Famille

Mon p’tit loup, je suis très malade…

Le maudit cancer. Ce mot qui hante. Qui tue mère et père. Comment annonce-t-on l’abominable à ceux-là mêmes que l’on souhaite protéger des pires monstres depuis leur naissance? Existe-t-il une recette miracle en attendant le remède?

Parler ou se taire?

Le diagnostic est tombé. Qui n’a pas souvenir de l’image percutante de la publicité de la Société canadienne du cancer, dans laquelle la femme est projetée vers l’arrière à l’annonce du diagnostic et dans laquelle toute sa famille subit le même sort lors de l’aveu de la mère? Une fois l’arc-en-ciel d’émotions devenu achromatique, une fois l’incompréhension, les questionnements, la peur et la colère épuisés, il faut encore affronter et parler aux enfants. Dans tous les cas, la transparence et la franchise sont de mise. On aimerait bien leur éviter les bouleversements en optant pour le silence, au cas où, des fois que… Néanmoins, vos enfants ressentent votre anxiété, ils perçoivent vos préoccupations soudainement aggravées. Ils constatent bien vos absences répétées pour des rendez-vous ajoutés au calendrier du réfrigérateur. Le silence ne serait que plus lourd et néfaste pour ceux que l’on souhaitait avant tout protéger. Leur épargner le verdict ou demeurer vague dans les détails ne ferait qu’ajouter à leur angoisse.

L’annonce du cancer : l’histoire de Mélissa

Mélissa allaite son dernier de cinq enfants lorsqu’elle ressent un genre de choc. Une douleur semblable au pincement qui prend au cœur et qui repart. Sauf que ça lui élance dans le sein. Elle n’en fait alors pas de cas, croyant à une mastite. Jamais elle n’a envisagé la maladie à 38 ans, elle qui a de saines habitudes de vie. La douleur étant tout de même très présente, elle a dû insister auprès des médecins, qui croyaient d’abord à des cristaux de calcium sur les glandes mammaires, causés par le vieillissement. Elle subit une biopsie et, en juillet dernier, le verdict tombe : c’est un cancer de forme invasive et elle subira une mastectomie quelques semaines plus tard. Puisque tout s’est déroulé tellement rapidement, elle n’a pas eu d’accompagnement professionnel ni recours aux organismes, ayant reçu la liste de ceux-ci quelques jours seulement avant l’opération qu’elle appréhendait anxieusement, au travers de toute la documentation et de la lecture à faire.

Mélissa a parlé aux plus grands seuls, elle leur a exposé la vérité. Ils ont vu et vécu sa peur et ses pleurs la veille de l’opération. Par contre, vu ses chances de rémission élevées, elle a choisi, pour ses trois derniers, de leur dire simplement qu’elle allait se faire opérer au sein. D’abord en raison de leur jeune âge, mais aussi à cause des troubles de développement de son garçon de 8 ans. La nouvelle était pesante et elle s’est longuement sentie seule et dépourvue de moyens. Si c’était à refaire? Peut-être prendrait-elle le temps d’avoir de l’aide pour éviter l’inquiétude de son 8 ans qui a finalement explosé d’angoisse en lui demandant : « Vas-tu mourir maman? »

Movember : et quand c’est papa?

Le pilier, la force brute, l’homme. Dans son désir de protection envers sa famille, le père va souvent cacher ses peurs et ses doutes lors de l’annonce. Les divers témoignages, bien que différents, reviennent aux mêmes points communs et permettent un même constat : lors de l’annonce faite aux enfants, l’homme est honnête et direct, mais rassurant. Indiscutablement, il va se battre contre la maladie, mais il ne maquille pas cette dernière : c’est un cancer de tel stade, et les pronostics sont ainsi. Il ne fera pas d’éclat et tentera de rester le plus discret possible. Le père demeurera cependant peu loquace sur ses émotions et ses sentiments, voulant rester solide pour consoler les siens. Le plus difficile sera de se sentir faible, fragile et même précaire devant ses enfants. Et par-dessus tout, derrière son visage perdu dans ses pensées, il a peur d’abandonner ceux qu’il aime et qu’il a toujours protégés. Avant même de craindre la mort ou la souffrance, papa craint notre vie sans lui.

Des mots pour le dire

Parfois, les mots et le dialogue demeurent la meilleure ressource. Il y a de ces sujets que l’on doit aborder directement, sans trop de décorum, et l’annonce de la maladie en fait partie.

Josée Masson, travailleuse sociale, fondatrice et directrice générale chez Deuil Jeunesse, propose la technique S-V-P, qui s’avère très efficace.

  • SIMPLICITÉ : Demeurer direct, simple, sans détours ni fla-flas. On va favoriser un environnement calme, auquel l’enfant est habitué – par exemple, la maison – et on préconisera l’annonce à tous les enfants au même moment, pour que tous aient les mêmes informations en même temps.
  • VÉRIFICATION : Est-ce que ce qui est dit, ce qui est annoncé, est bien compris? On vérifie alors que l’enfant ou l’adolescent comprend bien cette maladie et tout le vocabulaire nouveau qui l’entoure.
  • PRÉCISION : Des questions suivront nécessairement ou encore, il se peut que vous connaissiez déjà certaines étapes à venir. Abordez-les. Ne laissez pas planer le doute ou le questionnement, mais tentez plutôt d’encourager le dialogue. 

Des organisations pour vous et votre famille

Les chiffres sont tout de même complètement fracassants : on estime qu’environ une Canadienne sur huit sera atteinte d’un cancer du sein au cours de son existence et qu’une sur 33 en mourra. Bien que les statistiques puissent faire frissonner, il existe des organismes, des professionnels qui sont là pour vous. Que ce soit par le biais de la Société canadienne du cancer ou encore de la Fondation du cancer du sein du Québec, des ressources existent dans votre région et vous en priver ne devrait pas être une option. Utilisez toute l’aide qui vous est offerte et profitez des organismes à votre disposition pour conserver votre énergie au combat.

Sources : Société canadienne du cancer (2013), Cancer.ca, Ruban rose

Lectures inspirantes :

  • Alice au pays du cancer, par Martine Hennuy et Sophie Buyse
  • Ma maman est malade, par Bénou
  • Maman a une maladie grave, par Hélène Juvigny et Brigitte Labbé
  • L’année où ma mère est devenue chauve, par Ann Speltz

Un texte signé par, Marie-Claude Hardy 


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