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Que sommes-nous en train de faire pour nos enfants?

Si, avant la pandémie de la COVID-19, l'aspect affectif et social n'était pas au cœur des préoccupations dans les milieux scolaires, nous atteignons aujourd'hui un non-sens délirant avec toutes les recommandations académiques ET sanitaires que nous imposons à nos enfants, et aux adultes qui les accompagnent. 

« Il ne saurait être acceptable qu'un élève ne bénéficie pas d'un encadrement pédagogique de qualité dès cette semaine, et ce, jusqu'à la fin de l'année scolaire », écrivait le ministre Roberge cette semaine. Rattrapage, obligation de suivre des cours en ligne, plan d'intervention pour assurer la réussite scolaire... Rien, dans les recommandations du ministre, ne considère l'aspect affectif et social des enfants et des adolescents. Rien ne considère l’impact sur le plan psychologique, tant pour les enfants et les adolescents que pour les adultes qui les accompagnent. 

La sécurité, un besoin fondamental

Comment pouvons-nous demander aux jeunes de performer alors que les parents, les enseignants et tous les adultes qui les entourent sont eux-mêmes complètement submergés, dépassés, anxieux et, par conséquent, indisponibles mentalement pour offrir une véritable qualité de présence à ces jeunes? Comment pouvons-nous demander aux jeunes d’apprendre des matières scolaires avec des exigences précises alors que leur environnement est instable et, pour bon nombre d’entre eux, anxiogène? Comment pouvons-nous demander aux jeunes de réussir et de répondre aux exigences alors que leurs besoins affectifs (relations, connexions, proximité, toucher physique) ne sont pas comblés? Comment pouvons-nous demander aux jeunes d’être concentrés, créatifs, motivés, impliqués si nous n’entendons pas leur vécu intérieur? 

Ce qui se passe dans le cerveau d’un enfant n’est pas prioritaire. Nous avions déjà ce mode de pensée avant la pandémie. Dès qu’un enfant se retrouve en situation d’échec ou à risque d’échouer, nous lui imposons un diagnostic et le médicamentons. Nous avons décidé collectivement qu’il était plus rentable, sur le plan financier à court et à moyen terme, d’offrir des psychostimulants aux enfants plutôt que de modifier l’environnement dans lequel ils évoluent et de prendre le temps de comprendre comment leur cerveau fonctionne. 

Et nous sommes en train de nous enliser davantage avec ces exigences ministérielles soi-disant imposées pour sauver les acquis, limiter les retards d'apprentissage et éviter qu'un écart ne se creuse avec les enfants ayant une intelligence atypique (EHDAA), qui sont bien souvent hypersensibles et ont davantage besoin de sécurité affective pour apprendre. Les impacts seront majeurs à moyen et à long terme. Lorsque les besoins fondamentaux ne sont pas entendus, compris et comblés, les comportements dérangeants et problématiques surviennent : anxiété, colère, opposition, provocation, détachement, troubles de concentration, crises, défis d’apprentissage, dépression, comportements autoagressifs, comportements à risque. Des comportements qui sont le langage affectif de nos jeunes qui, tôt ou tard, s’exprimeront maladroitement.

Le cerveau est un organe social 

L’être humain est un mammifère social. Le cerveau n’est pas qu’un organe cognitif, moteur et sensoriel. De nombreuses structures et de nombreux circuits cérébraux sont consacrés aux émotions ainsi qu’aux relations affectives. En ces temps de pandémie, le confinement nous fait prendre davantage conscience que nous avons besoin les uns des autres, et que la séparation physique est extrêmement difficile pour les humains, enfants comme adultes. 

La distanciation sociale nous affecte tous. Nos jeunes, qui sont des êtres en développement, en ressentent plus intensément les effets négatifs. Pour croître, le cerveau d’un enfant a besoin de sécurité affective, de contacts physiques, de liens d’attachement, d’appartenance. Les câlins sont vitaux! Cet espace sécuritaire dans lequel un enfant se sent libre, respecté, aimé, vu et entendu est un enjeu de santé publique majeur.
Pouvons-nous aborder cet aspect essentiel au développement des enfants? Pouvons-nous, ensemble, nous assurer que les besoins fondamentaux de nos tout-petits, de nos enfants et de nos adolescents sont réellement considérés? Pouvons-nous mettre en place un environnement sécuritaire et favorable aux apprentissages? Pouvons-nous cesser un instant de mettre l’accent sur les acquis académiques et la performance comme si l’essentiel de la réussite, du futur et du bien-être d’un enfant se mesurait à ses réussites scolaires?

Comment pouvons-nous soutenir les parents sur le plan psychosocial et nous assurer que chacun reçoit le soutien dont il a besoin? Comment pouvons-nous apporter ce soutien afin qu’il puisse favoriser les relations harmonieuses au sein de la dynamique familiale afin que chaque parent puisse prendre soin de lui ET de son enfant? Comment briser l’isolement, en temps de pandémie ET en temps normal, comment mettre fin à ce mode de « famille nucléaire »? Comment favoriser les villages d’attachement autour de l’enfant? 

Comment pouvons-nous soutenir le personnel scolaire dans cet accompagnement affectif et social des enfants? Pouvons-nous mettre sur pied des formations sur le développement affectif des jeunes? Pouvons-nous soutenir le personnel enseignant afin qu’il puisse mettre l’accent sur l’importance des émotions, de l’empathie, de la bienveillance, de l’attachement et de toutes les compétences émotionnelles et sociales dans nos milieux scolaires? 

Cette pandémie nous démontre à quel point notre mode de vie et notre système actuel sont défaillants, autant pour les jeunes que pour les adultes. Cette pandémie est une belle occasion de revoir l’éducation autrement et, ensemble, de mettre nos jeunes au cœur de nos priorités.

Le blogue d’une maman autiste

Fondatrice du mouvement La Neurodiversité – L’autisme et les autres formes d’intelligence et du Salon de la Neurodiversité, Mélanie a reçu son diagnostic d'autisme à l'âge de 30 ans. Elle est la mère de trois enfants, dont les deux plus vieux, âgés de 6 et 4 ans, sont autistes. Elle souhaite sensibiliser la population aux différences cognitives afin qu'elles ne soient plus perçues comme des troubles neurologiques ou des maladies mentales. La neurodiversité, c’est la beauté de la vie! Chaque être vivant est différent, c’est ce qui fait de lui un être unique. Le but de ses écrits? Normaliser ce qui est normal : la différence.

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