Désir d'enfant

Adoption : l'adaptation de deux mondes

S’il est un défi en adoption, c’est bien l’adaptation. En fait, c’est une grande partie de ce que les parents adoptants vous diront être « le nerf de la guerre » puisque tout est à bâtir.

S’il est un défi en adoption, c’est bien l’adaptation. Quand on pense au mot adaptation, on pense immédiatement au fait que l’enfant doit s’adapter à sa « nouvelle vie ». Ce n’est pas faux du tout. En fait, c’est une grande partie de ce que les parents adoptants vous diront être « le nerf de la guerre ». Pas que ce soit une lutte à finir, mais l’adaptation d’un enfant adopté demeure une réalité quotidienne qu’on doit avoir en tête lorsqu’on fait certains choix concernant l’enfant. Il y a aussi une autre forme d’adaptation qui est parfois davantage oubliée dans les publications : l’adaptation des parents à ce petit être qu’ils ne connaissent pas du tout. Certains parents me diront qu’à la naissance, on ne connait pas davantage son enfant. C’est vrai. Mais le lien de sang est présent, il y a une filiation évidente et il y a eu une cohabitation de plusieurs mois avec la mère. En adoption, tout est à bâtir. C’est ni plus ni moins ce que j’appelle de l’apprivoisement complet.

Les émotions varient, et c'est très bien ainsi!

C’est important de vivre les moments magiques du premier contact, cette bulle satinée qui se crée autour de soi quand on dépose pour la première fois ce petit être dans vos bras. Ces instants feront partie de nous pour toujours. C’est tout aussi important d’être à l’écoute de ses sentiments et de les exprimer. Pleurer, sourire, rire, être complètement figé par les émotions; il n’y a pas de bonne ou de moins bonne réaction à ce grand moment. 

Dans notre cas, nous étions deux familles à avoir nos enfants en même temps. Deux mamans bien différentes, côte à côte. Elle pleurait à chaudes larmes, alors que moi je souriais à mon bébé et je l’observais. J’observais ses réactions et je tentais de gérer ce pêle-mêle émotif qui se tramait dans mes entrailles. Sur le coup, j’ai réalisé l’ampleur du geste. Au-delà de la symbolique, quand on a déposé cette petite fille dans mes bras, j’ai compris que ma vie venait de prendre un nouveau tournant. J’étais désormais responsable de ce petit bébé qui allait dorénavant compter sur moi.   Elle était là, au creux de mes bras, apeurée parce qu’elle ne me connaissait pas. Toute petite, si jeune pour gérer autant d’incertitudes et de si grandes émotions.

Mon conjoint à mes côtés tenait la caméra et était émotif lui aussi. Nos regards se sont croisés et je pense avoir lu la même chose dans ses yeux : « Ça y est, c’est parti! On ne peut plus retourner en arrière. On va droit devant, du mieux que nous le pourrons en tentant de faire en sorte que cet enfant nous fasse confiance et développe un lien d’attachement pour nous. »   C’est presque terrifiant d’y penser. Et si nos tentatives restaient vaines? Et si elle ne nous aimait pas? Et si on ne s’attachait pas à elle comme il se devait? On se pose mille et une questions au fond de nous. On doit se permettre de se les poser et on doit se permettre de douter.  De part et d'autre, on doit tomber en amour et parfois, ça peut prendre un certain temps. Il ne faut pas vivre de culpabilité si le coup de foudre tarde à venir. Au-delà du coup de foudre, une relation solide et empreinte d’amour sincère et pur peut se développer au fil des jours, dans le concret de tous ces regards complices qui se feront de plus en plus présents.

Développer l’attachement au quotidien

L’apprivoisement, ça se fait au quotidien, dans les petits gestes, dans la présence constante. Par le fait que l’enfant réalise, jour après jour, que lorsqu’il a faim, qu’il a sommeil, qu’il a besoin qu’on change sa couche, qu’on le câline, ce sont toujours les mêmes personnes qui sont là, ceux qui sont maintenant « papa et maman ». Il est primordial, pour les premiers mois à tout le moins, d’être les principaux dispensateurs de soins et d’attention. Parce que depuis sa naissance, l’enfant a vécu l’abandon et a, par la suite, reçu les soins requis par plusieurs personnes. Donc, pour ce petit être, n’importe qui ferait l’affaire. Quiconque donnera le biberon, changera la couche, donnera un petit bisou sera le bienvenu. Ainsi, inutile de s’attacher à quelqu’un en particulier. Il a appris qu’en pleurant quelqu’un viendrait et que souvent ça ne serait pas le même visage. Vous comprendrez donc l’importance de démontrer à l’enfant que, maintenant, il a un papa et une maman (ou un papa ou une maman selon la situation), mais que la constance de cette personne fera maintenant partie du quotidien et de la vie de l’enfant.

Le sentiment d’abandon

Bébé, bien que petit, a toujours en mémoire une trace de cet abandon vécu. La trace se trouve dans le cerveau limbique, siège des émotions et du stress. Ainsi, on doit ni plus ni moins prouver à l’enfant que nous serons là, que nous ne l’abandonnerons pas à notre tour. Regarder l’enfant dans les yeux quand on s’occupe de lui, lui parler tout en le regardant, le toucher, le câliner, être détendu et calme, enjoué, permettre à ce petit être de vivre sa vie de bébé aimé, désiré, rassuré. On doit toujours tenir compte de ce vécu, de ces traumatismes vécus par l’enfant, et ce, même s’il était très jeune lorsqu’il a vécu ce drame humain. Un abandon à la naissance est tout même enregistré dans le cerveau et peut l’amener à être très inquiet, colérique, à tester pendant de longues périodes ses parents.

Le temps… tout est une question de temps. Et du temps, on doit être prêt à en investir beaucoup en adoption. Mais le temps investi dès le départ est le meilleur placement que vous n’aurez jamais fait. Vous récolterez, dans quelques mois, quelques années, un attachement familial touchant, cimenté, une petite main qui, peut-être, viendra systématiquement chercher la vôtre, un regard plongé dans votre regard et un de ces sourires à vous décrocher le cœur!

Chantal Massicotte, maman d'adoption
En plus d’être maman d'une petite fille d'origine vietnamienne, je suis technicienne en travail social spécialisée en employabilité et en réinsertion sociale. Je suis également « marraine » en adoption à l'international, fonction par laquelle je suis amenée à aider, supporter et conseiller les futurs parents qui me sont recommandés dans toutes les étapes de leur projet pour la région du Bas-Saint-Laurent. Vous pouvez également suivre mon parcours sur mon blogue.

Chantal Massicotte

En plus d’être maman d'une petite fille d'origine vietnamienne, je suis technicienne en travail social spécialisée en employabilité et en réinsertion sociale. Je suis également « marraine » en adoption à l'international, fonction par laquelle je suis amenée à aider, supporter et conseiller les futurs parents qui me sont recommandés dans toutes les étapes de leur projet pour la région du Bas-Saint-Laurent. Vous pouvez également suivre mon parcours sur mon blogue.

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