Blogues

Un tendre hommage à mon TDAH

J’ai 7 ans, peut-être huit. Nous arrivons devant le boucher, ma mère me dit « 1/2 livre de jambon cuit déchiqueté ». Elle attend dans la voiture, j’entre. Bonjour, Monsieur Paré, je viens chercher… euhhhh, qu’est-ce que je viens chercher?!?! »

Je retourne deux fois à la voiture, parce que probablement en entrant dans la boucherie, quelque chose a capté mon attention, blanc de mémoire à tout coup. J’ai dû en faire une chanson, style rap… « Une demi-livre de jambon cuit déchiqueté ». Même chose pour mon ancienne boite aux lettres, j’ai fait une chanson à répétition de la maison à la boite aux lettres « 2680, 2680, 2680 ». Notez bien que ce n’est pas un trouble de mémoire. Je me rappelle de souvenir dont personne ne peut se rappeler. J’entends une chanson deux fois à la radio et je la connais par cœur. J’ai ce qu’on appelle un TDAH…

J’ai 29 ans et j’ai un gros déficit d’attention depuis toujours. C’est en moi, c’est collé dans toutes mes racines. Je suis pourtant capable de m’occuper de mes enfants. Au début, je n’osais le dire à personne. J’avais peur que l’on me juge dans mon rôle de maman. Je ne suis pas invalide, j’ai juste un déficit d’attention! J’essaie depuis toujours de m’outiller pour affronter ce monde qui n’est pas conçu pour mon type de cerveau. Mon cerveau n’est pas moins champion que celui d’une pas TDAH. Mon cerveau travaille de façon différente. D’une façon que la société ne comprend pas. Les brassées de serviettes sont souvent oubliées dans la laveuse, je mange parfois mes toasts frettes parce que je les oublie dans le grille-pain quand il finit sa job de grille-pain. Mon lavabo s’est vidé plusieurs fois partout dans ma cuisine et les taxis m’aiment parce que j’ai probablement payé leur hypothèque en oubliant mes clés dans mon char barré plus de fois que j’ai de doigts. Par contre, donnez-moi un bout de papier et je vous ferai le plus beau castor en origami que vous n’aurez jamais vu de votre vie!

Plus jeune, j’ai dû travailler le double pour réussir. J’ai fait rire de moi parce que je ne comprenais rien aux résolutions de problème. Personne ne voulait de moi dans les équipes de combat de tables de multiplication (sauf pour la table de X7, j’avais fait une chanson avec les équations!) Les chiffres se mélangeaient tous dans ma tête et des fois ça me serrait dans le ventre tellement je ne comprenais rien, j’avais le sentiment d’être une pas bonne, le sentiment d’être essoufflée après un examen tellement mon cerveau avait travaillé fort. Comme si j’avais roulé trop longtemps avec mon bazou et qu’il sentait un peu le brûlé!

Par contre, en arts, depuis que je suis toute petite, j’ai l’impression de rouler en formule 1. Une formule 1 qui va à la vitesse de l’éclair. Comme si mon cerveau avait enfin, pendant cette période, l’occasion de vomir toutes les idées qu’il avait empilées. Dans ces moments, je sentais que je valais quelque chose dans la vie, que je n’étais pas simplement la fille qui « ne voulait pas comprendre ».

C’est juste que moi, quand mon professeur demandait : « Combien de pommes a Pierre s’il en avait 6, qu’il en avait perdu une, que Françoise lui en avait apporté 2 et qu’il en avait mangé une? », je n’avais aucune idée de ce qu’elle me demandait parce que moi, j’étais déjà en train de dessiner un pommier juste pour que Pierre ne manque jamais de pommes dans son panier. Pas besoin de compter les pommes quand tu as un pommier dans ta cour, non?

Maintenant, j’ai 29 ans et je n’ai jamais été aussi fière de mon TDAH. C’est grâce à lui que je suis celle que je suis. Des fois, c’est difficile. Souvent, je voudrais prendre un petit congé de moi-même parce que ce n’est pas facile de vivre avec moi-même au quotidien. Parfois, je suis essoufflée de continuer. Je sais que je n’ai pas le cerveau adapté pour la société dans laquelle je suis née… Mon trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, un jour je l’ai réinventé, je l’ai renommé pour mieux l’aimer, pour mieux m’aimer…

T : trop

D : d’idée

A : à

H : héberger

Vous voyez, maintenant que je suis une maman, j’ai envie de prendre les enfants qui se sentent comme moi quand j’étais petite et de leur chuchoter dans l’oreille : tu es une personne magique et extraordinaire! Laisse faire les autres et crois en toutes les idées qui s’hébergent entre tes deux oreilles! Ferme tes yeux et lorsque quelqu’un te traitera de paresseux ou rira de tes idées farfelues, répète-toi que tout est possible!

Parce que la petite fille cachée quelque part en moi rêve d’une société qui comprendra mieux son cerveau, qui comprendra que les enfants comme moi sont les machines à idées de demain. Des petites fourmilières à solutions sans filtre et sans fond. Parce qu’être dans la lune, ce n’est pas perdre son temps, c’est créer l’histoire, c’est chercher des solutions, c’est écrire de nouveaux scénarios, c’est simplement, tout simplement réinventer un monde meilleur…

Geneviève Jetté

Éducatrice à l’enfance de profession, bricoleuse, amoureuse et passionnée de littérature jeunesse, Geneviève est la maman de Louka (5 ans) et Rémi (2 ans). Sa vie familiale à la maison est teintée de peinture, de dessin, d’aquarelle, de lectures, de thés, de musique et de projets. C’est lorsqu’elle s’est mise à pleurer dans la section littérature jeunesse d’une librairie adjacente au Cegep qu’elle fréquentait que Geneviève a su que le domaine de la petite enfance était l’univers qui lui collerait à la peau pour toute sa vie. Blogueuse pour la boutique Mère Hélène, elle signe aussi Tatouée Maman sur Mamanpourlavie.com et la chronique Consommation dans les revues Bébé Magazine et Grossesse Magazine. Son principal défi : chasser la routine à grands coups de créativité pour rendre le train-train quotidien plus agréable. Vous pouvez la suivre sur sa page Facebook.

Calculatrice d'accouchement

Calculez votre date d'accouchement en rentrant la date de vos dernières règles.

Cette semaine

Nos Concours

Profitez de l'été grâce à Vtech!

Courez la chance de gagner le super tricycle interactif de Vtech

Commentaires