Famille

La fratrie, quel casse-tête!

La fratrie est un immense thème de la parentalité, rarement vécu avec sérénité. Entre notre propre histoire, nos projections et les aspirations sociales, c’est un sujet explosif, bourré de culpabilité et d’impression d’incompétence. Essayons d’y voir plus clair.

Ajouter un membre à la famille représente un énorme défi. Nous rêvons tous de la famille harmonieuse, et en secret, nous espérons faire mieux que notre propre fratrie. On le sait, c’est un sujet sensible, parfois même douloureux. Alors évidemment, lorsque nous sommes confrontés au réel, il n’est pas évident d’accueillir nos émotions qui sont souvent ambivalentes.

La dualité est totale. On se sent toujours déchiré, et c’est bien normal. Vouloir offrir autant au petit dernier, mais se morfondre de ne plus arriver à donner ce que l’aîné avait déjà. Manque de temps, l’adaptation, la fatigue… Les parents souffrent généralement du syndrome de « l’équitabilité aigue ». Ils veulent donner autant et surtout être le plus juste possible. Ce serait sûrement cela la définition du bon parent : distribuer autant à chacun de nos enfants.

Des besoins différents

Or, les enfants, selon leur âge, leurs phases et leur tempérament, n’ont pas toujours les mêmes besoins. C’est clairement une piste de réflexion car donner équitablement ne signifie pas donner autant ou la même chose, au même moment.

Nous découvrons également que, malgré une éducation assez similaire, nos enfants ne réagissent pas de la même manière. ll est donc important de reconsidérer notre relation pour faciliter les rapports entre les membres de la famille et surtout, observer nos enfants; répondre à leurs besoins implique de répondre à ce dont l’enfant a (vraiment) besoin – et non à ce qu’on imagine de ses besoins. Rester à l’écoute demeure la meilleure stratégie pour diminuer notre culpabilité, et surtout pour nous donner confiance en notre compétence de parent.

De grandes attentes

Nous avons malheureusement beaucoup d’attentes en tant que parent. La fratrie est un sujet central et il engendre régulièrement des déceptions et de la frustration. Si les frères et soeurs s’entendent bien, nous recevons un peu cela comme une réussite de notre éducation. C’est extrêmement valorisé socialement : la famille heureuse qui s’entend, partage et s’aime. Nous attendons des aînés qu’ils prennent beaucoup sur eux car ce sont les grands, les raisonnables. Des petits nous voudrions qu’ils collaborent et qu’ils comprennent rapidement pour pouvoir vite interagir avec les plus grands et rencontrer l’harmonie, le but ultime, et ce, le plus tôt possible.

La famille est une micro société et il est normal de rencontrer des désaccords, des conflits. Cela fait aussi partie de l’apprentissage et du développement des enfants. Partager l’espace, le temps, les soins, l’attention, c’est un travail de longue haleine et plus nous sommes conscients des difficultés sans les nier, plus il sera facile d’accueillir les émotions de nos enfants, et les nôtres! Cela réveille en nous les souvenirs de notre enfance, de notre propre fratrie, notre place dans la famille, la gestion des conflits, certaines blessures, certains irritants ou des envies difficiles à atteindre.

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Josée Lavigueur dans son quotidien

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