Famille

Parler du parent absent à son enfant

Les absents ont toujours tort, dit-on, mais quand c’est le parent de notre enfant qui est parti, ce n’est pas si simple. On sait qu’il faut faire preuve de tact et de douceur quand on en parle, même quand on a envie de hurler.

Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer qu’un parent n’est plus dans la vie de notre enfant. Ça peut être un décès, un parent qui n’a pas son rôle de parent à cœur, un parent qui s’en va carrément ou un parent qui mène une drôle de vie. Dans tous les cas, il y a des conséquences et c’est le parent qui reste qui décidera de ce que l’enfant pensera de l’autre. Qu’est-ce qu’on leur dit? Comment est-ce qu’on explique l’inexplicable?

Les décès

Bien sûr, il arrive qu’un parent parte bien malgré lui. Ce n’est de la faute de personne et il faut vivre avec, en abordant de notre mieux la mort avec notre enfant. Évidemment, c’est un sujet très anxiogène qui revient fête après fête, Noël après Noël, en se mélangeant aux souvenirs heureux. C’est un sujet difficile et tendre à la fois, que toute la famille apprendra à aborder à sa façon et de plus en plus sereinement avec les années qui passent.

Dans ces cas-là, on n’a que de bonnes choses à dire à notre enfant. C’est très difficile, mais au moins c’est une séparation qui s’explique, sans ambiguïté ni culpabilité. Nous avons déjà abordé le deuil et la façon d’en parler avec les enfants, mais il fallait quand même souligner ici l’absence de ces parents qui sont partis contre leur gré et beaucoup trop tôt.

Un parent qui ne veut pas en être un

Dans un autre registre plus difficile à expliquer à un enfant, on retrouve un parent qui choisit de ne pas être là. L’enfant se demande bien ce qui s’est passé. Il pense parfois que c’est parce que ce parent ne l’aime pas assez pour le voir plus souvent. De temps en temps, il pense que c’est de votre faute et ne se prive pas de vous le dire. Dans tous les cas, les parents qui jouent leur rôle au quotidien sont pris avec une situation bien compliquée.

Quand le père ne veut pas voir ses enfants et préfère éviter de payer pour ceux qui ne l’intéressent ni de près ni de loin, les choses s’enveniment. Les chicanes sont légion et même en sachant qu’on a raison à 100 %, on ne sait pas toujours comment expliquer ce rejet. On ne veut pas avoir l’air de la mégère qui maudit un père que les enfants ne connaissent pas tellement et idéalisent un peu. On ne veut pas non plus que les enfants s’ennuient d’un père extraordinaire qu’on aurait fait miroiter pour ne pas faire de peine.

Il reste que ce père (ou cette mère) est à quelques rues, n’appelle jamais, fait beaucoup de peine aux enfants. Il se moque éperdument des activités parascolaires et voit son enfant pour un après-midi de temps en temps, mais seulement quand on a fait une scène et probablement gagné une bonne vingtaine de cheveux blancs.

Parce que notre enfant voit notre désespoir, notre colère et notre peine, il faut, tôt ou tard, lui dire une partie de la vérité. Sans entrer dans les détails méchants, on peut dire que l’autre parent est trop occupé pour nous. On peut consoler notre enfant quand ce père achète tout plein de cadeaux et part en vacances avec l’enfant issu de sa nouvelle union alors qu’il peine à appeler le vôtre pour sa fête. On pourra raconter des bouts plus « adultes » de temps en temps, pour éclaircir les choses à mesure que l’enfant grandit et qu’il comprend. Avec tout le stress que ce père absent vous impose et toutes les incertitudes qu’il vous a fait subir, c’est la moindre des choses que votre enfant le voie sous son vrai jour.

Le parent porté disparu

Il y a des parents qui s’effacent complètement. Ils partent sans laisser d’adresse, parfois même dans un autre pays. Ces parents démissionnent, carrément.

Il y en a qui partent à l’aventure parce qu’ils considèrent que la vie de famille les brime dans leur vie personnelle. Il y en a qui partent parce qu’ils ont le mal du pays. Il y en a qui laissent leur partenaire s’arranger quand vient le temps de la rupture, parce qu’ils se disent « si je ne peux être père à 100 %, je ne veux plus être père du tout ».

Pour les enfants, on se dit que c’est une rupture effroyable. On a peur que ce soit comme un deuil, et même encore pire parce qu’il est volontaire. On a peur que notre enfant vive un énorme traumatisme et on s’inquiète et on s’inquiète encore pour notre enfant. Rassurez-vous, au fil du temps les blessures passent et l’enfant s’habitue à l’absence de celui qui bien égoïstement a décidé de l’abandonner. Loin des yeux, loin du cœur, comme on dit.

En plus, l’autre parent n’étant plus là pour nous mettre des bâtons dans les roues, on en vient à apprécier la complicité avec notre enfant en tant que seul parent. Bien sûr, on manque un peu de temps et d’argent, mais au final, quand la peine d’amour est finie, ce n’est pas aussi terrible qu’on aurait pu croire.

C’est quand ce parent essaie d’effectuer un retour que les choses se compliquent. En plus de dix-huit ans avec votre enfant, ce retour soudain a le temps d’arriver et cette possibilité plane au-dessus de vos têtes. Quand ça arrive, c’est suite à un genre d’éveil. Le parent fugueur réalise que son enfant ne sait pas à quel point il est extraordinaire. Il revient donc le lui montrer.

Malheureusement, c’est souvent décevant pour ce parent quand il réalise que l’enfant ne l’attend vraiment pas à bras ouverts. C’est aussi décevant pour l’enfant qui s’est détaché à la longue et qui s’était fait des scénarios différents. Finalement, c’est pénible pour vous, qui avez tout porté à bouts de bras depuis longtemps et qui avez peut-être même refait votre vie. C’est tellement pénible et courant, que certains avocats suggèrent même de calculer une pension alimentaire en attendant, parce qu’elle rebutera celui ou celle qu’on n’attendait plus depuis des années.

Un parent tourmenté

Finalement, dans les cas encore plus tristes, il y a les parents qui dérapent et qu’on perd. Je parle des parents accrocs au jeu, par exemple, à la drogue ou à l’alcool. Ce sont ceux qu’on voit dépérir et qu’on ne réussit pas à sauver dans le brouhaha du travail et de la vie de famille. Ces parents parfois honteux en public que les enfants ne savent plus comment aborder réussissent parfois à s’en sortir. D’autres fois, ils sont victimes de leur « vice » et finissent par en périr ou du moins par sortir de notre vie parce que « c’est trop ».

Pour les enfants qui n’ont pas le loisir de passer du temps avec ces parents sans que ça tourne mal, c’est une tragédie. Ils ont l’impression de marcher sur un fil qui peut casser à chaque instant et voient bien qu’ils ne vivent pas ce que les autres vivent. Dans ce cas, on peut les sortir pour deux. On peut jouer au hockey dans la ruelle et s’occuper de ce que l’autre apportait de meilleur et qu’il n’est plus capable de faire. C’est difficile, mais c’est mieux que rien.

D’ailleurs, c’était le cas de Scott Weiland, chanteur des Stone Temple Pilots, un excellent musicien qui était malheureusement un toxicomane notoire. À son décès, sa femme a écrit une lettre très émouvante pour protéger ses enfants de la « gloire » de leur père vedette. Si vous comprenez l’anglais, prenez quelques minutes pour lire cette lettre sur le site du Rolling Stones Magazine. Elle illustre bien les peurs d’une mère qui a vécu aux côtés d’un père à la vie tumultueuse et recommande à ceux qui connaissent des pères toxicomanes d’emmener leurs enfants au baseball ou de leur payer une crème glacée.

Mon expérience

De mon côté, j’ai connu le père qui disparaît sans laisser de traces. Après plusieurs années, nous n’avons toujours pas de nouvelles. Il est peut-être vivant, peut-être pas. Il est peut-être à New York, à Berlin, à Tokyo ou en Égypte. On ne le sait pas. S’il vivait sur un banc de parc, on ne le saurait pas. S’il était en prison non plus. On s’imagine qu’il voyage, c’est plus facile. Heureusement pour nous, ma fille le vit plutôt bien, mais je sais que ce n’est pas aussi facile pour tout le monde.

J’ai aussi connu d’autres types de parents absents par le biais de mes amis et de ma famille. Parfois c’est le père qui partait ou qui négligeait son enfant. On essayait de compenser, sans dire à haute voix ce qu’on pensait d’eux devant les enfants. Peut-être qu’on aurait dû, mais comme les enfants s’en sortent bien, on ne s’est pas trop posé la question. Il y a aussi la mère de mon amie qui est partie parce que « la vie de famille l’ennuyait ». Elle est revenue dix-neuf ans plus tard et à ce jour, elle n’a pas encore compris pourquoi ses filles n’ont pas envie de la voir.

Toutes ces situations parfois claires, parfois absurdes sont difficiles à vivre, pour les parents comme pour les enfants. Si vous avez besoin d’en discuter, n’hésitez pas à en parler ici ou à vous joindre à d’autres mères qui vivent les mêmes épreuves que vous sur notre forum. Vous y trouverez un peu de soutien et des trucs pour trouver les bons mots au bon moment.

Image de Anne Costisella

Anne Costisella est diplômée en communication publique à l’Université Laval et maman de deux enfants. En plus d'être une rédactrice web d'expérience,  Anne est aussi l'auteure du blogue Techno Maman


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