Famille

Je ne veux pas quitter mon bébé

L’attachement est nécessaire pour développer une relation avec nos enfants. L’amour, les soins et l’attachement nous permettent de grandir en tant que parent et offrir à nos enfants la sécurité dont ils ont besoin pour devenir autonomes.

 

Je suis souvent confrontée à des mères qui ressentent un instinct très fort de protection et qui ont le besoin de rester proches de leur bébé. Voici la question reçue la semaine dernière d’une mère inquiète : « Lorsque nous devons nous quitter, je pense que je fais autant d’anxiété que mon garçon d’un an. Je gère mal nos séparations… et lui aussi. Avez-vous des trucs pour nous aider? »

La culture et la nature

La séparation d’avec nos tout-petits est avant tout une avancée culturelle et il se trouve que nous vivons quotidiennement cette dualité entre nature et culture. Nous vivons sous des latitudes où les familles travaillent à l’extérieur et confient leurs enfants à d’autres personnes. On nous demande de performer et même si au Québec, nous sommes plutôt choyés avec le congé de maternité, il s’avère tout de même que la séparation d’avec nos enfants n’est pas naturelle et peut être extrêmement éprouvante.

Il est souvent rapporté que pour qu’un enfant devienne autonome, il doit être séparé de sa figure d’attachement et il doit développer ses habiletés sociales seul, loin du nid. Or, certaines mères très connectées à leur besoin de protection ressentent une grande anxiété à l’idée de se séparer de leur enfant. Cette raison est physiologique : nous sommes faites pour rester en contact avec nos enfants et continuer à fortifier la relation.

Parallèlement, plusieurs mentions peuvent être faites : certaines femmes ont besoin de retrouver une vie sociale et une activité en-dehors de la maternité, pour y trouver un équilibre. D’autres expliquent ne pas avoir le choix de retourner sur le marché du travail pour assumer la charge familiale malgré la peine de se séparer.

C’est donc un sujet très sensible car il réveille des blessures, de la culpabilité et de l’inconfort. C’est un sujet aussi qui divisent les femmes. D’ailleurs, plusieurs approches se contredisent.

Sonner l’alerte

Il n’y a pas de bonne réponse ; il faut composer avec nos propres sensations et nos besoins. Si vous êtes de celles qui ont ce besoin viscéral de rester proche de votre enfant, ce n’est pas une défaillance pour autant, un rapport malsain ou une dépendance affective ; c’est au contraire un instinct très fort et développé. Votre biologie est en dissonance, en désaccord avec votre besoin profond, celui de veiller sur votre progéniture et lui assurer de la sérénité.

Je voulais tout de même souligner l’importance de démystifier les croyances populaires. Une mère et un enfant très reliés ne sont pas dysfonctionnels. Il est sain de rester en proximité avec ses enfants. Il est naturel de vouloir assumer leur sécurité, leurs soins et prendre en charge leur développement.

Une mère qui a de la difficulté à se séparer doit être entendue car elle est en réelle détresse face à cette possibilité. Quant à l’enfant, il vit lui aussi cette anxiété et il a besoin d’être rassuré. Une mère et son enfant sont en relation : c’est donc une énergie qui circule, l’un ressent l’autre. Souvent, la mère sent que son bébé n’est pas prêt à être loin d’elle. Ce n’est pas nécessairement elle qui génère l’angoisse de séparation, elle est tout simplement très sensible aux signaux et elle enclenche son système d’alerte.

Un tabou?

Il est important d’y aller progressivement en respectant son rythme, idéalement entourés de personnes ressources de confiance et empathiques à votre situation.

Il faut aussi oser en parler pour ne pas être brusquée et surtout, s’assurer de savoir que ce n’est pas un problème mais une réalité courante (bien que taboue). Personne ne veut se faire juger de mère incapable de laisser aller… Pourtant, être connectée à son instinct profond est un cadeau mutuel pour la relation qui grandit.

Ce qui aide en général les familles plus inquiètes face à la séparation, c’est l’observation de nos enfants. Souvent, ils s’adaptent et ils sont résilients. Ils trouvent des stratégies de compensation. Ce sont des indices que l’attachement est solide et la mère pourra alors apprendre à se faire confiance.

Un cheminement

Pourquoi est-ce si difficile de se séparer? La réponse peut être liée à notre histoire, nos besoins, nos valeurs, nos blessures ou nos ambitions. C’est un cheminement et un apprentissage. Il ne faudrait pas être précipité ni minimisé dans ce que vous sentez. Se séparer est une étape fondamentale de la relation, et souvent, on l’accélère en prétextant les besoins extérieurs. C’est aussi une prise de conscience d’apprivoiser le fait que nos enfants nous sont juste « prêtés » et qu’ils vont inévitablement faire vers leur propre route, vivre leurs expériences.

Pour se détacher, il faut d’abord avoir été bien attachés. C’est la mission maternelle d’y être ouverte.

Références
Le bébé et l’eau du bain de Jean-François Chicoine, publié aux éditions Québec Amérique, ISBN : 978-2-7644-0479-9, 12,95$
La théorie de l’attachement de John Bowlby

Chloé Finiels
Accompagnement Émotionnel et Relationnel

Chloé Finiels, s’est tournée vers l’accompagnement émotionnel et relationnel en 2011. Ayant un profil neuro-atypique et étant hypersensible, elle s’est intéressée à offrir des ressources alternatives. Elle a fait un parcours académique universitaire et est diplômée depuis 2006 en psychologie clinique. Elle a étudié en biologie, psychologie et embryologie. Elle s’est faite connaître via les réseaux sociaux grâce à ses billets et chroniques sur les éducations alternatives, la normalisation des difficultés parentales, mais surtout sa vision très moderne de la parentalité : comprendre en profondeur nos émotions, ce qui les réactivent, nos déclencheurs et comment accepter nos fluctuations émotionnelles. Elle est chroniqueuse pour plusieurs médias, superviseure dans l’accompagnement relationnel et émotionnel et formatrice pour les familles et professionnels qui souhaitent comprendre la famille neuro-atypique, la parentalité créative. Elle est passionnée et se forme en continu dans divers domaines : la périnatalité, les éducations alternatives, les neuro-sciences, le deuil périnatal, la communication efficace, la neuro-psychologie, la neuro-biologie, la psychothérapie d'engagement et d'acceptation, l’endocrinologie.


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