Désir d'enfant

Adoption : le passé de notre enfant

Quand on adopte un enfant, il arrive avec un passé, des parents biologiques et un héritage qui nous échappent. Comment se réconcilier avec le passé et répondre aux questions de l’enfant?

Il est de ces jours où émanent ces questions qu’on redoute un peu au fond de soi. On le sait depuis le jour 1 qu’elles finiront par venir et on s’est alors promis de faire ça correctement, de dire ce qu’il en est dans le plus grand respect des racines de notre enfant qui, à la base, est également l’enfant d’une autre femme, d’un autre homme, quelque part dans le monde.

On le sait, mais au fil du temps, des liens qui se créent, de l’attachement profond qu’on développe pour cet enfant, notre enfant, nos tripes ont parfois tendance à mettre un peu de côté ce bout d’histoire que nous n’avons pu assurer pour lui. On ne peut répondre à des questions pour des éléments qu’on ne connait pas. Le casse-tête de vie de nos enfants aura toujours des pièces manquantes. C’est un deuil à la fois pour lui et pour nous. On ne doit pas chercher à créer ces pièces manquantes, inventer des parcelles de l’histoire afin de la rendre plus belle que nature. Son histoire est sacrée, elle doit être préservée telle quel. Son histoire est précieuse; de quel droit viendrions-nous l’altérer? Son histoire est sans doute imparfaite, mais c’est son histoire.

Les questions difficiles à répondre

Il est de ces jours desquels émanent ces questions qu’on redoute, ces questions qui riment avec les mots « origine », « parents biologiques », « abandon » et « adoption ». Pour l’enfant, accepter qu’un jour la personne qui devait l’aimer plus que tout au monde ait dû en venir à l’abandonner, ce n’est pas une mince affaire.

  • Pourquoi moi? 
  • Qu’est-ce que j’ai fait?
  • Pour quelles raisons a-t-elle choisi de me délaisser? 

Des sentiments de colère peuvent survenir. C’est peut-être les sentiments pour lesquels on est les mieux préparé au fond de nous. Prendre notre enfant dans nos bras, lui permettre cette colère ressentie pour le parent qui l’a abandonné, tenter de lui faire voir que ce parent a posé un geste d’amour en voulant ainsi lui assurer un meilleur avenir, lui sauver la vie, l’aimer à un point tel qu’il a été capable de voir ce qui était, dans les circonstances, logiquement le meilleur pour lui.

On arrive sans doute à gérer beaucoup mieux la tristesse ou la colère d’un enfant adopté, car, avouons-le, on a l’impression ainsi de se retrouver avec le « bon rôle ». Dur à lire? Peut-être bien, mais si on s’en tient aux réactions purement humaines, c’est beaucoup plus confortable d’avoir le « bon rôle » dans la vie, sentir qu’on fait du bien à quelqu’un. Le faux rôle de « sauveur » que nous attribue la société lorsqu’on adopte un enfant laisse toutefois des traces qui deviennent colorées quand notre enfant est en colère contre son parent biologique.

  • Ne jamais discréditer ce parent.
  • Ne jamais oublier qu’il est son parent biologique, que sans lui cet enfant ne serait pas là.
  • Une mère reste une mère, quoi qu’il arrive. Un père reste un père, quoi qu’il fasse.

Mais si cet enfant, notre enfant se mettait à idolâtrer ses parents biologiques? Si notre enfant se mettait à vivre un conflit de loyauté? Si notre enfant se mettait à nous diminuer radicalement pour redorer l’image de ses parents biologiques? Cette réaction est plausible, voire même normale dans les circonstances. Il faut être prêt à y faire face et donner le droit à notre enfant de vivre cette étape d’un deuil parfois déchirant à vivre pour lui. Quoi de plus facile que d’attribuer toutes les qualités du monde à quelqu’un qu’on a le loisir d’imaginer à sa guise?

Respecter son passé pour le conduire vers le futur

Quelle que soit la réaction de notre enfant, nous devons être mentalement prêts à toujours avoir une considération claire pour les parents biologiques. Il ne faut pas interpréter ce besoin souvent viscéral comme un rejet ou une preuve que nous n’avons pas réussi à créer un lien d’attachement aussi fort qu’il aurait fallu le faire. L’enfant ne remet pas en question votre amour, mais il est conscient qu’une partie de son histoire de vie est ailleurs.

Si on considère que ses parents biologiques, que nous ne verrons probablement jamais, font partie de notre vie, que nous sommes liés à eux à jamais justement parce qu’ils sont les parents biologiques de notre enfant, c’est déjà mettre la table à une relation saine avec ce dernier. L’enfant ressentira rapidement que nous ne tentons pas de prendre la place de ses parents biologiques, dans le sens où nous ne faisons pas tout pour nier leur existence et l’importante place qu’ils pourraient avoir dans son cœur.

Tous les enfants ne réagissent pas de la même façon. Pour certains, il ne sera pas important de tenter de savoir qui sont ses parents biologiques. Pour d’autres, ça deviendra la quête d’une vie.

Chantal Massicotte

En plus d’être maman d'une petite fille d'origine vietnamienne, je suis technicienne en travail social spécialisée en employabilité et en réinsertion sociale. Je suis également « marraine » en adoption à l'international, fonction par laquelle je suis amenée à aider, supporter et conseiller les futurs parents qui me sont recommandés dans toutes les étapes de leur projet pour la région du Bas-Saint-Laurent. Vous pouvez également suivre mon parcours sur mon blogue.

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