Santé

La violence sexuelle faite aux enfants

Ce qui la rend souvent difficile à identifier, c'est que l'agresseur n'a pas habituellement recours à la force de ses poings, mais à la séduction, aux menaces et au chantage.

L’abuseur

L'agresseur sexuel d'un enfant n’est pas nécessairement un inconnu, au contraire! Il peut être un membre de la famille (un parent, un beau-parent, un grand parent, un frère ou une sœur) ou être un membre extérieur à la famille, mais connu (un ami, un voisin, une personne responsable de l'enfant, un professeur, un entraîneur).

Ceux qui agressent sexuellement des enfants peuvent faire en sorte qu’il ait extrêmement peur de se raconter et ce n'est qu’avec de grands efforts pour le rassurer que l’enfant sera assez à l’aise pour en parler. Ne vous fiez donc pas au fait que votre enfant va spontanément tout vous raconter en cas d’abus.

La victime

Peu importe le visage que la violence sexuelle emprunte, l'enfant développe des sentiments et des pensées très négatives. L’enfant victime vit dans la confusion et dans l'angoisse : on l'a trahi, on a détruit des repères essentiels à sa vie, et pourtant il se sent souvent responsable de ce qui lui arrive et du drame familial qu’il provoque bien malgré lui.

Même un enfant de 2 ou 3 ans qui ne sait pas que cette activité sexuelle « est mal » va développer des problèmes résultants de son incapacité à faire face à cette sur-stimulation.

Un enfant victime d'abus prolongés développe en général une mauvaise estime de lui-même, le sentiment « d’être bon à rien » et une conception anormale de la sexualité. L'enfant peut se replier sur lui-même et devenir incapable d'accorder sa confiance aux adultes.

Notion de consentement

Toute activité sexuelle sans consentement est un crime et constitue une agression sexuelle.

Pour l’enfant de 11 ans et moins, le consentement n’existe pas, sous aucune forme.

À partir de 12 ans, la notion de consentement entre en jeu. Cependant, un jeune de cet âge ne consent pas s’il :

  • Refuse
  • Est paralysé par la peur
  • Craint de réagir
  • N'a pas d'autre choix que de faire ce que l'agresseur dit
  • Est victime de force physique, de chantage, d'intimidation, de manipulations et de menaces.

L'incitation et les contacts sexuels ne sont pas criminels si deux adolescents de plus de 12 ans et

  • sont consentants à une activité sexuelle
  • n’ont pas plus de deux ans d’âge de différence
  • ne sont pas en situation d'autorité ou de dépendance l'un envers l'autre (ex. : gardienne d'enfants, entraîneur sportif, etc.).

Entre 14 et 17 ans, l'incitation et les contacts sexuels sont criminels si

  • l'autre personne impliquée dans l'activité sexuelle est en situation d'autorité (ex. : enseignant, directeur d'école, policier, etc.)
  • l'autre personne est en situation de confiance vis-à-vis du jeune
  • l'une des deux personnes est en situation de dépendance.
Indices à surveiller

Le comportement des enfants abusés sexuellement change. Essayez d’en savoir plus si l’enfant démontre :

  • un intérêt inhabituel ou un évitement de tout ce qui est de nature sexuelle;
  • des problèmes de sommeil, des cauchemars;
  • une dépression ou un retrait social et familial;
  • un caractère séducteur;
  • la conviction que son corps est sale ou abîmé ou la peur qu'il y ait quelque chose qui ne fonctionne pas chez lui du côté génital;
  • un refus d'aller à l'école, un problème de délinquance;
  • un caractère secret;
  • l'existence de thèmes d'agression sexuelle dans les dessins, les jeux, les fantaisies,
  • une agressivité inhabituelle;
  • un comportement suicidaire, d'autres changements majeurs de son comportement.

Si un enfant dit qu'il a été agressé, les parents devraient d'abord insister sur le fait que ce qui est arrivé n'est pas de sa faute.

Les parents doivent obtenir un examen médical et une consultation psychiatrique dans les plus brefs délais afin d’être bien guidés dans leurs soins à prodiguer à l’enfant abusé.

Prévention

Personne ne souhaite que son enfant soit victime d’un agresseur sexuel, pourtant ces événements arrivent quand même tous les jours. Voici quelques mesures à considérer.

  • Dire à l'enfant « si quelqu'un essaye de toucher ton corps ou te fait des choses qui te font te sentir drôle, dit NON à cette personne ».
  • Apprendre à l'enfant que le respect des adultes et de l'autorité ne signifie pas obéissance aveugle.
  • Choisir un livre approprié à l’âge de l’enfant et profiter de cette lecture pour échanger sur les agressions sexuelles.
Que dire à l’enfant abusé
  • Je t’aime.
  • Je ne te juge pas parce que tu n’es absolument pas responsable de ce qui est arrivé.
  • Tu n’as pas à être honteux ou à te sentir coupable. C’est l’agresseur qui doit porter la responsabilité de l’agression.
  • L’agression est un acte de contrôle et de pouvoir et n’a rien à voir avec la séduction. Ce n’est pas ta manière de t’habiller ou ton comportement qui ont conduit à l’agression.
  • L’agresseur compte sur ton silence. Il est important de parler de ce qui est arrivé à une personne en qui tu as confiance
Intervention

Il peut arriver que pour assurer le bien-être ou la sécurité de l'enfant, on doive temporairement retirer l'enfant de son milieu familial, le temps de rétablir une communication positive entre tous les membres de la famille impliqués dans le drame.

Si vous connaissez un enfant qui est victime de violence sexuelle, vous devez signaler cette situation sans tarder au directeur de la protection de la jeunesse de votre région (DPJ). Ce signalement est confidentiel et peut être fait à toute heure du jour ou de la nuit.

Les organismes d’aide sont présents dans toutes les régions du Québec. Les centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractères sexuels (CALACS), Tel-Jeunes, Jeunesse, j’écoute ont des ressources pour aider les parents, comme les enfants, qui sont victimes.

L'évaluation professionnelle et le traitement aussi précoce que possible de l'enfant abusé sexuellement et de sa famille sont la meilleure façon d'éviter que l'enfant développe des problèmes graves à l'âge adulte.

Image de Sonia Cosentino

Sources

Académie Américaine de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent, Association des Centres jeunesse du Québec, Centre hospitalier universitaire Ste-Justine, Ministère de la Justice du Canada, Tel-Jeunes


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