Santé

Naître à la vue

Suivez son regard... Il est des bébés curieux qui viennent au monde les yeux grands ouverts. D’autres sont moins pressés de voir la vie : ils naissent les yeux mi-clos, entrouvrent une paupière et la referment.

Bébé intéressé ou bébé encore ensommeillé, dans tous les cas, c’est le regard de son tout-petit qu’une maman cherche, avant tout, à capter. Même si on lui a longtemps dit que comme les chatons, les nourrissons ne voyaient pas, elle sait que son enfant a déjà la volonté de voir.

À la naissance, la vision du nourrisson est cependant encore imparfaite. Par bonds successifs, il va falloir 5 ans à un enfant pour apprendre à bien voir. Encore faut-il s’entendre sur « bien voir », car une vision irréprochable est une exception. La preuve : un enfant de moins de 5 ans sur sept a des problèmes de vision.

Environ 100 000 enfants sur les 750 000 qui naissent chaque année en France sont ainsi concernés à des degrés divers.

Pour 90 000 d’entre eux, le problème est, le plus souvent, bénin. Si on le détecte précocement, on saura, dans la majorité des cas, le corriger. Pour les 10 000 autres, les spécialistes ne sont pas, non plus, désarmés. Même s’il s’agit d’affections plus grave, on sait, aujourd’hui, offrir à ces enfants une vie proche de la normale. Surtout si on intervient très tôt.

Dans tous les cas, cette règle du dépistage précoce est capitale.

C’est le moyen de permettre à un nombre considérable d’enfants d’éviter un grave handicap visuel dû à un défaut en apparence simple : un strabisme, une myopie, un astigmatisme ou une hypermétropie sévères d’un ou des deux yeux.

Bébé avant sa naissance : la vue intra-utérine

Miracle de la nature, l’œil est l’un des organes qui apparaissent le plus tôt chez l’embryon. Le système oculaire de ce dernier se met à exister en même temps que son cerveau s’ébauche : 18 jours seulement après la conception!

À ce stade, l’embryon humain mesure à peine deux millimètres de long, mais on voit déjà, au niveau de son visage, deux points noirs qui préfigurent les yeux.

D’abord partie intégrante de ce qui deviendra le cerveau, ils poussent progressivement, comme une fleur, pour éclore à la surface de la peau. Celle-ci devient transparente; peu à peu, elle se transforme en iris et en cornée et, le temps passant, elle construit des volets pour abriter les globes oculaires : les paupières.

À 5 mois de grossesse, les yeux de l’embryon sont pratiquement terminés. Il leur reste à prendre du volume et à affiner les connexions qui les relient au cerveau. À ce moment de la vie intra-utérine, le cerveau mélange un peu les informations provenant de l’œil gauche et de l’œil droit.

Quant à la rétine, elle manque encore de pigments : c’est-à-dire de substances colorées qui seront sensibles à la lumière, à ses nuances d’intensité et de couleur. À ce stade du développement, les cellules photosensibles des yeux — les cônes et les bâtonnets — sont encore très dispersées sur la rétine, ce qui explique la très faible acuité visuelle du bébé à la naissance.

Ça n’est que progressivement qu’une partie de ces cellules vont se concentrer pour permettre la vision de détails très fins. Parallèlement, l’humeur vitrée est encore, pour quelque temps, encombrée de traces d’une membrane issue de la construction embryonnaire. Surprenant : quand on l’observe avec un appareil spécifique, on dirait une mantille.

Difficile d’imaginer ce que perçoit un fœtus de 5 mois et demi à l’abri du ventre maternel. On sait cependant qu’il réagit à des stimulations lumineuses importantes et que si la maman marche sur la plage ou prend un bain de soleil à une heure de forte luminosité, il ne fait pas de doute que le fœtus perçoit une lumière diffuse qui traverse la peau, les muscles et le liquide amniotique. Un peu, semble-t-il, comme s’il regardait à travers un verre dépoli.

Mais perçoit-il ses petites mains, ses jambes, ses pieds ou son cordon ombilical quand il fait des loopings dans l’utérus maternel? Ça n'est pas certain. La perception de ses gestes exigerait une lumière vraiment importante. Sans doute aussi serait-elle gênée par la vitesse des mouvements.

Bébé est né, il voit

Parce qu’il dort la plupart du temps et que, lorsqu’il est éveillé, il ne fixe son regard que de manière fugitive, on a longtemps pensé que le nouveau-né ne voyait pas pendant environ les deux premières semaines de sa vie. Aujourd’hui, on sait que c’est faux. On peut même assez facilement mesurer cette « première vision ».

Un nourrisson qui vient au monde peut détecter une barre d’un cm — l’équivalent d’un crayon — même si elle se déplace lentement. À condition, toutefois, qu’elle soit contrastée, par exemple en noir et blanc, et présentée sur un fond uniforme à 30 cm des yeux. À condition aussi que le moment s’y prête, que le bébé soit bien éveillé et calme.

Autre certitude : quand il vient au monde, l’enfant redoute les lumières fortes puisque — comme on l’a vu — sa rétine ne comporte pas encore assez de pigments pour être protégée contre des illuminations importantes. Cette absence de pigments dans l’iris et au fond de l’œil explique aussi que tous les nourrissons ont les yeux sombres.

À ce stade, le tout-petit ne voit pas encore les couleurs. Cette notion est difficile à imaginer, car on est tenté de penser qu'il voit la vie en noir et blanc. Erreur, puisque ce sont aussi des couleurs... Le mystère demeure.

Tout cela reviendrait à accréditer la thèse ancienne selon laquelle le nouveau-né ne voit pas très bien, mais — aujourd’hui, on en est sûr — dès le troisième jour, il voit suffisamment pour fixer le visage de sa maman ou de la personne à laquelle il est confié. Certes, il ne fait pas la différence entre des cheveux blonds ou bruns, des yeux verts ou marron, mais le visage humain est ainsi fait — et bien fait — que le bébé appréhende un tout composé de zones foncées ou claires.

Peu à peu, l’odeur, la voix, les mimiques de la mère s’associent à ce que l’enfant voit pour créer une image familière permanente. C’est si vrai qu’à 6 semaines, un bébé ne confond pas sa mère et sa tante. Des expériences ont prouvé, si on prend une photo de ces deux femmes en éliminant des signes distinctifs comme la chevelure, les lunettes ou les boucles d’oreille, l’enfant ne se trompe pas. Il fixe beaucoup plus l’image de sa mère, même si les deux visages ont des traits communs.

La vision de l’enfant se construit mois après mois, de la naissance jusqu’à 5 ou 6 ans avec des « rendez-vous » précis à 4 mois et demi, 9 mois, 18 mois, 36 mois (3 ans) et 72 mois (6 ans). Elle dépend de la maturation du cerveau qui, lui, apprend à voir plus lentement que les yeux.

À la naissance, toutes les cellules nerveuses du système visuel sont présentes. Elles se comptent par milliards depuis la rétine jusqu’au cortex visuel situé à l’arrière du cerveau.

Pendant l’apprentissage de la vision et surtout avant 18 mois, les contacts entre ces cellules sont capables de se modifier, de se rompre pour se réorganiser.

Cette propriété, c’est la plasticité du cerveau qui lui permet d’élaborer un mode de fonctionnement adapté. C’est ainsi que les images captées par l’œil gauche et l’œil droit se mélangent pour permettre la perception du relief et que les deux yeux convergent pour fixer un objet très proche. Cette phase correspond à une organisation des synapses — les liaisons entre les cellules nerveuses — qui évoluent beaucoup jusqu’à 18 mois, puis plus lentement de 18 mois à 6 ans.

Cela signifie que les structures cérébrales responsables de la vision se mettent en place progressivement. Elles sont pratiquement () à un an et demi et totalement définitives après 6 ans.

Fascinant : chacune de ces milliards de cellules nerveuses reçoit et émet environ 5 000 synapses qui les relient entre elles. Tout au début de l’apprentissage de la vision, elles sont réparties au hasard. Ensuite, celles qui vont fonctionner sont renforcées et stabilisées. Si les yeux voient bien, tout se construit normalement. En revanche, s’il y a un défaut visuel, les liaisons s’ordonnent mal comme des lettres mal distribuées pour écrire un mot.

Par chance, tant que l’enfant est jeune et son cerveau plastique, on peut gommer ces erreurs et réorganiser les liaisons, ceci jusqu’à 18 mois. Au-delà, c’est plus difficile, long et hasardeux.

Autre conséquence de cette formidable organisation des cellules nerveuses : plus on regarde, plus on apprend à voir. D’où l’intérêt de stimuler — raisonnablement — la vision d’un enfant dès les premiers jours de sa vie.

La maturation de la vision est donc progressive.

L'acuité visuelle - c’est-à-dire l’aptitude à voir des détails très fins - s’améliore les mois passant. L’enfant vient au monde avec à-peu-près 1/20ème d’acuité visuelle. Il perçoit l’équivalent d’un petit doigt.

À quatre mois et demi, il est capable de détecter la mine d’un crayon, ce qui correspond à une acuité de 2/10ème. Ensuite, c’est le bond en avant : dès 18 mois, il voit un cheveu fin. Son acuité visuelle en est à 5 ou 6/10ème et — si tout va bien — il atteindra le maximum d’acuité : 12 à 14/10ème — après 10 ans.

Ces progrès émerveillent les mamans. Un beau jour, l’enfant ramasse minutieusement une miette microscopique sur le sol, une miette imperceptible pour un adulte.

Explication : même si son acuité est plus faible que celle d’un « grand », comme il est plus petit, il est plus proche de la miette et la voit donc plus grosse...

La vision des couleurs progresse en parallèle. Vous le savez, à la naissance, un enfant ne perçoit que l’équivalent du noir et du blanc, mais, vers 5 à 6 semaines, il commence à réagir au rouge et au vert et, vers le sixième mois, il voit le bleu et le jaune. À condition que ces couleurs soient franches, saturées.

Cette découverte, c’est la technique dite du potentiel évoqué qui l’a permise. Elle consiste à enregistrer les activités cérébrales d’un bébé auquel on montre des motifs colorés, bien contrastés sur des écrans d’ordinateur, dans un but de recherche scientifique.

La détection des mouvements existe très tôt et s’affine progressivement. Dans les premières semaines de la vie, quand l’adulte bouge son visage dans un geste de tendresse ou de jeu, mieux vaut le faire lentement, car les yeux du bébé n’organisent pas encore bien le mouvement de poursuite. Malgré tout, l’enfant détecte un mouvement rapide de la main et on peut utiliser un tel geste pour éveiller son attention.

Dans le cas du mouvement lent, le bébé voit avec précision. Quand le mouvement est trop rapide, il le détecte seulement, tout simplement parce que son champ visuel est encore limité.

Un grand moment : 4 mois et demi

À cet âge, les mouvements de l’œil du bébé, quand il est bien éveillé, sont aussi précis et rapides que ceux d’un adulte.

Il suit des yeux sa maman quand elle se déplace dans la pièce ou le lève à bout de bras.

D'un seul coup, sa capacité de poursuite oculaire est parfaite et sa rétine perçoit des images stables.

À cet âge où il ne tient pas encore assis, le bébé est capable de performances visuelles incroyables. Il est non seulement susceptible de suivre les mouvements réguliers du balancier d'une horloge, mais aussi de faire des mouvements très rapides des yeux, des « saccades oculaires », pour observer le chat qui bondit.

C’est à peu près au même moment qu’il acquiert la vision binoculaire, c’est-à-dire la capacité d’appréhender la distance d’un objet : il essaie de l’attraper et sépare le pouce et l’index pour plus d’efficacité. Autrement dit, il apprend à utiliser ses deux yeux en même temps que ses deux mains.

Avant, les deux images qui provenaient de l’œil gauche et de l’œil droit étaient grossièrement superposées.

Maintenant qu’elles sont perçues avec plus de détails, elles fusionnent et leur superposition donne la sensation de relief.

Certes, l’enfant vit encore « dans une bulle », à 40 cm au tour de lui, et son monde se limite à ce qu’il peut attraper. Ce qui est plus loin l’intéresse moins, car les images lui apparaissent avec une moins bonne définition. C’est quand il commence à s’asseoir que son espace d’intérêt visuel grandit.

Posture et vision se construisent l'une l'autre, secondées par le pouvoir de préhension des mains. Peu à peu, il nourrit sa vision d’objets de plus en plus lointains.

Un bond de plus : 9 mois

Sa motricité aidant, le bébé devient un véritable explorateur. À quatre pattes, il va toucher ce qu’il voit. Son espace s’est considérablement étendu et il règne, visuellement, sur son royaume.

Encore quelques mois et il marchera. Pour cela, sa vision doit être aussi précise que celle des « grands ». Il doit voir suffisamment loin pour estimer le point d’appui sur lequel il peut s’échouer tout en percevant le sol où il pose les pieds. Il doit aussi — tel un bébé missile — détecter les obstacles sur sa route.

Jusqu’à 18 mois, il structure son espace visuel et affine sa vision. Non seulement pour conquérir le monde qui l’entoure, mais aussi pour toucher avec les mains ce qu’il a effleuré avec les yeux. Il aime savoir si c’est chaud ou froid, doux ou rêche... Ainsi, l’exploration est en relation directe avec la vision.

Il ne comprend pas encore tout ce qu’il voit, mais il perçoit tous les détails nécessaires à sa vie de petit enfant.

L'apprentissage de la parole : 18 mois

Jusqu’alors, la vision de l’enfant lui permet surtout de connaître le monde, mais pas encore de le reconnaître. Soudainement, il commence à mettre un nom sur les choses, et pour lui, qu’il soit bleu ou rouge, bonnet ou cagoule, un chapeau est déjà un chapeau.

Sa vision ne lui sert plus seulement à se déplacer, mais aussi à comprendre et à maîtriser le monde qui l’entoure. Il fait la différence entre sa poupée et celle de sa sœur, connaît les lieux autorisés et ceux interdits et identifie tous ses proches en les nommant.

Vers cette période, les fonctions visuelles de l'enfant sont quasiment adultes, mais il lui manque encore entre 4 et 6/10ème d’acuité, car les cônes ne sont pas encore assez groupés dans la partie centrale de sa rétine.

Pour les mêmes raisons, il distingue encore mal les faibles contrastes. Gris souris ou gris éléphant? C’est, pour lui, bonnet blanc, blanc bonnet. Pourtant, ses performances lui suffisent, car, là encore, il n’est pas en âge de lire ou d’assembler des composants électroniques

De la maternelle à la grande école : 3 à 6 ans

Le bébé est devenu un grand. Crèche, maternelle... Il a accompli ses premiers pas dans la société. Sa vision se précise.

Le plus souvent, il est déjà capable de dessiner, de colorier et, parfois, de manière incroyablement habile. Avide d’apprendre à lire et à écrire, il essaie de reconnaître des lettres.

Il monte les escaliers en posant un pied sur chaque marche et il est même capable de jouer à sauter la dernière. Ceci prouve que sa vision et sa motricité commencent à être bien coordonnées.

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