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Famille

Noël entre les murs d’une prison

Devoir célébrer Noël loin de ses proches peut se révéler une triste expérience. Mais quand ce sont des barreaux de prison qui séparent les familles, la honte et une certaine confusion rendent l’événement singulier.

Ce sont 117 détenues qui, bon an mal an, passent la période des Fêtes derrière les murs du pénitencier fédéral de Joliette. Chaque année, leurs familles sont invitées à une fête de Noël organisée par le pénitencier. Une initiative qui, malgré les nobles sentiments derrière l’idée, ne simplifie pas nécessairement les relations entre les familles et les détenues.

Coordonnatrice du projet Art Entr’elles, Geneviève Fortin a connu un long et ténébreux parcours avant de retrouver une vie normale. Issue d’une famille qu’elle qualifie de « presque parfaite », la jeune femme de 32 ans n’a pourtant pas échappé au démon de la tentation qui l’a entraîné pendant 15 longues années dans l’enfer de la toxicomanie et de l’itinérance, jusqu’au jour où elle fut arrêtée et condamnée à trois ans de pénitencier pour trafic de drogue.

« Des temps des Fêtes, j’en ai gâchés plusieurs dans ma famille », se souvient-elle en évoquant des réveillons passés dans des « crackhouses » et dans la rue.

La peur des parents

Richard* et Louise*, ses parents, se souviennent de cette période comme étant marquée par la honte et la peur constante d’apprendre de tragiques nouvelles de leur fille. Pour eux, la condamnation de Geneviève fut en quelque sorte une bonne nouvelle, même s’ils la vivaient avec une certaine honte.

« Au moins, nous savions qu’elle était plus en sécurité là qu’à l’extérieur, se souvient Richard. Mais il était hors de question, pour moi du moins, de lui rendre visite ». 

Pendant ce temps, Geneviève entretenait des liens un peu plus forts avec son petit frère Hugo*, qui n’a jamais rompu le contact avec elle.

La fête de Noël en prison

Ils ont tout de même accepté l’invitation de Geneviève à venir à la fête communautaire organisée par le pénitencier une année. « Les détenues et leur familles étaient rassemblées au gymnase. Il y avait un buffet et de la musique », se souvient-elle.

Pour ses parents, il demeurait cependant clair que cette visite était exceptionnelle et qu’elle serait la seule pour toute la durée de son incarcération.

« Geneviève en a ruiné, des fêtes de fin d’année. Mais cette fois, c’était épouvantable pour moi de vivre avec le fait que ma fille passait Noël en prison », dit Louise.

Cette visite fut le théâtre de retrouvailles émouvantes et l’occasion de partager un peu de bonheur. « Je n’ai finalement jamais regretté notre décision d’y aller, raconte Richard. Ça nous a fait du bien de la voir, même si elle avait beaucoup changé physiquement à cause de son mode de vie. Ce fut un choc pour moi ».

Briser les tabous

Un des plus beaux moments de cette fête demeure, pour Geneviève, une scène dont elle se rappelle avec un plaisir avoué, bien qu’un peu coupable. « Je m’étais liée d’amitié avec une vieille dame qui portait le même prénom que ma mère et qui me donnait des leçons de musique, se souvient-elle. Je tenais absolument à la présenter à ma mère – elle lui ressemblait beaucoup de par son caractère plutôt doux et chaleureux ».

Les présentations faites et la bonne entente installée, Geneviève annonce à Louise qu’elle vient de serrer la main d’une détenue. « Ma mère était complètement hors d’elle – comment avais-je osé la pousser à socialiser avec une prisonnière? Pour elle, c’était inacceptable. Moi, je riais intérieurement », dit-elle, petit sourire en coin.

La mission secrète de Geneviève était par contre accomplie. « J’ai voulu lui montrer que les détenues sont des êtres humains comme les autres et que le cliché de la femme endurcie et tatouée partout est plutôt grossier ».

Une leçon qui a complètement changé la vision des choses de Louise. « Cette journée-là, dit-elle, Geneviève a réussi à nous servir toute une leçon. Les préjugés sont complètement tombés ».

Écrit par Martin Forgues

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