Grossesse/Maternité

Mégane ou l'histoire d'un bébé pressé

Ann-Marie attendait bébé en comptant les semaines du calendrier… 40 semaines que le médecin avait dit. Alors quand bébé a décidé d'arriver à 31 semaines, c’était toute une surprise!

Ton histoire, c’est la plus belle…

C’est une histoire parmi tant d’autres, mais c’est la plus belle, car c’est la tienne… Tu devais nous arriver à la mi-juillet, mais on a bien vite vu que tu étais pressée, mais nous, nous n’étions pas prêts du tout! Dans la nuit du 12 au 13 mai 2008, enceinte de 30 semaines et 4 jours, nous ne pouvions pas croire que c’était de vraies contractions et que tu t’apprêtais à venir au monde.

J’ai vécu une grossesse sans complications, je me trouvais même chanceuse... Pas de diabète de grossesse, pas de haute pression, pas de suivi pour complications, pas de douleurs, seulement des petits bobos par-ci par-là que j’aurais peut-être eus sans même t’avoir dans mon ventre. J’avais 2 emplois. Un des deux tirait sur sa fin et n’était que de quelques heures par semaine, l’autre pouvait se faire de la maison 2 jours semaine et 3 jours au bureau. Notre sous-sol venait tout juste d’être plâtré, il ne nous restait que le ménage et un peu de peinture à faire pour libérer la pièce qui deviendrait ta chambre, à l’étage avec nous. Rien n’était commencé, mais les meubles étaient achetés et on attendait la livraison pour la semaine suivante, tout était planifié, 3 jours de ménage, et terminé! Nos plans sont par contre tombés à l’eau cette nuit-là…

12 mai 2008

Lundi matin, j’ai décidé de travailler de la maison, j’avais une douleur incroyable dans le dos, j’avais mal aux reins comme on dit. Un bandeau me contournait si bien que j’ai eu de la difficulté à me trouver une position pour réussir à travailler… Malgré tout, j’ai fait une bonne journée de travail, dans le doux confort de la maison, avec un grand café au lait décaféiné. En soirée, c’était notre deuxième cours prénatal, celui sur la gestion de la douleur durant le travail, on n’aura pas eu le temps d’oublier les notes avant de les mettre en pratique!

Voici donc les dernières heures de ma grossesse…

Vers 1h du matin, j’ai ressenti des crampes. Je croyais pendant quelque temps que c’étaient des douleurs intestinales, mais elles sont vite devenues trop répétitives, elles étaient déjà aux 6 minutes! Comme je bougeais sans arrêt dans le lit, je suis allée dans le salon m’abrier de la grosse doudou en espérant dormir un peu, tout en laissant ton père dormir. Toi, tu bougeais beaucoup, tu me donnais des coups de pieds, pas pour me faire mal, seulement pour me dire que tu étais là et pour que je ne m’inquiète pas. Parfois je t’appelais ma petite sirène, parfois tu faisais du Tai-boxe, mais tu bougeais tout le temps! Les heures passaient et je voyais bien que c’étaient des contractions et non des crampes.

J’allais à la salle de bain aux 30 minutes, je marchais, je respirais, je te flattais sans arrêt, enfouie dans ma grosse bedaine, j’essayais de me calmer, mais ça ne passait pas. J’ai donc préparé mes papiers et le téléphone pour appeler à la maternité au cas où. Vers 4h du matin, je me suis endormie sur mes contractions et à 5h, ton papa, les yeux tout collés, est venu me demander ce que je faisais sur le divan. À moitié endormie, je lui ai raconté notre nuit. Jamais ton papa n’aura été aussi rapide pour enfiler ses pantalons et me faire lever du divan!

J’ai pris tout de même le temps d’appeler à la maternité de l’hôpital Lakeshore où je devais accoucher, pour savoir exactement ce que je devais faire. L’infirmière m’a dit de me détendre, de prendre un bon bain chaud et de me coucher sur le côté gauche… OK, sauf qu’en allant à la salle de bain, tout de suite après avoir raccroché, j’ai perdu un gros morceau de mon bouchon muqueux! Quand j'ai rappelé la maternité, ils m’ont dit de m’y rendre, qu’ils m’attendaient. Par chance, je n’ai jamais pris ce bain chaud! Lorsque ce sont de vraies contractions, il paraît que ça accélère le travail de… l’accouchement!

L’hôpital Lakeshore

À mon arrivée à l’hôpital vers 5h30 du matin, une infirmière vérifie avec un petit papier PH si j’ai perdu mes eaux, c’est négatif et je m’en doutais; je portais un protège-dessous et il était toujours propre. J’étais dilatée à 1 cm, ce qui est tout à fait normal, mon utérus ayant commencé à se préparer pour l’accouchement. On me donne tout de même la piqûre de cortisone pour faire « maturer » tes poumons au cas où tu naitrais dans les heures suivantes. Les contractions sont toujours là, mais variables, probablement les émotions du moment qui déstabilisent la régularité du travail, parfois aux 2 minutes, parfois aux 12 minutes. Tu bouges toujours bien. Je suis sur moniteur, alors on entend ton cœur! Tu sembles bien aller, alors on s’encourage un peu! La douleur est supportable et j’ai toujours mon sens de l’humour, car j’ai toujours dit : ça va bien, ça va bien aller.

Ton papa était très nerveux et comme je voulais qu’il reste avec moi, j’essayais de détendre l’atmosphère un peu! Vers 8h30 le médecin de garde est enfin venu nous rendre visite et m’examiner avec le spéculum et, comble de malheur, en sortant l’instrument, j’ai senti un liquide s’écouler. C’est à ce moment qu’elle m’a confirmé que ma poche des eaux était rompue et que je devais être transférée à Ste-Justine. J’ai eu de la difficulté à croire ce qui se passait… Jamais je n’ai envisagé d’avoir un bébé au mois de mai, prématuré, je n’étais pas prête et toi non plus! J’ai tellement planifié les moindres détails de ma grossesse, de mon congé qui s’en venait (je comptais les dodos), de la séance photo de maternité dont je rêvais depuis si longtemps, du congrès de la Ligne la Lèche que j’attendais avec impatience, de mes cours d’aquaforme qui me faisaient tellement de bien, des bains de soleil que je prévoyais prendre en juin, me préparant à ton arrivée et ta chambre qui n’était toujours pas préparée…

À partir de là, transportée vers Ste-Justine, j’ai perdu un peu la notion du temps, mais ton papa était là pour me rappeler l’heure qu’il était et notre amie Ana est arrivée avec sa bonne humeur, toute son énergie et… ton siège d’auto! (Merci Ana d’avoir été là, même si on n’a pas utilisé le siège d’auto tout de suite!)

L’hôpital Ste-Justine – Jour 1

Vers 11h environ, je suis arrivée à Ste-Justine. C’était ma première promenade en ambulance! Toujours sur mon « rush d’adrénaline », je faisais la comique avec tous les gens qui croisent mon chemin. Ton papa suivait à l’arrière, ou plutôt essayait de suivre, car une ambulance, ça roule plus vite que les limites de vitesse! J’ai passé une bonne partie de la journée dans une salle d’accouchement, je savais que c’était une salle temporaire et je suis restée positive à l’idée que je n’accoucherais pas tout de suite! Le personnel s’occupait bien de moi, je me savais tout de même au bon endroit selon ma situation.

Toute la journée, des infirmières ont pris mes signes vitaux, des médecins sont venus me voir, m’examiner, prendre des prélèvements pour faire des tests et voir ce qui se passait. Des néonatalogistes m’ont visitée pour m’expliquer le pourcentage de possibilité de séquelles si tu devais naître à ce moment (ça, c’est pas le fun à entendre et on préfère un peu ignorer, enfin on essaie). Un bon avantage selon eux, tu es une fille. La petite fille grandit plus vite dans le ventre que le petit garçon selon les statistiques, alors nous en étions très fiers; nous avions confiance que tu t’étais bien développée et ta maman s’était très bien alimentée durant toute sa grossesse! Comme c’est un hôpital universitaire, je suis devenue un peu comme un cobaye, mais bon, si c’était dans le but de faire avancer la médecine et de te faire passer plus de temps dans mon bedon, j’étais consentante! Et les médecins résidents sont si attentionnés…

On m’a médicamentée aussi pour tenter d’arrêter complètement les contractions. On m’a expliqué que si tout arrêtait, même si mes membranes étaient rompues, tu pouvais demeurer dans mon ventre pendant plusieurs semaines, car le liquide amniotique se régénère constamment. Tu avais beaucoup moins d’eau qu’avant pour nager, mais tu en avais suffisamment pour continuer à te développer.

Vers 16h environ, on m’a transférée dans une chambre sur l’étage de gynécologie. Je n’avais pas droit à une chambre privée, car je n’étais pas là pour accoucher à terme, mais pour être alitée et accoucher le plus tard possible. Je ne me souviens pas avoir déjà été hospitalisée, en jaquette, branchée et tout… Je ne me sentais pas dans mon environnement, mais comme c’était dans le but de prolonger ton séjour dans mon ventre alors ça en valait la peine, c’est certain. Plein de choses me traversaient l’esprit sans arrêt, j’avais le goût d’appeler tout le monde, je voulais stopper le temps et aller à la maison faire ta chambre, terminer mon contrat et travailler, on avait un gros site web à livrer dans 3 semaines au bureau et ils avaient besoin de moi.

Vers 17h, j’ai eu mon premier repas. J’avais eu droit à un déjeuner au Lakeshore même si j’étais en contractions et je n’avais pas mangé depuis. J’ai aussi fait connaissance avec ma copine de chambre et son conjoint. Elle venait d’accoucher et ils vivaient une situation difficile, mais ils gardaient courage! (clin d’œil à toi A-F) Quand on est hospitalisée à Ste-Justine, on réalise que les gens là-bas vivent, ou plutôt survivent, d’espoir. Que ce soit pour retarder un accouchement prématuré, pour visiter un enfant né avant terme ou avec complications, ou encore il ne faut pas l’oublier, pour un enfant malade, il y règne une atmosphère bien différente d’ailleurs…

La soirée s’est bien déroulée. J’avais encore des contractions, je m’y habituais, on dirait. Papa ne pouvait pas passer la nuit à l’hôpital, il n’y a pas de place, à peine pour s’assoir alors pas moyen de s’étendre un peu. Son cellulaire serait ouvert en cas d’urgence, alors j’essayais de me reposer un peu. On prenait toujours mes signes vitaux et on écoutait ton cœur régulièrement, tout se passait bien. Vers 3h du matin, mes contractions se sont arrêtées. Enfin, le cocktail de pilules faisait effet, je pouvais me reposer un peu! J’ai tout de même passé 26 heures en contractions!

L’hôpital Ste-Justine – Jour 2

À 8h, après 5 heures de précieux sommeil, le déjeuner et la 2e piqûre de cortisone pour tes poumons arrivent et papa suit, pas longtemps après. Il faut préciser ici que j’étais couchée sur le dos depuis environ 24hrs, sans pouvoir me lever et aller à la salle de bain par mes propres moyens, donc manger était aussi difficile à faire. Par contre, dans le courant de l’avant-midi, j’ai reçu l’autorisation d’aller tranquillement à la salle de bain toute seule, enfin! En après-midi, on est venu nous chercher pour passer une échographie. Tout se passait bien, j’étais toujours calme dans les circonstances. Te voir à travers cette échographie nous a rassurés un peu, on estimait que ton poids était très bien pour 31 semaines; par contre, la quantité de liquide est minime, mais il y en avait toujours. Comme la journée se passait bien, ton papa est allé souper à la maison, ramasser quelques trucs pour moi et des vêtements pour lui; il irait dormir chez un ami qui demeure à Montréal, ce sera plus rapide que de faire l’aller-retour en banlieue. Vers 17h30, comble de malheurs, les contractions ont repris… le médecin de garde est venu me rendre visite et m’a dit qu’il n’était pas question de me médicamenter une 2e fois pour arrêter les contractions, si le travail a repris, c’est que tu dois naître, mon ventre n’étant plus le lieu idéal pour ta croissance.

Ça faisait déjà quelques heures que j’avais des contractions, la soirée avançait, je notais sur un papier la durée et la fréquence des contractions : le vrai travail avait commencé, c’est certain. Des infirmières venaient me voir souvent, pour écouter ton cœur, pour prendre mes signes vitaux, pour me tenir la main et me dire que ça irait bien.

Quand ton papa est arrivé, j’étais tellement contente qu’il soit là! On avait peur, on avait très peur pour toi. On n’avait aucune idée de ton état de santé, ni si tu étais prête et capable de passer à travers tout ça. Oui, il y a des statistiques, mais chaque bébé est différent, il faut se l’avouer. Ton papa était certain que tout se passerait bien, il y croyait très fort en tout cas. Vers 10h, on m’a  transférée en salle d’accouchement. Les contractions étaient toujours très fortes, très intenses, je frottais très fort sur le côté de mes cuisses pour essayer de faire circuler le sang et faire passer la douleur. Je me rappelais avoir vu cette technique dans le vidéo de mon cours prénatal du lundi soir. Je n’avais pas encore l’épidural puisque je souhaitais essayer d’accoucher naturellement, sans médication; j’hésitais à la prendre, mais j’étais totalement épuisée. J’ai très peu dormi et le travail était très intense, sans parler des émotions. Mon corps n’était pas prêt à accoucher, je le sentais bien et la gestion de la douleur se faisait de plus en plus difficile.

L’hôpital Ste-Justine – Jour 3

Lorsqu’on m’examine pour la première fois, je suis dilatée à 4 cm. Ils ont attendu le plus longtemps possible avant de vérifier pour éviter l’infection. Comme le temps avance, il fallait voir où on en était rendu. Peu de temps après, une infirmière nous a annoncé que nous étions maintenant jeudi, il était passé minuit, tu serais donc un petit bébé du 15 mai. On m’a réexaminée plus tard, j’étais rendue à 6 cm. 15 minutes plus tard, j’avais mal, ça poussait, je n’en pouvais plus. On m’a examinée à nouveau, j’étais maintenant à 8 cm, on comprenait pourquoi ça faisait aussi mal!

Je ne sais plus trop à quel moment j’ai eu l’épidurale, mais je l’ai eue. Quel soulagent! Je pouvais maintenant me reposer moralement et physiquement, tu arriverais bientôt, il fallait se faire à l’idée. Ton papa était toujours là, auprès de moi, auprès de nous. Il ne pouvait prendre ma douleur, il ne pouvait qu’être à mes côtés et me tenir la main; il était là, c’est ce qui compte le plus! On a parlé, en essayant de rester positif puisque tout allait bien malgré tout, ton cœur battait toujours bien, même avec les contractions les plus intenses. L’épidurale commençait déjà à perdre de son effet. Je sentais tranquillement dégeler mes orteils, mes mollets, mes cuisses…

Tu arrives!

Heureusement, à 2h43, avec seulement 3 poussées en plusieurs coups par manque d’énergie, tu es venue au monde! Ma première réaction a été de te chercher des yeux, je voulais te voir. Tu ne peux t’imaginer la joie que nous avons eue en t’entendant pousser ton premier cri. J’ai su à moment là que tout irait bien. Tu respirais et tu criais, et moi, je pleurais de joie. On t’a déposée d’abord sur mon ventre pour t’examiner et couper le cordon ombilical. Ensuite, on t’a placée sous une lampe pour te donner un maximum de chaleur et t’examiner de manière plus approfondie. Ton papa était auprès de toi et observait les interventions des infirmières et des médecins. Tu étais si petite et si grande en même temps et surtout, tu étais jolie comme tout.

Papa t’a pris quelques minutes dans ses bras et ensuite, on t’a déposée sur moi. Quel bonheur de tenir son bébé pour la première fois! J’avais tellement peur qu’ils s’enfuient loin avec toi parce que tu es née prématurément et si fragile. On a eu le temps de te voir tout de même un peu. Les néonatalogistes sont ensuite arrivés pour t’emmener aux soins intensifs avec ton papa, pour qu’il voie où tu serais. Juste avant qu’il te quitte, tu as levé ton petit bras pour lui faire un signe de la main et dire « Bye bye »! Tout le monde a bien ri, il paraît! Là-bas, des gens prendraient soin de toi. 

Vers 4h du matin, le « nettoyage » d’après accouchement terminé, on m’a retournée à ma chambre et papa s’est installé sur deux chaises pour essayer de dormir un peu à côté de moi, on s’est réveillé deux heures plus tard. Donc, à 6h du matin, j’avais encore un restant d’épidurale dans les fesses et les cuisses, je pouvais me lever et marcher jusqu’à la salle de bain, mais je ne me sentais pas solide sur mes jambes. Ton papa m’a apporté un fauteuil roulant et on est allé en direction des soins intensifs. Arrivés à l’endroit où ton papa t’avait laissée quelques heures plus tôt, on nous a dit que tu n’y étais plus, tu étais déjà aux soins intermédiaires! Wow, tu allais vraiment bien ma cocotte, t’es une vraie battante! Lorsqu’on t’a vue dans ton incubateur, tu étais si belle malgré tous ces fils sur ton si petit corps.

Les semaines ont passé

Nous avons passé cinq semaines moins un jour à Ste-Justine. Tu prenais bien ton poids, ton cœur et tes poumons n’ont pas fait trop de folies, bref, peut-être que toi, tu étais vraiment prête à naître dans le fond! Aujourd’hui, tu as un peu plus de 3 mois et tu vas merveilleusement bien! Tu as même atteint la courbe de croissance d’un enfant né à terme, tu engraisses donc très bien pour le si petit bébé que tu étais et ton papa et ta maman sont très fiers de toi!  

J’ai eu la chance d’écrire ton histoire ici et de la partager avec tant de gens. Je voudrais maintenant laisser une empreinte de courage aux parents qui accueillent un enfant prématuré. C’est une épreuve de vie inexplicable et il faut la vivre pour la comprendre dans toute sa profondeur. Mais gardez courage, la vie est tellement forte!

À ma fille Mégane, de ta maman qui t’aime fort

Ann-Marie

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