Papa

Devenir beau-père : un choix, une volonté et tout un défi!

Plusieurs articles ont déjà été écrits sur le sujet et il semble que tout a été dit! Permettez-moi d’ajouter mon grain de sel en vous racontant comment je vis ma vie de beau-père.

Bien que les psychologues théorisent toujours sur le sujet, les divers types de revues nous présentent des articles de personnalités publiques qui ont bien réussi dans leur rôle de beau-père, mais surtout de belle-mère. La littérature nous présente plus souvent ce rôle au féminin qu’au masculin. À prime à bord, c’est normal. Le stéréotype de l’homme peu intéressé à la vie familiale est l’un des plus répandus. Cependant, être beau-père n’est pas facile. Nous ne sommes pas préparés à ça.

J’ai 36 ans, je n’ai pas d’enfant, j’ai un travail qui demande beaucoup de temps et j’ai une vie sociale active. Si un de mes chums de gars m’avait dit il y a quelques années : « eh le gros, tu vas rencontrer une femme avec des enfants », j’aurais éclaté de rire en disant : « t’es malade! », rien de moins!

Choisir son rôle

Et voilà, j’ai eu le choix, car nous avons toujours le choix. J’ai rencontré une femme d’exception avec de surcroit des enfants. Oui, oui des enfants! Non pas que je n’aime pas les enfants, puisqu’à entendre l’ensemble des parents c’est le « fun » d’en avoir.

Personnellement, je n’avais jamais fait une croix sur le fait d’avoir des enfants, bien à moi. Est-ce que j’avais eu des projets, non pas réellement. Est-ce que j’ai des enfants par procurations, oui comme l’ensemble des oncles et des tantes. Ma sœur a des enfants, tout comme mes cousins, mes amis, etc. Ils sont beaux, ils sont gentils, on en voit souvent que le meilleur. Tout est beau. Lorsqu’on les visite, on les bourre de chocolat, on s’amuse et ça s’arrête là. Les parents sont là pour les dodos, les devoirs, les pleurs, les crises, les couches, les bains et tout le reste. On reste l’oncle gentil, la personne amusante. On tire le meilleur d’eux. Jusque-là, nous avons le beau rôle. Mais ça va basculer. Le rôle de beau-père approche.

En mode apprentissage

Dès notre jeune âge, par notre éducation, nous sommes conditionnés à être parents biologiques. On nous prépare à fonder un foyer. Nos parents et la société dans laquelle nous évoluons nous racontent comment c’est plaisant de changer les couches, de donner les biberons, de voir les premiers pas de notre enfant, de regarder un petit être vivre et grandir. Nous apprenons à être présents dès le premier jour, non pas au 1456e ou au 2912e. Je sais que certains beaux-pères arrivent tôt dans la vie d’un enfant. Ce sont des beaux-pères de classe spéciale. Cependant, d’autres, comme moi, arrivent lorsque les enfants sont plus vieux. Alors, on apprend vite, que dire, à la vitesse grand V. Nous apprenons notre rôle tandis que l’enfant apprend le sien. Nous sommes tous les deux en modes éducations et pas dans la même classe.

Au risque de le dire et le redire, eh ben, notre rôle n’est pas clair. Au point de départ, nous sommes un intrus pour ces enfants. Puisque nous, beaux-pères, tentons tant bien que mal et de façon bien maladroite de créer une zone naturelle avec notre nouvelle flamme, mais l’équation n’est pas aussi facile lorsqu’entre en jeu la présence d’enfants. Nous sommes comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Nous tentons d’être l’ami des enfants tout en étant l’amoureux de la maman. À certains moments, on les entend presque dire : « Si tu n’es pas content, retourne d’où tu viens » ou « Tu es ici chez moi, pas chez toi ». Nous sommes importants et la minute d’après… je crois que vous comprenez.

Un beau défi

Avoir une nouvelle flamme, c’est excitant, c’est palpitant et merveilleux. Vivre avec elle est une étape majeure, mais vivre avec elle et avec ses enfants, c’est un défi encore plus imposant. Dans ce cas, il est clair que nous ne sommes pas tous au même niveau émotionnel. La clé est donc de prendre notre temps. Dans mon cas, ma conjointe avait décidé d’attendre avant de dire aux enfants que « l’ami de maman » était en fait son amoureux. Nous avons pris presque neuf mois avant de leur dire.

Ces enfants, je les aime. Je ne les aime pas comme leur père, puisqu’ils auront toujours leur père et leur père va toujours rester leur père. En aucun cas, je ne veux prendre cette place. Bien que je ne connaisse pas réellement quel est mon rôle, je sais que ce n’est pas le mien. Je les aime puisqu’ils font partie de ce qu’est ma conjointe. Ils sont parties prenantes de la femme que j’aime. Je reconnais en eux ce qu’il y a de plus beau et de plus fort, ce qui m’a impressionné chez ma copine, celle que j’ai choisie. Elle est mon amie, ma confidente, mon amoureuse et ses enfants sont parties prenantes de ma nouvelle vie avec elle, une vie qui va très vite.

Dans mon cas, je n’ai pris la place de personne. Notre entourage nous demande souvent si ma nouvelle copine était séparée lorsque je l’ai rencontrée. C’est une question légitime. Bien que ça semble changer la perception de notre entourage immédiat, ça ne change rien pour les enfants. Pour ces derniers, tu prends la place de papa. Tantôt on le ressent, tantôt non. Les enfants nous diront parfois : « Tu ne fais pas comme Papa? » Eh bien non, puisque je ne suis pas Papa.

Cette adaptation demande du temps, mais du temps le beau-père n’en a pas autant qu’il le voudrait. Le beau-père tente d’apprivoiser sa nouvelle vie, de créer l’espace avec sa copine et de composer avec les enfants. C’est beaucoup à faire, tout en même temps, en si peu de temps. Je deviens membre d’une famille recomposée, qui est par le fait même le fruit d’une famille décomposée, d’un tissu familial dont je ne connais rien avec plein de souvenirs, de fou rire, de voyage et de joies de toutes sortes que je ne partage pas. Je l’avoue, égoïstement, j’en suis parfois jaloux.

Est-ce qu'il y a un manuel ?

De plus, rajoutons à cela toute la gamme d’émotions que traverse ma conjointe devant la situation, la tristesse, regret, culpabilité, colère… Chaque membre de la famille vit différemment la séparation, l’éclatement de cette cellule familiale. Et le beau-père, en l’occurrence moi, ne sait pas comment agir. WOW!!! est-ce qu’il y a un manuel? Existe-t-il un BAC en « beau-pèrologie »? Qui peut nous aider à être un beau-père digne de ce nom?

Selon moi, il ne faut surtout pas précipiter les choses. On doit laisser le temps faire son ouvrage. C’est facile à dire, mais difficile à faire, puisque le beau-père n’a pas le contrôle sur l’agenda familial. Dans notre nouvelle vie, tout a déjà été établi. Il est vrai que pour certaines situations, c’est une grande chance, mais à l’occasion on peut se sentir exclu du cercle de décision. Heureusement, il y a des décisions moins importantes qui nous donnent l’occasion de nous affirmer et devant lesquelles notre conjointe repose sur nous.

Petit à petit

En résumé, prendre une place de beau-père ne se fait pas en un jour. Il faut construire ce rôle brique par brique. Il faut bâtir une confiance envers la mère, d’une certaine façon envers le père et surtout envers les enfants. Il faut faire preuve de tact, de discernement et d’abnégation. Mais croyez-moi, le jeu en vaut la chandelle.

En conclusion, il faut garder à l’esprit que, bien malgré nous, il peut y avoir une sorte de compétition entre le beau-père et le père. Tous les deux aiment autant les enfants, mais d’une façon bien différente. Cette compétition relève d’une mauvaise définition du rôle du beau-père, mais surtout du fait que nous avons toujours peur de perdre notre place. Cependant, il y a suffisamment de place dans les cœurs de ces enfants pour nous tous. Il faut simplement les écouter et surtout ne pas les mettre dans une position de conflit. Leur vie est déjà assez difficile comme ça.

Une chose est certaine, si on me disait aujourd’hui : « Eh le gros, tu vas rencontrer une femme avec des flos », je répondrais : « Oui et j’en suis fier. J’ai une femme merveilleuse et j’apprends à vivre une vie fantastique ».

Par Étienne Boulrice


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