Garderies

Quand aller à la garderie est difficile

Cas fictif

Tous les matins, c’est la même chose. Antoine, deux ans et demi n’est pas encore debout qu’il répète déjà : « Non pas garderie! Maison maman… » Malgré tous mes efforts pour le rassurer et lui dire qu’il s’amusera avec ses copains, il pleure et refuse de s’habiller. Dans la voiture, il me supplie, sanglote et parfois fait une crise. À l’arrivée au CPE, il s’accroche à moi de toutes ses forces en hurlant comme si je le conduisais à l’abattoir! Ça me déchire le cœur! Il m’arrive même de pleurer, car je me sens tellement cruelle de le laisser ainsi.

Chaque matin, cela me prend un temps fou avant de pouvoir quitter la garderie. Je tente de le distraire en lui montrant des jouets, de le rassurer du mieux que je peux, mais chaque fois que je fais mine de partir, il s’accroche de plus belle. Il exige un nouveau câlin, un nouveau bisou… L’éducatrice me dit de le laisser et de partir rapidement, mais j’ai peur qu’il ait l’impression que je l’abandonne.

Au bout de vingt interminables minutes, je pars enfin pour le travail, la culpabilité au ventre. Je songe parfois à quitter mon travail pour rester avec mon fils jusqu’à l’entrée scolaire, mais mon conjoint dit que ce serait pire et qu’il doit socialiser. Il m’arrive aussi de me demander s’il ne se passe pas des choses « anormales » dans cette garderie. Sinon pourquoi aurait-il si peur d’y rester? Que faire?

L’angoisse de séparation

Vous vous reconnaissez dans le vécu de cette mère? En fait, ce jeune homme semble souffrir de ce qu’on appelle anxiété ou angoisse de séparation. Cette crainte d’être séparé de son parent, le désir de rester toujours dans le giron protecteur et confortable de la famille est particulièrement courant chez les tout-petits âgés d’un à deux ans et s’estompe généralement vers trois ans, alors qu’ils deviennent plus à l’aise dans le groupe et qu’ils connaissent mieux les attentes du milieu de garde. Toutefois, certains enfants garderont un tempérament plus anxieux pendant plusieurs années et continueront de vivre un inconfort plus ou moins intense au moment où ils doivent se séparer de leur père ou de leur mère, en particulier lorsqu’ils doivent faire face à une nouvelle situation.

Comme pour toutes les formes d'anxiété, il est courant que d’autres personnes en souffrent au sein de la famille. Cette propension naturelle à s'inquiéter est souvent alimentée, soit par des événements traumatisants (accident d’automobile, ami qui perd son parent, choc émotif quelconque) ou, encore, par la réaction de l'entourage. Cette forme d'anxiété entraîne non pas des craintes liées aux événements de la journée, mais concerne plutôt des accidents qui pourraient impliquer les parents pendant que l’enfant n’est pas à leurs côtés et qui empêcheraient ces derniers de revenir le chercher.

Les pièges à éviter

Quand on parle d’anxiété, que ce soit la peur des araignées, la peur du noir ou la claustrophobie, les parents tombent régulièrement dans l'un des deux pièges suivants :

A- Faire abstraction de la peur ou, encore, n'y voir que de la manipulation chez l'enfant.
Le parent aura alors le réflexe de le sermonner (« Arrête de faire le bébé... »), parfois même de le punir ou de ridiculiser sa peur (« Voyons donc! Les petites bibittes ne mangent pas les grosses! »), d'ignorer sa crainte ou, encore, de confronter un peu trop vivement l'enfant à l'objet de son anxiété (par exemple, jeter l'enfant dans la piscine alors qu’il a peur de l'eau « afin qu'il apprenne à vaincre ses peurs! »)

B- Surprotéger l'enfant et être un peu trop empathique.
Certains parents tenteront le plus possible d’éviter à l’enfant d'être confronté aux situations anxiogènes (par exemple, on éloignera les chiens de lui puisqu’il en a peur) ou, encore, ils en feront tellement pour le rassurer et deviendront eux-mêmes tellement émotifs que leur communication non verbale confirmera qu'il a raison d'avoir peur. Souvent, l'émotivité du parent sert de modèle à l'enfant : « Si maman semble si bouleversée de me laisser seule, il doit y avoir un réel danger! »

Dans d'autres cas aussi, l'écoute et l'accueil chaleureux du parent lorsque l'enfant vit un malaise sont si « confortables » qu'ils représentent des gains substantiels pour un enfant en quête d'attention et d'amour. À la base, l'anxiété est réelle, mais il se pourrait très bien que, par la suite, l'enfant exagère volontairement ses réactions afin de garder un certain pouvoir sur le parent.

Ce qu'il faut faire?

  • Confrontez graduellement l'enfant à ses peurs : dans ce cas-ci, il faudrait le faire garder régulièrement pour de courtes périodes et, au fur et à mesure que l'enfant semble mieux tolérer les absences parentales, allonger la durée de garde.
  • Adoptez une attitude chaleureuse, mais rassurante, donc une position forte, empreinte d'assurance. Établissez un court rituel de départ : un bisou, un câlin et un « bye, bye mon chou, à tantôt! »
  • S’il pleure, montrez-vous empathique, mais sans dramatiser : « Je sais que tu as de la peine, mais ça passera dans quelques minutes... Bye, bye mon coco. Je t'aime! À tantôt! » NE VOUS ÉTERNISEZ PAS AU MOMENT DE PARTIR! Votre attitude non verbale doit vouloir dire : « Tout va bien, il n'y a pas de problème. »
  • Ne craignez pas les pleurs et ne tentez pas d'éviter ce qui fait peur à l'enfant. Les gens paient pour aller à la Ronde seulement pour avoir peur. Donc, au moment du départ, ne tentez pas d'empêcher l'enfant de pleurer et ne tentez pas de le rassurer à tout prix. Il a le droit de pleurer et s'ennuyer ne le tuera pas.
  • Laissez un « objet transitionnel » à l’enfant. Celui-ci lui permettra de se sentir un peu comme à la maison ou de se rassurer lorsqu’il aura des périodes d’ennui. Une doudou, une photo de la famille ou même le pyjama de maman peuvent l’aider à mieux accepter l’éloignement.
  • Allez chercher l’enfant toujours au même moment de la journée. Il apprendra graduellement à se repérer dans le temps et développera ainsi une certaine confiance. « Hum, la sieste est finie, papa arrive bientôt… »
  • À la maison, entraînez-le à vivre l'absence de disponibilité de ses parents : alternez entre des moments où vous jouez avec lui et où vous êtes disponible avec d'autres moments où il doit jouer seul et à remettre à plus tard ses demandes d'attention. Par exemple, allez prendre un bain et verrouillez la porte. Ne l’ouvrez pas même s'il pleure (si papa est là pour répondre aux urgences et le surveiller, bien entendu!).
  • Confrontez-le régulièrement à des nouveautés et inscrivez-le à des activités où il sera en contact avec d'autres enfants (où vous n'êtes pas là). Avant de se décider à participer, il est possible qu'il passe les trois premiers cours à bouder.
  • Enfin, à la maison, évitez de le surprotéger dans toutes les sphères de sa vie. Plus le nid familial sera douillet, moins il se sentira à l'aise à l’extérieur... Sans le brusquer toutefois, entraînez-le à consoler lui-même ses petits chagrins, à jouer seul, à être autonome, à soigner lui-même ses petits bobos, à écouter le film sans être collé à ses parents, etc.
Éducatrices, comment pouvez-vous aider la maman d’Antoine?

Tous les matins, je constate le désarroi de la maman d’Antoine. Elle ne semble plus savoir comment le quitter sans le blesser et reste malheureusement beaucoup trop longtemps à argumenter avec lui. De mon côté, je ne sais pas trop quel comportement adopter. Devrais-je m’imposer et demander à la mère de partir, l’accompagner et tenter moi aussi de le rassurer ou encore, les laisser seuls et assurer la relève lorsque madame s'en va? De plus, bien que la plupart du temps, il se console rapidement, il pleure parfois longtemps après le départ de sa mère et réclame que je le prenne dans mes bras. Je dois aussi m’occuper des autres et il doit socialiser. Que puis-je faire pour l’aider et aider sa mère?

Cette situation est plutôt courante dans les garderies. Les tout-petits ont parfois de la difficulté à se séparer de leurs parents et peuvent vivre une importante angoisse à ce moment. Pour un parent sensible, les matins deviennent alors extrêmement difficiles émotionnellement. La culpabilité et le sentiment d’abandonner l’enfant les tenaillent sans compter la honte d’avoir à affronter tous les matins les regards interrogateurs des éducatrices et des autres parents qui ne semblent avoir aucun problème à quitter leurs rejetons. Voici quelques suggestions afin d’aider ces parents :

  • Ne le prenez pas de façon personnelle! Ce n’est pas vous qu’il n’aime pas, mais le fait de devoir quitter maman. Si sa réaction vous bouleverse, il n’en sera que plus anxieux!
  • À l’arrivée de l’enfant, prenez le temps de venir l’accueillir de façon douce et joviale. « Hé! Bonjour Antoine, comment ça va ce matin? » Oubliez ses réactions de fuite à votre endroit et montrez-vous empathique : « Hum… Tu n’as pas trop envie de quitter maman ce matin, hein? »
  • Entendez-vous avec le parent sur un court rituel de départ et accompagnez-le dans son application : « Bon, OK mon coco, on donne le bisou à maman, un gros câlin… super! On lui dit bye, bye maintenant! Bye! Bye maman! Nous, nous allons jouer avec les amis… »
  • Avec douceur, fermeté et sourire, amenez l’enfant avec vous et invitez le parent à partir tout en le rassurant : « Bonne journée madame Morin. Vous pouvez partir, on s’occupe de votre petit loup. Tout ira bien! » 
  • Une fois le parent parti, invitez l’enfant à se changer les idées en jouant à un jeu qu'il aime bien. Toutefois, s’il choisit de pleurnicher, de bouder ou de se morfondre, c'est son choix. Il ne doit toutefois pas obtenir de gains secondaires tels que trop d'attention ou de câlins ou, encore, une récompense : « Viens, Manon va te donner du chocolat... »
  • S’il pleure intensément et réclame d’être dans vos bras, prenez-le quelques instants (entre deux et cinq minutes) puis déposez-le en lui suggérant un jeu. Laissez-le ensuite pleurer un peu tout en restant empathique : « Ho! Tu as beaucoup de chagrin n’est-ce pas… » Vous le reprenez ensuite encore après quelques instants (cinq ou dix minutes), le rassurez, puis le déposez à nouveau.
  • Installez au mur une séquence visuelle représentant la routine de la journée et aidez l’enfant à s’y repérer : « Regarde, là c’est le dîner, ensuite, la sieste, et après le bricolage, pendant les jeux libres, maman viendra te chercher. »
  • Si l’enfant manifeste souvent son ennui, consolez-le rapidement puis invitez-le à faire quelque chose qu’il pourra montrer à son parent plus tard : « Qu’est-ce que tu dirais si on faisait une grande tour de blocs. Tu pourras la montrer à papa ce soir! Je pense qu’il va aimer ça! »
  • Pour les enfants qui ne se sentent pas à l’aise en groupe et qui ont besoin d’un peu de solitude, aménagez un petit coin tranquille, derrière une bibliothèque par exemple, où il pourra se retirer et jouer seul quand il en ressentira le besoin. Les endroits exigus sont souvent réconfortants pour l’enfant anxieux; il s’agit d’une sorte de cocon.
  • Au départ, n’obligez pas l’enfant à participer aux activités de groupe. Certains enfants ressentent le besoin d’observer longtemps avant de se sentir à l’aise, de plonger. Toutefois, si la situation perdure au-delà de trois ou quatre semaines, commencez doucement à insister pour intégrer un ou deux enfants dans son jeu tout en restant près de lui de façon rassurante. Valoriser, sans exagérer, ses tentatives d’autonomie et de socialisation.
  • Tous les jours, faites part aux parents des PROGRÈS de leur enfant. Évitez toutefois de parler de ses difficultés devant lui afin de ne pas le stresser davantage ni inquiéter ses parents.
  • Soyez patientes! Pour s’adapter à un nouvel environnement, un enfant anxieux peut avoir besoin de deux mois.
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