Bébé

Dédramatiser le biberon

Vous n’avez pas pu ou pas voulu allaiter. Voilà c’est dit. Malgré toutes les pressions des pro-allaitements et une tonne de culpabilité, bien souvent, vous avez donné le biberon à votre bébé.

Et alors? Il est temps de dédramatiser le biberon.

« Le nourris-tu? »

« Jusqu’à quel âge tu as donné le sein à ton enfant? »

« Ahh! Tu donnes le biberon? Pourquoi tu n’as pas allaité? »

Que répondre quand on n’a pas allaité notre enfant? Que ce soit par choix ou parce que notre corps n’y arrivait tout simplement pas.

Comment ne pas se sentir attaquée par ces remarques? Notre si fragile estime de soi en tant que nouvelle maman est chaque fois ébranlée par ces petites phrases. Comment sentir le poids de la société, des savantes études et des regards de mamans qui allaitent et qui nous vantent tous ses mérites et ses bienfaits, quand il faut prendre la décision d’allaiter ou non, seule dans une petite chambre d’hôpital avec un nouveau-né qui hurle sa faim?

Allaiter son enfant n’est pas toujours facile. Parfois, on peut tout simplement ne pas être à l’aise avec cette méthode ou à l’aise de le faire publiquement. Parfois, notre production de lait ne suffit pas à notre petit glouton. Parfois, on n’a simplement pas envie d’être la seule personne pouvant s’occuper de notre enfant. Parfois, après des journées à allaiter presque 20 heures par jour son bébé, on a envie d’arrêter pour pouvoir avoir un peu de temps pour simplement profiter de notre nouvelle vie. Parfois, on peut trouver l’expérience pas si formidable que nous l’avaient dit nos amies et nos voisines.

Il y a des dizaines de raisons de ne pas allaiter. Comme il y en a autant pour le faire. Le fait est que depuis près de dix ans règne sur tout le Québec un fort vent pro-allaitement. L’allaitement semble être le choix unique. Pourtant, ce n’est pas vrai. On a toujours le choix. Parce qu’être une bonne maman ne se limite pas à la question : tu allaites ou pas?

Mieux ou pas : là n’est pas la question

Qu’on le précise tout de suite, le lait maternel est le meilleur aliment pour les bébés. Soit. Mais donner une préparation de lait n’est pas aussi dramatique que voudraient bien nous le faire croire certaines études ou certains bien-pensants.

Le discours du docteur Michael Kramer, éminent chercheur à l’université McGill, est déculpabilisant. Selon lui, allaiter son enfant n’est ni plus ni moins important que de ne pas fumer, d’attacher son enfant, de lire avec lui, de jouer avec lui, etc. Selon lui, on a tendance à exagérer les bienfaits et faire lourdement porter le blâme aux mamans qui optent pour le biberon pour n’importe quelle raison.

Le lait maternel n’est pas l’aliment miracle que vantent plusieurs études. La Presse en a fait tout un dossier l’an passé. Même si bien des études nous vantent ses bienfaits sur l’intelligence (meilleur QI et performances cognitives renforcées), le système immunitaire, la réduction des allergies, la prévention de l’obésité et du diabète et autres aspects de la santé, le docteur Kramer lève un drapeau. Il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre, dit-il. Certains bienfaits ne seraient observables que durant l’allaitement de l’enfant (comme la prévention contre les différentes infections), sans plus! Ensuite, les enfants combattent les virus de la même façon qu’ils aient été allaités ou non! Même que certains enfants n’ayant développé aucun anticorps durant l’allaitement seraient moins en mesure de combattre les petits virus. 

Suivre le courant… ou son instinct?

Quand on devient mère, tout le monde a un conseil pour nous. On a du mal à démêler tout ce qu’on devrait faire et ce qu’on ne devra pas faire. Tout le monde se mêle de l’éducation et de la façon qu’on prend soin de nos enfants. Étant de plus en plus informée, on essaie de peser le pour et le contre de chaque étude, voulant inévitablement le mieux pour notre enfant, on en vient à suivre le courant sans même se poser de question. On oublie qu’on peut – même qu’on doit – choisir le mieux pour nous et notre enfant. Pas le mieux dicté par les grandes études.

On voudrait bien ne pas envoyer notre enfant à la garderie avant ses deux ans, mais cela est-il vraiment possible et réalisable? On peut aimer notre boulot, vouloir y retourner sans être pour autant une mauvaise maman. On peut aussi tout simplement ne pas avoir le choix; les factures ne se paient malheureusement pas toutes seules! Et puis, on n’est pas toutes faites pour rester à la maison pour élever des enfants. Pour l’allaitement, c’est la même chose. Même si le discours ambiant louange cette pratique, cela ne veut pas dire que cela nous convient. Et on doit refuser de porter le blâme. On n’est coupable de rien en donnant le biberon.

Même le gouvernement québécois a largement soutenu ce mouvement pro-allaitement. Le coup dur : retirer du guide Mieux vivre avec son enfant, remis à toutes les futures ou nouvelles mamans, les pages concernant l’alimentation au biberon. Comment les mamans, épuisées, se sentant très souvent coupables de pas allaiter et ne pas suivre les préceptes de l’écho de la société et ne voulant pas étaler au grand jour le fait qu’elles n’allaitent pas ou n’allaitent plus, pouvaient s’y retrouver? Quelle quantité donner? Quels sont les conseils ou les trucs? Exit! On avait tout éliminé. Aurait-on eu idée d’enlever les informations sur comment se remettre d’une césarienne simplement parce qu’il serait préférable d’accoucher le plus naturellement possible? Finalement, dans les nouveaux guides, les pages consacrées au biberon sont de retour

Pas de honte… que le choix!

Dans le dossier de La Presse, des mamans avouaient avoir eu le sentiment de se faire regarder de travers parce qu’elle donnait le biberon. Certaines affirmaient même « J’avais l’impression de lui donner du poison à rat », rien de moins! Pourtant, il n’y a pas de honte à donner le biberon à notre bébé. Ce qu’il faut retenir, c’est que même si le lait maternel reste toujours le meilleur aliment pour les enfants, il n’est pas le seul aliment possible. Qu’on allaite ou non, ça ne fait pas de nous une meilleure maman. Une femme ayant eu une césarienne est-elle moins bonne mère que celle qui a accouché naturellement avec une sage-femme? Celle qui retourne travailler est-elle mieux jugée que celle qui reste à la maison? Être une bonne mère ne peut se décrire simplement. C’est un ensemble de facteurs qui font de nous la maman parfaite pour notre enfant et notre famille. Et cela ne concerne que nous finalement. C’est un choix à faire qui en implique plusieurs autres (sommes-nous prêtes à cet investissement de temps et d’énergie?, si on a d’autres enfants, on se sent capable aussi?, etc.). Comme tous les choix qu’on aura à faire ensuite pour notre enfant…

Plus encore, une maman qui va bien, qui se sent bien dans ce nouveau rôle - probablement le plus important de sa vie-, qui est à l’aise avec ses décisions, c’est elle qui sera le plus en mesure de bien s’occuper de son enfant. Donner le sein en pleurant toutes les larmes de notre corps parce qu’on est fatiguée, qu’on n’en peut plus, qu’on ne se sent pas bien, qu’on n’aime pas cela sans oser l’avouer, ce n’est pas mieux pour un enfant et sa mère! Un enfant a besoin d’une mère confiante, aimante et le plus possible reposée et apte à lui consacrer du bon temps qu’elle ait choisi d’allaiter ou non!

Comment avez-vous vécu la décision d’allaiter ou de ne pas allaiter? Inscrivez vos commentaires dans l’espace prévu à cet effet sous l’article.
Image de Nadine Descheneaux

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