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Esprit de Noël, je t'ai retrouvé

Pendant de nombreuses années, tu étais caché. Pourtant tu n’étais pas si loin, mais je ne pouvais plus te voir. Je ne t’ai même pas cherché, je croyais que tu n’existais plus. Et tu es réapparu!

Pendant de nombreuses années, tu étais caché. Pourtant, tu n’étais pas si loin, mais je ne pouvais plus te voir. Je ne t’ai même pas cherché, je croyais que tu n’existais plus. Et tu es réapparu!

Aussi loin que je puisse me souvenir, les Noëls de mon enfance étaient vraiment heureux. À cette époque, il en fallait peu pour m’émerveiller. Au milieu du mois de décembre, un sapin garni de glaçons illuminait le salon et c’était le début d’une frénésie indescriptible. Je comptais chaque jour qui passait, chaque dodo qui me séparait du grand jour. Noël finissait par arriver et comble du bonheur, j’étais suffisamment chanceuse pour que le Père Noël, lui-même en personne, soit des nôtres pour quelques instants. Une année, je l’avais vu traverser un grand champ, sac sur le dos, pour finalement entrer dans la maison de ma grand-mère où je l’attendais, impatiente de voir ce que ses lutins avaient préparé pour moi. C’était féerique. J’y croyais tellement…

Puis, vint un jour où Noël perdit un peu de sa magie. Il me semblait de plus en plus curieux que l’homme à la barbe blanche, vêtu de rouge, se retrouve simultanément dans tous les centres commerciaux que je visitais. Je commençais également à me questionner sur la logistique de livraison des cadeaux. Tout d’abord, n’était-ce pas ridicule de vouloir préférablement entrer dans les maisons par la cheminée? Cette procédure devait immanquablement ralentir la distribution et l’homme paraissait d’ailleurs beaucoup trop gros pour se glisser dans cette tour de briques. Comment était-ce possible que tous reçoivent leurs cadeaux en même temps et surtout, que plusieurs de mes amis aient accueilli le Père Noël à une heure approximativement semblable? Je doutais…

Une année, j’ai reconnu un visage derrière une barbe qui ne pouvait qu’être fausse. C’était mon oncle. Le Père Noël n’existait pas. Je n’y croyais plus! J’avais pu surmonter ma déception parce que je savais apprécier la fête de Noël pour autre chose. Au mois de novembre, nous recevions le catalogue de Distribution aux Consommateurs et j’encerclais les articles intéressants, en espérant que mes parents pourraient y trouver l’inspiration requise. Noël était surtout devenu une occasion de recevoir des cadeaux. Et dites-moi quel enfant n’aime pas ouvrir des boîtes qui lui sont destinées? À cette époque, j’appréciais également le congé d’école, les activités extérieures, les jeux avec les amis et particulièrement, Ciné-Cadeaux à Radio-Québec!

Mais un jour, Noël s’est mis à m’ennuyer. Fêter en famille était davantage une obligation qu’un plaisir. J’étais à l’âge où je n’appréciais pas du tout ce privilège de voir oncles et tantes pour la seule et unique fois de l’année. Je sentais que je n’avais franchement rien à leur dire et je présumais qu’il en était de même pour eux, sachant à l’avance qu’ils ne trouveraient rien d’autre à me souhaiter que du succès dans mes études.

Un peu plus vieille, alors que j’étais étudiante, j’ai travaillé dans des centres commerciaux et la période de Noël était particulièrement occupée. Il fallait servir des clients pressés, stressés de n’avoir pu trouver LE cadeau. Pendant mes quelques minutes de pauses, j’allais à la recherche de cadeaux pour les miens, c’était une vraie corvée et tout ça pour me rendre compte très rapidement que mon salaire du mois de décembre venait d’y passer. Les échanges de cadeaux devenaient l’art d’avoir l’air content de cette magnifique théière dont le bec verseur est une trompe d’éléphant et surtout, de ce très confortable pyjama à pois roses que j’avais reçu l’année précédente.

Encore pire. Avec l’arrivée sur le marché du travail vient l’incontournable party de bureau du mois de décembre, un événement que j’ai rarement su apprécier. Je découvrais alors des collègues sous un autre jour. Certains avaient évidemment l’irrémédiable envie de profiter du bar ouvert, buvaient trop, étaient particulièrement désagréables et leurs blagues étaient d’un goût plutôt douteux. Je constatais que d’autres se découvraient mutuellement et soudainement de nouvelles affinités qui n’avaient rien à voir avec leurs aptitudes et qualités professionnelles, et ils finissaient par former le couple d’un soir dont tout le monde se moquait le lundi matin suivant. Je n’ai jamais très bien compris pourquoi certaines personnes poursuivaient d’une année à l’autre ces étranges traditions du temps des fêtes.

Pour diverses raisons, Noël s’est réellement mis à me taper sur les nerfs au fil des ans. Ni cantiques, ni décoration, ni rien ne réussissaient plus à m’émouvoir. Mangeons la tourtière et qu’on en finisse. Mais il y a deux ans…

En décembre 2003, j’ai redécouvert un sens à Noël. Une toute petite fille de 2 mois m’a fait revivre toute la magie de cette période. Évidemment, elle était beaucoup trop jeune pour comprendre que c’était une fête toute spéciale. Mais je pouvais voir qu’elle était éblouie par tant de lumières et de couleurs. Et surtout, dans les yeux de ceux qui m’entouraient, j’ai vu l’émerveillement d’avoir pour Noël une enfant près du sapin. Mes parents m’ont souvent dit qu’elle était le plus beau cadeau que j’aurais pu leur offrir. Je me suis sentie habitée par un grand sentiment de bonheur et j’ai compris…

L’esprit de Noël, c’est de retrouver son cœur d’enfant. C’est de vouloir partager et de ressentir le plaisir de donner. C’est de se laisser surprendre par des choses bien simples et par l’intention derrière le cadeau. C’est de revivre l’âge où l’on s’amusait davantage avec la boîte qu’avec son contenu. C’est la joie de se retrouver avec ceux qui nous sont chers. Parce que, après tout, que vous y croyiez ou non, Noël est la fête de la naissance d’un enfant. Et je crois qu’un enfant a le pouvoir de nous ramener à l’essentiel.

Esprit de Noël, je ressens à nouveau la frénésie et la magie que tu savais me faire vivre pendant ma tendre enfance. Je souhaite sincèrement de ne plus jamais te perdre.

Merci, ma belle Florence, de m'avoir permis de retrouver mon coeur d'enfant!

Élizabeth, maman


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