continuité qui fait notre richesse et que les femmes recherchent. »

Sandra Demontigny ajoute que : « Le manque de fluidité et de transparence dans certaines communications avec des médecins consultants est difficile à gérer. C’est difficile d’opérer quand de nombreux médecins ou autres professionnels entretiennent des préjugés erronés à notre égard et que nous devons travailler constamment pour faire tomber ces mythes pour que nous puissions offrir aux femmes les meilleurs soins possible. » Quand nous lui avons demandé ce qu’elle aimerait transmettre à ces professionnels, et aux familles qui considèrent avoir recours aux services d’une sage-femme, elle nous a répondu avec conviction : « Donnez-vous la chance de bien connaitre ce que sont les services d’une sage-femme et vous constaterez à quel point ce sont des services de haute qualité, sécuritaires et adaptés aux besoins des femmes et des familles! »

Image de Mariem Melainine

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