Famille

Vouloir retravailler

Certaines reprennent le boulot quelques mois après la naissance de leur enfant, d’autres attendent plusieurs années. Mais de plus en plus de femmes combinent vie de famille et vie professionnelle.

L’enquête Les femmes au Canada : rapport statistique fondé sur le sexe, publiée en mars 2006, révélait qu’en 2004, 65 % des femmes ayant des enfants de moins de trois ans avait un emploi, soit plus du double qu’il y 30 ans. Même si la démarche est bien souvent désirée, elle reste parsemée de questions. Mamanpourlavie.com a voulu savoir pourquoi les mamans avaient besoin de travailler.

L'intérêt financier

Pour la plupart des femmes rencontrées, l’intérêt financier était au cœur de la décision de retourner au travail après leur congé, plus ou moins long, de maternité. Généralement, l’idée était déjà présente alors même que bébé grandissait dans leur ventre. Lucides face à leur rythme de vie et aux exigences pécuniaires, les mamans ne se font pas d’illusion. « Si ça n’avait pas été du besoin d’argent, j’aurais probablement considéré l’option de rester à la maison avec Yohan, mais je n’avais pas envie de me priver. Je voulais garder la même qualité de vie qu’avant d’avoir des enfants et, pour cela, je devais retourner au travail. Aussi, j’avoue que j’avais besoin de sentir que je pouvais exceller dans autre chose que dans le changement de couches et le nettoyage de la maison », explique Karyne, maman de Yohan 21 mois et technicienne comptable.

L’argent, bien sûr, est nécessaire au bon fonctionnement de la maisonnée. D’accord pour quelques privations, mais si elles deviennent le lot quotidien, c’est la vie entière qui semble parsemée d’interdiction, de restrictions budgétaires et de désirs jamais assouvis. Reste que l’argent n’est pas la seule motivation des femmes. L’intérêt intellectuel suit de très près dans les raisons invoquées. « Le principal élément pour le retour au travail était l’aspect financier. Mais, aussi, après 16 mois à la maison, j’avais besoin de remettre mes « neurones » au travail », raconte Marie-Josée, maman de Laurence 3 ans et chef de cabinet d’un sous-ministre à Montréal.

Le désir de rejoindre les troupes des travailleurs peut aussi naître du désir de reprendre contact avec un réseau social établi. Il est vrai que les conversations à la volée près de la machine à café, les préoccupations de la compagnie discutées lors d’un lunch animé, la relation amour-haine avec les collègues de bureau ou la présence quotidienne d’inconnus constituent un moteur puissant d’énergie. « J’ai réalisé que je n’étais pas faite pour rester à la maison entre mes quatre murs et seulement jaser avec un bébé. Mes conversations n’avaient plus aucun intérêt et souvent je me sentais à part même si je continuais à m’intéresser à l’actualité », précise Julie, maman d’Antoine, 14 mois et chargée de cours au cégep. Et puis, les femmes veulent se tester, aller voir si elles se retrouvent encore dans ce rôle de travailleuse. Julie explique la situation. « J’avais besoin de retourner au travail pour voir si j’aimais toujours autant mon boulot qui s’était terminé sur une note plus ou moins positive à la fin de ma grossesse. Je me suis rendu compte que j’aimais ça toujours autant et même encore plus. Il faut dire qu’en ayant retrouvé pleinement mon corps et ma forme, je prends maintenant moins à cœur les inconvénients du travail. »

Pourquoi retourner…

Voici les principales raisons invoquées par les mamans :

  • La reconnaissance sociale
  • Le besoin de contacts ou d’un réseau
  • L'intérêt financier
  • La stimulation intellectuelle
Se définir par notre statut de travailleur

Si le rôle de maman est essentiel, il reste - malheureusement - très peu valorisé au sein de la société. Sans identité sociale, souvent personne « à charge » dans la famille et pas reconnues à leur juste valeur auprès des autres femmes et de leurs pairs, les mamans qui décident de se consacrer à leur famille ne se mirent pas dans une mare de reconnaissance. « Les succès d’une femme au foyer sont plus modestes et passent inaperçus. Vous traquez la poussière, vous remplissez le réfrigérateur, vous faites le trajet de l’école quatre fois par jour, vous surveillez les devoirs, vous gérez les achats… vous êtes hyperactive dans votre foyer, mais… vous n’avez pas d’identité sociale. Et que restera-t-il de tout cela dans vingt ans? Pas de salaire, pas de retraite, pas de statut. (…) Les femmes au foyer n’ont pas bonne presse, comme si elles n’avaient rien à dire. Les hommes ont presque toujours existé à travers leur métier, qui les définissait et les classait socialement. Depuis la moitié du XXe siècle, et surtout depuis les années 1980, les femmes elles aussi sont soumises à ce « classement ». La femme qui travaille est un modèle de référence en ce début du XXIe siècle. », écrit Florence Le Bras dans le livre Je veux retravailler.

Pourtant, les mamans à la maison ne se tournent pas les pouces. Elles accomplissent et s'investissent énormément. Néanmoins, il reste que trop souvent, elles sont jugées et mal comprises par leur milieu et même leurs proches. Il y existe entre les mamans qui travaillent et les mamans qui décident, par choix, de rester à la maison beaucoup d'incompréhension. Chacune se regarde, se juge et compétitionne. Pourtant, chacune a le droit de faire ce qu'elle veut. Pourquoi tant d'incompréhension? Les femmes doivent-elles constamment justifier leur choix?

« Ayant eu ma fille tard, mon identité de maman est devenue la plus importante pour moi et aussi celle qui me définit le mieux. Toutefois, socialement, je crois encore que la reconnaissance dépend des environnements de travail. Il y a des milieux où avoir des enfants est très valorisé et d’autres où c’est quasiment considéré comme une « hérésie ». Mais, en général, je dirais que la société valorise davantage la travailleuse que la mère. Combien d’entre nous, quand elles sont présentées à un étranger pour la première fois disent « Bonjour, je suis la maman de… »? Sauf à la garderie, bien sûr! », explique Marie-Josée, maman de Laurence.

Image de Nadine Descheneaux

Autrice jeunesse et conférencière.


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