Famille

Recevoir un diagnostic de maladie mentale

Jamais je n’aurais pensé souffrir d’une maladie mentale! Moi? Une petite déprime peut-être, mais un vrai diagnostic de maladie mentale, je ne m’y attendais vraiment pas. Voici mon histoire.

L’attente…

Je suis à l’hôpital. La dernière fois que j’y ai mis les pieds, c’était pour donner naissance à mon deuxième enfant. Un événement rempli de bonheur, une mémoire douce.

Aujourd’hui, ma tête est tiraillée entre ce souvenir et la dure réalité du présent. La raison de ma présence à l’hôpital n’est pas pour un moment de joie cette fois. J’attends impatiemment mon tour, mon cœur est rempli de souffrance.

Pourquoi suis-je incapable d’être heureuse? J’ai une belle famille, un emploi que j’aime et des gens qui m’aiment, mais je suis rongée par l’anxiété. Je me fais du mal sans savoir pourquoi et j’ai de la difficulté à gérer mes émotions. Mes enfants me procurent un bien-être inégalé, mais ils me remplissent aussi d’émotions contradictoires et d’une insécurité que je trouve difficiles à accepter.

Le diagnostic tombe : Personnalité limite.

Voilà enfin la raison de mon anxiété que je n’arrive pas à gérer! Mon irritabilité sporadique inexpliquée, mon obsession, mes compulsions et mes réactions intenses aux événements de la vie, c’est parce que j’ai une « personnalité limite ». Ouf. Je pensais que le diagnostic allait m’apporter la paix intérieure, mais de me savoir défectueuse n’a fait qu’augmenter l’insécurité et l’angoisse.

Et le doute s’installe!

Je pense qu’une des choses les plus difficiles à vivre lorsque l’on est diagnostiqué avec un problème de santé mentale est que nous commençons à douter de la validité de nos sentiments et de nos perceptions. Nous ne pouvons plus nous faire confiance et tout ce que nous vivons intérieurement est un questionnement perpétuel. Quand on est maman en plus, c’est tout un défi.

La culpabilité aussi…

J’ai passé des mois à me sentir coupable. Coupable d’avoir mis au monde des enfants qui sont victimes de ma problématique, puis honteuse de mes comportements envers eux. Je me suis isolée et enfouie dans cette incapacité d’agir et de réagir ‘normalement’. Aussi bien rester immobile et ne rien faire : ainsi, je ne pourrais faire du mal malgré moi. Il valait mieux, à mes yeux, me retirer et laisser ceux qui en étaient capables guider mes enfants vers un avenir meilleur que celui que je pouvais leur offrir.

Sur le chemin de la guérison

J’ai suivi une thérapie. J’ai vidé mon mal d’être et appris à changer mon fil de pensées. Je ne suis pas guérie – on ne guérit pas d’avoir une personnalité limite, c’est un état pas une maladie –, mais je me sens mieux outillée. Le moral remonte, je recommence à me joindre aux activités de la maisonnée, mais je réalise que je ne suis que l’ombre de mon ancien moi-même. J’ai l’impression de vivre ma vie comme lorsque l’on marche sur des œufs. Je veux éviter la douleur, je fais des efforts conscients pour empêcher les conflits. Je laisse mon conjoint s’occuper de la discipline parce que j’ai trop peur de faire des erreurs.

Petit à petit, je réapprends à me faire confiance. Je réalise que n’importe quelle mère peut elle aussi faire des erreurs, se pardonner et recommencer à neuf, que nous apprenons beaucoup plus en gérant les conflits et en acceptant la douleur qu’en essayant d’éviter de vivre.

Je comprends aussi que la meilleure chose à faire est de donner l’exemple à nos enfants en leur montrant comment surmonter l’adversité. L’important, c’est de ne pas se laisser aller au désespoir, il faut arriver à se faire violence et continuer à se battre, en trouvant des moyens de s’en sortir.

Réapprendre à vivre avec soi

Les efforts à fournir sont constants. Je dois prendre régulièrement un temps d’arrêt afin d’évaluer si mes émotions sont convenables, si ma façon d’interagir correspond à l’information que j’essaie de transmettre et si mes impressions sont justes. Il m’arrive encore à l’occasion de me dissocier lorsque je me sens envahie et je me concentre de toutes mes forces sur mes enfants pour me ramener à la réalité et me forcer à gérer le moment présent.

Tout ça, je le fais par amour. Amour envers moi-même, puisque je mérite une belle place dans ma propre vie et parce qu’il n’est jamais trop tard pour s’enrichir de connaissances qui nous ont échappées auparavant. C’est aussi par amour envers mes enfants, parce que je veux les outiller adéquatement pour faire face à la vie.

Si vous connaissez des gens qui vivent avec un problème de santé mentale, la chose la plus importante à savoir est qu’ils ont besoin de votre soutien. Ils vivent quelque chose de très difficile et qui n’est malheureusement pas tangible comme une maladie physique. Et même si vous ne comprenez pas ce qu’ils vivent, comprenez que c’est un fardeau dur à porter et soutenez les du mieux que vous le pouvez.

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