Santé

Les jouets ont-ils un sexe?

Question délicate s'il en est une parce qu’il ne s’agit pas que du choix anodin d’un jouet pour son enfant, mais porteur d’un sens bien plus profond : de valeurs personnelles, familiales et sociales.

Une poupée pour Daphnée et un camion pour Simon?

Bonjour! Je suis maman de deux garçons de 6 ans et 2 ans et demi, et mon plus jeune a demandé une poupée au Père Noël. Je me sens un peu mal à l’aise avec ce choix. Est-ce normal? Devrais-je m’inquiéter de voir mon petit garçon s’intéresser aux poupées alors que son frère n’a jamais joué avec ce genre de jouets? D’un côté, j’aurais envie de lui donner ce jouet qu’il semble tant vouloir, mais d’un autre, je n’ai pas envie qu’il fasse rire de lui…

La théorie : ce qu’en disent les spécialistes

En fait, toute la question du choix des jeux et jouets dits stéréotypés part du développement de l’identité sexuelle de l’enfant. De quand il commence à se percevoir comme appartenant à un sexe plutôt qu’à un autre. Or, ce n’est que vers deux ans que l’enfant commence à différencier les filles des garçons. Avant cet âge, pour lui, un enfant est un enfant, tout simplement. Par contre, pour ce qui est de sa propre identité, bien qu’il ne soit pas conscient d’être plus un garçon qu’une fille, certains comportements semblent bien définis dès le tout jeune âge et nous prennent parfois au dépourvu.

Ainsi, je vous propose des exemples concrets qui vous feront faire une constatation sans équivoque : nous n’avons pas le contrôle sur tout comme parent!

Thomas nous a fait toute une surprise lors d’un repas en famille l’an dernier. Alors que nous n’avions pas l’impression d’avoir inculqué à nos enfants des comportements stéréotypés, mon conjoint et moi avons vu notre petit bonhomme d’à peine 8 mois s’amuser à faire glisser sa cuillère dans un mouvement de va-et-vient tout en faisant un vrombissement évident avec sa bouche. Et aujourd’hui, à 20 mois, il aime autant « tout ce qui roule » que le laissait présager sa première expérience dans la chaise haute!

Quant à notre « princesse », elle est entrée dans à deux pieds joints dans ce rôle il y a quelques mois, soit vers 3 ans et demi, et ce, avec une maman qui est tout sauf du type « jupe et talons hauts ». Elle aime se maquiller, les robes qui tournent et les longs colliers de perles, tout comme la plupart de ses petites copines de la garderie. Quand je l’ai questionnée sur sa perception des jouets, voici ce qu’elle nous a répondu : les poupées, les Barbies, Dora et tous les trucs de princesses sont des jeux de filles alors que les camions, outils et jeux de « Spiderman » sont des jouets de garçons. Les blocs, les livres, la cuisinette, la caisse enregistreuse, la musique, les films, le dessin et les casse-tête amusent tout autant les garçons que les filles selon elle. « Est-ce qu’un garçon peut jouer avec une poupée? » « Mais non! » me répond-elle d’un air exaspéré… Je lui ai rappelé à quel point son frère s’intéressait à ses poupées. « Ce n’est pas pareil, c’est un petit garçon, pas un grand! »

Et pourtant, à travers mes années à travailler avec des enfants, j’ai vu des garçons aimer les poupées et des filles aimer des jeux de construction, souvent! Je me rappelle d’un petit Olivier qui adorait se déguiser avec chapeaux, souliers et foulards, de Kassandra qui s’amusait avec les petits trains et qui se tiraillait avec les garçons de son groupe, de Félix qui avait un plaisir fou dans le bac à Barbie. Et j’ai aussi vu bien des parents mal à l’aise de ces préférences. Peur du jugement, du regard des autres, peur que notre enfant se fasse ridiculiser. Mais cette crainte est-elle encore totalement justifiée?

La pratique : des solutions adaptées à vos besoins!

Ce dont il faut prendre conscience, c’est que les rôles sociaux d’adultes ont eux aussi changé : les papas s’impliquent davantage et très tôt dans la vie de leurs bébés, les mamans conduisent des voitures, les réparent même parfois quand elles n’en font pas un métier. Et parce que les enfants apprennent en regardant les « grands », il est normal que les garçons, tout comme les filles, s’intéressent autant à des poupées qu’à des autos.

En effet, entre deux et six ans l’enfant construit son identité sexuelle en imitant son parent du même sexe, ou en se différenciant de celui qui est du sexe opposé. Cela fait donc partie de son développement de s’intéresser à des jeux qui reproduisent ce que les adultes font. Et c’est à nous comme parents de leur offrir un large éventail de types de jeux auquel il puisse s’intéresser.

Je trouve tout de même délicat d’aborder cette question comme intervenante. Parce qu’il ne s’agit pas que du choix anodin d’un jouet pour son enfant, mais porteur d’un sens bien plus profond : de valeurs personnelles, familiales et sociales. Valeurs qui sont différentes d’une famille à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une génération à l’autre. On peut bien, comme parent, choisir d’éduquer nos enfants de la même façon, sans égard au fait qu’ils soient filles ou garçons. On peut bien acheter à notre fiston la poupée tant désirée et trouver cela tout à fait naturel, il y aura toujours quelqu’un pour remettre en doute nos choix. Parce que, bien que les mentalités aient considérablement évolué au cours des dernières décennies, certaines attentes face aux comportements, à la personnalité et aux goûts de nos garçons et de nos filles semblent perdurer malgré le temps qui passe.

Et dans ce sens, je peux très bien comprendre le parent qui me dit être mal à l’aise d’aller choisir pour son garçon une poupée toute vêtue de rose dans les grands étalages définitivement pensés pour attirer les petites filles. Alors, il faut aussi se respecter dans ses valeurs et ses limites. Il y a de plus en plus de poupées qui sont habillées dans des couleurs plus « neutres » et qui permettront à votre petit bonhomme de s’amuser avec ce jouet sans que ce soit tourné au ridicule par ses copains, vos voisins ou votre famille élargie.

L’important, c’est qu’on soit d’abord capable de se sentir bien face au choix de notre enfant, sans ressentir le besoin de se justifier. C’est un beau défi pour certains d’entre nous qui avons été éduqués dans des valeurs très traditionnelles, n’est-ce pas? Et si nous arrivons à cette ouverture d’esprit comme parent, et comme société même, notre enfant ne doutera pas lui non plus que c’est le meilleur cadeau de Noël dont il pouvait rêver!

Les ressources : références, lectures, sites ou groupes d’entraide

Vous ne pouvez pas ou ne voulez pas investir dans plusieurs jouets sans connaître les réels intérêts de votre enfant? Rien de plus normal! Empruntez des jouets dans une joujouthèque ou une bibliothèque de quartier, observez-le dans ses jeux avec des amis, informez-vous à la garderie de ses intérêts. J’ai été agréablement surprise l’an dernier d’apprendre que ma fille adorait jouer au hockey avec les garçons de son groupe alors qu’elle n’est pas particulièrement habile dans les sports. Ça nous a fait un jeu intéressant et surtout différent à lui offrir!

Comme livre, je vous suggère Et si on jouait? Le jeu durant l’enfance et pour toute la vie de Francine Ferland. Une nouvelle édition revue et augmentée pour vous aider à comprendre l’importance du jeu chez l’enfant de tout âge. Des heures de lecture passionnantes en perspective!

Et si on jouait? Le jeu durant l’enfance et pour toute la vie, Francine Ferland, 2005, collection Parents, Editions Sainte-Justine, ISBN : 9782896190355, 19,95 $

Solène Bourque
Psychoéducatrice

Solène Bourque est psychoéducatrice, auteure et enseignante en éducation spécialisée. Elle est également la fière maman de deux enfants de 11 et 13 ans. Depuis 2010, elle a publié huit ouvrages éducatifs pour parents et intervenants et signe aussi des articles pour différents magazines s’adressant aux parents.


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