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L’intégration graduelle à la garderie

Non, vous n’êtes pas coupable de l’avoir laissé trop tôt ou trop vite au service de garde, car l’intégration tardive et « en crescendo » n’est pas une panacée.

Il y a plusieurs années, Marie-France Lemieux a connu une maman qui lui avait confié, à elle et à ses collègues éducatrices, son poupon de six semaines, pour une journée au cours de la première semaine, puis tous les jours au cours des semaines subséquentes. Professionnelle jusqu’au bout des doigts, mais sûrement pas ingrate ou indigne, la mère ne pouvait laisser filer un contrat et elle avait impérativement besoin du service de garde. Marie-France a vu grandir le bébé devenu petite fille, toute en intelligence et en sourires. « Aujourd’hui, elle a une vie très heureuse! », s’exclame l’éducatrice qui cumule plus de 30 ans d’expérience de travail auprès des enfants en service de garde. Elle est aujourd’hui coordonnatrice du soutien à la qualité au Regroupement des centres de la petite enfance (CPE) de l’ile de Montréal.

Jugement de soi et des autres

Combien de mères tributaires de leurs responsabilités professionnelles se sont vu toiser par d’autres parents en laissant à la garderie leur bébé âgé de moins d’un an? Pourtant, aucune règle ou recommandation ne peut guider les parents puisqu’il n’y a pas de « moment idéal ou propice » pour le grand plongeon, estime Mme Lemieux. En fait, « l’élément essentiel est la confiance des parents, selon moi. Ils doivent être eux-mêmes à l’aise avec le fait de laisser leur enfant. Les enfants ressentent à peu près tout ce que l’on sent… », ajoute-t-elle.

Doit-on faire une intégration graduelle ou pas?

On croit à tort que vers l’âge de neuf ou dix mois, l’enfant est prêt à vivre dans l’univers du service de garde sans que ce changement affecte son développement affectif. En fait, si un grand nombre de parents choisissent ce moment pour commencer la garderie, c’est simplement parce qu’il correspond à la fin du congé de maternité moyen, signale Mme Lemieux.

Non seulement n’y a-t-il pas « d’âge clé », mais la progression douce, au cours des premiers mois, du nombre de jours hebdomadaires passés au service de garde n’est pas incontournable. Selon Mme Lemieux, votre enfant ne sera nullement traumatisé ou blessé si vous le soumettez au « temps plein » dès la deuxième semaine. « Il vaut mieux commencer par une demi-journée lors de la première semaine, et rester avec l’enfant. Puis le lendemain, on le laisse peut-être une heure ou deux, mais il est préférable de ne pas le faire manger ni lui faire faire sa sieste au service de garde lors de ces deux premières visites », poursuit-elle en mentionnant que le concept d’intégration « graduelle » est interprété par plusieurs écoles de pensée.

Le modus operandi devrait être le même, que l’enfant fréquente un service de garde en milieu familial ou un CPE, puisqu’au sein de ces derniers, l’ensemble des enfants est divisé en sous-groupes, multi-âges ou non : l’intégration n’est donc pas forcément plus ardue en CPE, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

L’attachement parents-enfant

Et si mon enfant se détachait de moi pour se lier plus solidement à son éducatrice? La question a peut-être déjà taraudé certains parents. Malheureusement, constate Marie-France Lemieux, la notion d’attachement est aujourd’hui un peu trop galvaudée. L’attachement aux parents est unique et n’est pas transplantable! « L’éducatrice doit pour sa part avoir des liens significatifs avec l’enfant. C’est aux parents de développer et d’entretenir l’attachement avec leur enfant », souligne-t-elle en relatant l’exemple de sa propre fille, qui était âgée de cinq semaines au moment de son entrée à la garderie; à 38 ans, elle est aujourd’hui sa meilleure amie et leur attachement ne s’est jamais démenti.

Et les enfants adoptés?

Qu’en est-il des enfants adoptés, puisque pour certains d’entre eux, l’attachement a plus d’une racine? Le même conseil émerge de la bouche de Mme Lemieux : le lien des parents adoptifs avec l’enfant doit être tissé serré et elle recommande aux parents de s’assurer, en parlant avec l’enfant, qu’il ne se sente pas abandonné en étant confié à des personnes qu’il ne connait pas.

Les enfants d’immigrants

Il en est de même pour les enfants de parents immigrants, qui ne seront pas plus mal en point que les « petits Québécois de souche » si on les laisse à la garderie cinq jours sur sept dès la deuxième semaine de fréquentation.

L’élément distinct et crucial dont il faut tenir compte avec ces enfants est d’ordre linguistique, mentionne Mme Lemieux : il est impératif qu’ils maîtrisent la langue française, du moins minimalement, pour être en mesure d’exprimer leurs besoins.

Le facteur culturel ne peut cependant être évincé, poursuit-elle. « Si traditionnellement, l’enfant doit être à la maison avec la mère, il se peut qu’il y ait des résistances à l’entrée en garderie de la part de la famille élargie. Chez les Italiens surtout, ce sont généralement les grands-parents qui gardent les enfants… » Ces réticences peuvent évidemment saper l’intégration en service de garde.

Qu’ils soient Blancs, Noirs, adoptés ou biologiques, les enfants ne s’ennuieront pas davantage de papa et maman s’ils font une entrée plus hâtive et moins graduelle à la garderie. En fait, c'est surtout le caractère de l’enfant qui déterminera son attitude face à la séparation : l’un se comportera comme s’il avait vécu toute sa courte vie en CPE, alors qu’un autre dira plusieurs fois par jour que ses parents lui manquent, et ce, même si tous deux ont commencé à fréquenter la garderie au même moment, indique Mme Lemieux.

Par Josée Descôteaux

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