Grossesse/Maternité

Les fausses couches : Comment en parler?

Les fausses couches. On en parle à mots couverts. Perspective que l'on chasse de l'esprit quand on est enceinte de peur d'attirer le mauvais sort. Peur qui reste ancrée quand on en a déjà fait une. Méli-mélo d'émotions assuré quand on aborde le délicat sujet des fausses couches.

Une fausse couche est en fait un avortement spontané, soit un rejet naturel et non provoqué du fœtus avant la période de viabilité, qui survient habituellement dans les trois premiers mois d'une grossesse. On estime qu'environ 15 à 20 % des grossesses se soldent de cette manière. Selon le bulletin Forum de l'Université de Montréal, publié en novembre 2002, une Québécoise sur cinq fait une fausse couche. Aussi, on spécifiait qu'à 20 ans, le risque est de 9 % alors qu'il augmente à 40 % chez les femmes de plus de 40 ans.

Les premiers symptômes observables sont les pertes sanguines. D'abord, les saignements sont très faibles, puis deviennent plus abondants. Au début, les saignements sont brun foncé, mais deviennent par la suite roses ou rouges. Aussi, des douleurs abdominales peuvent survenir. « À la fin de ma 7esemaine de grossesse, je me suis levée en ayant des saignements. J'ai paniqué tout de suite en me disant que cela ne se pouvait pas. J'ai essayé de retrouver mon calme en me disant que plusieurs femmes avaient déjà eu des grossesses avec des saignements et avaient accouché d'un bébé en pleine forme. Mais, ça n'a pas pris un instant que je me suis rendue à la clinique près de chez moi. J'ai tout expliqué au médecin. J'ai passé à nouveau un test de grossesse qui s'est révélé faiblement positif. Il a examiné mon col pour s'apercevoir qu'il était ouvert. À ce moment, il m'a dit qu'il n'y avait pratiquement aucune chance que le bébé s'accroche. Il me demande si j'ai perdu des caillots, je lui dis que non. Il me fixe une échographie dans la soirée et me dit de retourner chez moi, de me coucher et de ne pas trop espérer. En arrivant chez moi, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J'avais beau me dire que j'étais enceinte depuis peu, mais j'attendais et aimais ce petit être-là. J'ai passé la journée à pleurer et à prier pour que mon bébé se raccroche. Je n'osais même plus aller à la toilette. Mais il a bien fallu que j'y aille et des caillots sont tombés. Je le savais, je le sentais que tout était fini, mais je ne voulais pas l'accepter. Le soir venu, je me suis rendue à mon écho et le verdict est tombé. J'avais bel et bien fait une fausse couche », raconte Mary qui a fait une fausse couche après 15 mois d'essai pour un deuxième enfant.

Parfois, les symptômes de la grossesse s’estompent juste avant la fausse couche. « Je me souviens avoir été inquiète parce que je trouvais que messeins ramollissaient un peu avant de perdre le bébé officiellement », se rappelle Julie-Caroline qui a perdu son bébé à 9 semaines et demie de grossesse.

L'échographie vient souvent confirmer les doutes d'une fausse couche. Aussi, si certaines parties du tissu ou du fœtus se trouvent encore dans l'utérus, une petite intervention, D & C (dilatation et curetage) devra avoir lieu afin d'éliminer tout risque d'infection. En ouvrant le col utérin, le gynécologue détache les débris de la membrane de l'utérus par raclage ou succion. Cette opération se fait sous anesthésie générale, mais habituellement la patiente peut retourner chez elle le soir même.

Par la suite, le corps peut continuer à ressentir les symptômes d'une grossesse, ce qui rend la période de deuil encore plus délicate. Les seins demeurent sensibles, le ventre est encore arrondi même s'il est vide. Une fatigue jumelée à une tristesse, voire même une légère dépression, rend les jours sombres. Les saignements peuvent se poursuivre pendant une semaine ou deux et les véritables règles ne reviennent qu'entre un mois et un mois et demi après la fausse couche.

Peu d'explications, beaucoup de questions

Les causes ou les origines d'une fausse couche sont nombreuses, mais très peu précises. Environ la moitié des avortements spontanés sont dus à une malformation chromosomique, c'est-à-dire des anomalies génétiques ou congénitales. La fausse couche est donc ici une façon naturelle de stopper la grossesse quand le fœtus ne se développe pas comme il le devrait. Mais d'autres causes existent aussi pour l'autre moitié des fausses couches qui se produisent : infections, malformations utérines, insuffisances hormonales, intoxication, l'incompatibilité sanguine, des facteurs environnementaux ou physiques, mauvais état de santé de la mère, etc. Il est difficile d'expliquer pourquoi une grossesse se solde par une fausse couche et une autre — la prochaine ou la précédente — se poursuit normalement. Puisque la cause est rarement précise, la femme part souvent à la recherche d'une explication toute personnelle, et bien souvent culpabilisante, de cet avortement involontaire : la cigarette fumée il y a deux semaines, le verre de vin pris alors qu’elle ne savait pas qu’elle portait un enfant, avoir planté des fleurs la veille accroupie par terre, la promenade en vélo, etc. En trouvant une explication personnelle, la femme a l’impression de mettre la faute sur un événement ou quelqu’un – elle-même – et ainsi pouvoir décharger sa peine ou sa frustration dessus. « La femme croit que la fausse couche est un châtiment pour une faute commise dans le passé, un avortement par exemple. Ou encore, la femme croit qu’elle a fait quelque chose pour provoquer cet avortement spontané. Et même, la culpabilité peut également découler d’une ambivalence face à la grossesse. En effet, la majorité des femmes peuvent aborder la grossesse avec une certaine ambivalence. La femme peut se sentir responsable de sa fausse couche et s’attribuer le tort de n’avoir pas suffisamment désiré le bébé. Elle peut se reprocher toute réserve qu’elle peut avoir eue concernant sa grossesse. », explique l’organisme S.O.S Grossesse sur le sujet du deuil périnatal.

Un vide au fond de soi

Le retour à la maison, le ventre et le cœur vides, est souvent une épreuve difficile. Pour la femme, le couple et la famille. Une fausse couche est un deuil, il ne faut pas se le cacher ni le banaliser. « Pour moi, la fausse couche est un deuil, parce que dans notre tête, le petit bout de vie en nous est déjà un vrai bébé en chair et en os. Toutes les attentes que j’avais pour lui étaient déjà réelles. J’y pense encore à cet enfant et cela m’attriste encore. Mais je suis tombée enceinte 4 mois plus tard, alors je sais que si j’avais eu cet enfant, je n’aurais pas ma grande aujourd’hui. », souligne Julie-Caroline. La tristesse, la frustration et les moments de déprime varient d’une femme à l’autre. Une fausse couche est plus que la perte d’un bébé, parfois ardemment attendu et désiré. L’espoir est brisé, le couple est secoué, les inquiétudes s’accumulent, on craint de revivre cela et la maternité — voire même la féminité — est remise en question. « J’en voulais à la planète entière. À la maison, je n’étais plus là. Je pleurais sans cesse. Je ne parlais à personne et ne voulais voir personne. J’entendais des commentaires comme « Voyons, tu n’étais même pas à 8 semaines » ou bien « Pense à celles qui en perdront un plus tard ». Je ne voulais pas penser aux autres, car c’était moi qui avais perdu une partie de moi. Pour eux, ce n’était peut-être pas encore un bébé, mais pour moi c’était mon bébé. Je me sentais seule, incomprise et malheureuse. Je me sentais coupable. « Et si c’était ma faute? Et si c’était parce que j’avais forcé? Ou parce que j’avais fumé une cigarette? » Je me rendais malade à me culpabiliser comme cela. Les jours passaient et je continuais à pleurer. Je suis alors partie un week-end avec ma belle-sœur pour pleurer mon malheur et pour évacuer. Il fallait que je remonte la pente, ça n’avait pas de sens. Je voulais en parler, je voulais dire comment je me sentais, ce que je ressentais et comment je vivais ce deuil, mais personne ne semblait comprendre. Ma belle-sœur a été là pour me soutenir même si elle n’a pas d’enfant. Elle m’a tenu la main et tendu l’épaule. Elle m’a écoutée, soutenue, consolée. Elle m’a relevée et m’a aidée à faire de cette épreuve une force pour affronter demain. J’ai trouvé le réconfort en elle, car même en mon chum, je ne l’ai pas trouvé. Je lui en voulais de na pas avoir mal comme moi, mais je sais qu’il a eu très mal. Il le désirait autant que moi, mais on n’a pas la même façon de s’exprimer. »

Le chagrin envahit la maisonnée, mais est souvent vécu différemment. La femme vit davantage la perte dans son corps. Elle portait l’enfant et la fausse couche l’atteint directement. Le conjoint vit la peine bien souvent à travers celle de sa femme et aussi selon son investissement envers la grossesse et les attentes face au bébé à venir. « Ce n’est pas la perte de l’enfant que j’ai trouvée la plus difficile; c’est de voir ma femme souffrir autant qui m’a le plus affecté. Je ne savais pas quoi dire ou quoi faire pour l’aider. Je voulais tant me mettre à sa place. Les semaines qui ont suivi la fausse couche ont été délicates. Ma femme était à fleur de peau. L’atmosphère était tendue. Je me contentais d’être là et de la prendre dans mes bras en priant pour lui enlever cette douleur. Je n’osais pas tropen parler. Je ne vivais pas de la même façon ce qu’elle vivait. J’avais de la peine, mais j’ai tourné la page. Rien n’arrive pour rien, alors je n’en parlais pas », confie le conjoint de Mary.

Certaines en parlent ouvertement, mais d’autres préfèrent vivre leur peine dans l’intimité et ne veulent pas en parler tout de suite. « J’espérais que personne ne m’en parle, sinon je voulais pleurer. Je voulais juste en parler à ceux avec qui j’étais à l’aise de pleurer. À l’époque, j’allais au cégep et en revenant des vacances de Noël, une amie m’a demandé comment allait ma bedaine, j’ai alors éclaté en sanglots dans la classe en disant « Il n’y en a plus ». Par chance,ma meilleure amie était là aussi et m’a épargné d’avoir à expliquer », note Julie-Caroline.

Que dire à une fille qui a fait une fausse couche?

«Je lui dis :Tu veux en parler? Si oui, j'écoute et je suis prête à aider au besoin. Si elle répond non, je n'insiste pas, mais je lui dis que je serai là si elle change d'idée. »

« Ta douleur et ta peine sont légitimes. Je comprends que c'est ce bébé-là que tu voulais et pas un autre. Je ne peux rien changer à ce qui t'arrive, mais sache que je suis disponible en tout temps pour t'écouter et pour te réconforter. Même si tu ne te sens pas l’envie d’en parler, mais que tu as juste besoin d'une présence, je serai là pour toi. Laisse-toi le temps de pleurer et de vivre ta peine et ton deuil. »

« Quand j’ai fait une fausse couche, je suis allée chez mon médecin en larmes. Il a su trouver les mots pour me consoler". Il m'a expliqué que la nature fait son travail et que le bébé n'aurait pas bien grandi. Ce n’est pas facile à entendre, mais ça m'a réconfortée. Mais ce n'est pas facile d'en parler à mes amies, car ça reste très “intime”. »

À ne pas dire

« Ça arrive souvent, tu sais! »
« Ce n’était pas encore un bébé! »
« Ça va aller mieux la prochaine fois.... »
« Au moins, tu as déjà un autre enfant
« Tu voulais trop »
« Moi aussi, je connais quelqu'un à qui c'est arrivé. »
« Tu en feras un autre. »

Une autre grossesse?

Bien que l'on suggère souvent aux femmes d'attendre au moins le retour de leurs prochaines menstruations avant de renouveler les essais, les avis diffèrent. Bien sûr, il faut laisser le temps à l'utérus de se guérir. Mais, c'est surtout au cœur qu'il faut laisser le temps de cicatriser cette grande peine. Psychologiquement, les effets sont ravageurs. Souvent, les sentiments sont refoulés. Les femmes ne savent pas à qui se confier, les
hommes se sentent maladroits, souvent bien plus affligés par la tristesse de leur femme que par leur propre peine et l'entourage marche sur des oeufs. «Il y a eu des moments où j’avais besoin de dire que j’étais triste, que je trouvais la vie injuste, mais j’ai aussi vécu beaucoup de choses intérieurement . J’ai beaucoup réfléchi durant les semaines qui ont suivi la fausse-couche, j’ai remis en question beaucoup de choses. J’ai décidé entre autres de me remettre à chercher un emploi, pour ne pas vivre dans l’attente d’une future grossesse », raconte Solène qui a perdu ses jumeaux à 12 semaines de grossesse.

Les fausses couches à répétition

À l’Université de Montréal, Emmanuelle Robert étudie les répercussions des fausses couches à répétition sur l’expérience d’une nouvelle grossesse. Selon elle, pour une femme qui désire un enfant, la perte d’un fœtus est une douloureuse expérience qui remet en question ses capacités à procréer. « De 4 à 6 % des femmes enceintes vont faire au moins deux fausses couches, alors que près de 2 % en font trois ou plus. On parle alors d’« avortements spontanés répétés », souligne la chercheuse. « On sait que cette situation est difficile à traverser, car à la peine de perdre un enfant s’ajoutent la culpabilité et la crainte de ne jamais en avoir. » Ses travaux visent à mieux comprendre les différents symptômes et leurs enjeux psychiques.

La littérature scientifique rapporte que les femmes sans enfant risquent davantage de souffrir de dépression après un avortement spontané. Deux moments sont particulièrement à risque : 3 mois et 12 mois après la fausse couche. « Ma recherche vise entre autres à vérifier si ces moments ont une signification symbolique qui jouerait sur l’état psychologique. » La résurgence des sentiments dépressifs un an après une fausse couche pourrait par exemple correspondre à une réaction à la date anniversaire de la mort utérine. Le temps n’arrange pas toujours les choses. Les sentiments d’anxiété et de dépression peuvent même s’aggraver avec le temps. Selon une étude récente, 68 % des femmes qui vivent une telle expérience appréhendent encore une fausse couche deux ans après la perte. Leur niveau d’anxiété serait comparable à celui des femmes infertiles. « Le fait qu’elles peuvent encore tomber enceintes ne réduit pas leur stress, puisqu’elles sont envahies par la peur de ne pas pouvoir mener une grossesse à terme », note Emmanuelle Robert.

(Source : iForum, Université de Montréal, novembre 2002)

Livres

Le deuil de maternité
Par Muriel Flis-Trèves, éditions Plon

Un enfant pour l’éternité
Par Isabelle de Mézerac, éditions du RocherUne fausse couche et après?
Par Micheline Garel et Hélène Legrand, éditions Albin-Michel

Image de Nadine Descheneaux

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