Papa

La bedaine

Mesdames, rassurez-vous : vous êtes belles et désirables durant la grossesse. C’est un papa qui l’affirme! Jean-François Bourassa amorce ici une série de chroniques sur sa vie de père.

Les mains enduites de gelée de pétrole, je caressais son corps que je ne reconnaissais plus. Sa poitrine, gonflée au maximum, ne m’avait jamais paru si dure. Je ressentais un désir intense imprégné de retenue. Celle de ne plus trop savoir comment m’y prendre sans transgresser les limites érigées par l’imprévisibilité de ses humeurs. Ce n’était certes pas l‘objectif, mais l’exercice m’excitait sans qu’elle s’en doute. Elle se proclamait à mille lieues de la femme avec qui je fusionnais à peine neuf mois auparavant.

Tranquillement, « l’amoureuse » cédait le passage à la « mère » en devenir. Je profitais largement de ces désormais trop rares caresses que mes mains lui prodiguaient par l’entremise du procédé que j’appliquais à la lettre. Je m’attaquais tendrement à son ventre pratiquement prêt à éclater. À travers le mince derme complètement étiré, je pouvais ressentir les mouvements de celui qui, malgré lui, avait déjà tout chamboulé.

L’application achevée, elle savait pertinemment que je faisais du zèle. Je profitais d’un dernier moment de sa chaleur corporelle. Dès lors, comme un courant d’air, j’ai ressenti un grand froid. Je réalisais qu’il s’agissait probablement du dernier moment d’intimité avant que la famille se concrétise et ne se limite plus au monde des rêves et pensées.

Le lavage de mains complété, je pouvais enfin amorcer mon œuvre d’art. Les bandelettes préalablement découpées, je les avais trempées dans l’eau avant de graduellement la recouvrir. Tel un casse-tête, je me suis appliqué à installer chaque bande sur son ventre qui grelottait. En quelques minutes parce que la momie ne devait plus bouger, car un simple geste pouvait tout faire craquer. Elle patientait en silence sous mon regard, attendant que le plâtre soit complètement séché pour que le moule créé se déloge sans forcer.

L’enfant a précédé deux petites sœurs et, pourtant, le rituel ne s’est jamais renouvelé. Tel un trophée, le fragile objet trône toujours sur l’immense commode de la chambre à coucher et accumule la poussière au gré des années. Dernièrement, ma conjointe y a déposé une camisole, recouvrant partiellement le buste. Sacrilège! Je me suis dès lors demandé ce qui pouvait la pousser à cacher cette sculpture d’une unique beauté. 

J’espérais qu’il ne s’agisse pas d’une pudeur extrême ou d’une honte qui se serait développée à mon insu. Cette simple bedaine de plâtre qui symbolise pour moi le passage à une étape marquante de notre vie conjugale prenait-elle dorénavant les caractéristiques d’une épaisse carapace? Derrière sa croûte, se dissimulerait-il les craintes d’une femme de ne jamais pouvoir retrouver le corps qu’elle habitait et qu’elle imagine désormais ravagé? Honte à moi; c’est mon devoir de faire en sorte qu’elle se sente désirée...     

C‘est dans le mandat de père de toujours tenter de rassurer sa conjointe. Troquer le rôle de paternel pour celui de l’amoureux attentionné. Lui rappeler notre attachement pour sa personne, attachement que le temps n’a fait que solidifier. Si progressivement notre intimité s’est éloignée de ce qui l’animait au passé, rien ne surpasse la complicité présente. Elle ne doit jamais douter de l’effet de son regard pétillant, du contact de sa peau frémissante, du réconfort de son odeur, des sensations de ses caresses... Le temps pressait donc. Je devais activement la persuader, hors de tout doute, qu’un papa s’avère d’abord et avant tout un homme amoureux...

La poésie de mon raisonnement a été anéantie par le célèbre et immortel : « Tu ne comprendras jamais rien aux femmes! » Sans retenue, elle s’est amusée à dépecer mon délire théorique qui m’avait amené à croire qu‘elle complexait à la vue de sa bedaine de plâtre. Elle m’a expliqué avoir recouvert la bedaine d’une camisole pour ne pas stimuler davantage l’obsédé technicien du câble qui ne cessait de la reluquer. Du même coup, elle en a profité pour faire l’éloge de la teinte verdâtre du vêtement afin de me convaincre de la pertinence de l’achat imminent de nouveaux rideaux pour la chambre à coucher…

Elle a raison; je ne comprendrai jamais rien aux femmes...

Jean-François Bourassa

Père de trois jeunes enfants, Jean-François Bourassa a vu sa vie se métamorphoser au cours de la dernière décennie. Après des formations en créations littéraires et scénarisation cinématographique, il œuvre la nuit dans un domaine diamétralement opposé. Assistant également sa conjointe responsable de service de garde en milieu familial, sa personnalité est désormais marquée et influencée par la présence perpétuelle d’enfants dans son petit univers. Il nous livre sous forme de chronique ses états d’âme entre deux changements de couches.


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