Même si l’arrivée d’un bébé est une période si merveilleuse que plusieurs parents supportent les nuits agitées comme un mal nécessaire, il ne faut pas négliger les conséquences concrètes que peut avoir la privation de sommeil.
Maternité, paternité et nuits paisibles semblent a priori peu compatibles, tout au moins pendant quelques semaines, voire quelques mois dans les cas les plus difficiles. Les perturbations du sommeil chez les nouveaux parents paraissent tellement inévitables qu'on en parle peu. D'ailleurs, le sommeil commence parfois à poser problème bien avant la venue de bébé.
Avant l’accouchement
Le dernier trimestre est très épuisant pour la mère et éprouvant chez certains pères. Le sommeil est perturbé par les positions inconfortables, le besoin d’uriner fréquemment, la manifestation de bébé par de petits coups de pieds, sans oublier toutes les inquiétudes qui trottent dans la tête de maman (et de papa aussi!) par rapport à l’accouchement. Les nuits blanches sont déjà en place et bébé n’est même pas arrivé!
Même si on ne peut accumuler de sommeil avant l’arrivée de bébé, le fait de trouver le moyen de se ménager, de se reposer même sans dormir profondément, permet d’être plus en forme au moment de l’accouchement et par la suite. Si vous le pouvez, chers parents, éliminez le plus possible la fatigue avant l’arrivée de bébé. Voici deux suggestions :
De plus, les futurs grands-parents, en règle générale, sont généreux de leur temps et désireux d’aider. Demandez-leur de vous concocter des repas que vous pourrez congeler (par exemple : pâté chinois, lasagne, sauce à spaghetti, soupe-repas, pot-au-feu, pain de viande, cigare aux choux, etc.). Une vingtaine de repas préparés d’avance feront la différence lors des premières semaines, dans la gestion de votre temps… de sommeil.

Bébé est arrivé!
Les nourrissons diffèrent les uns des autres, cependant, un point fait l’unanimité : ceux qui font leurs nuits sont extrêmement rares. Le nouveau-né ne différencie pas le jour et la nuit. Ses réveils se produisent à n’importe quel moment, il est indifférent à l’environnement lumineux. Si vous faites partie des parents dont le nourrisson mange davantage le jour et dort mieux la nuit, estimez-vous chanceux, c’est un pur hasard.
Les premiers temps, dormir et se nourrir sont les activités exclusives d’un nouveau-né. Ses pleurs sont essentiellement motivés par la faim, qu’il soit nourri au sein ou au biberon. Un nouveau-né dort beaucoup, en moyenne 18 heures sur 24, mais il existe d’emblée des différences importantes dans la durée. Certains bébés, gros dormeurs, passent près de 20 heures en sommeil, d’autres, petits dormeurs, auront besoin de 16 heures sur 24, sans que cela soit anormal. Cependant, comme les réveils des premiers jours sont essentiellement agités (il ressent dorénavant la faim), un nouveau-né qui dort peu est souvent un bébé qui pleure beaucoup, situation potentiellement pénible pour les parents.
La relation au sommeil se crée dès la naissance et les habitudes de sommeil qui seront mises en place doivent favoriser l’autonomie du bébé dans sa capacité à s'endormir. Malheureusement, comme il n'y a pas de manuel d'instruction en pièce jointe à l'arrivée de notre petit trésor, des difficultés de parcours se produisent. Il convient donc d’éviter de tomber dans certains pièges face au sommeil du nourrisson et de mettre en place des stratégies qui vont lui permettre de se créer des conditions d'endormissement propres à lui. Ainsi, toute la famille pourra en bénéficier!
Piège à éviter : l’impression de réveil lors du sommeil agité
Dans les premières semaines de vie, lorsque le bébé est en sommeil agité (sommeil contenant majoritairement des rêves), son visage est particulièrement expressif avec de multiples mimiques. Il ne paraît pas vraiment endormi, mais plutôt traversé de moments de malaise, de douleur et puis aussi de bien-être. Il peut gazouiller, carrément pleurer ou même ouvrir les yeux. Trop de parents interprètent ces expressions comme des signes d’éveil, de souffrance ou encore d’appel. La projection de leurs expériences émotionnelles d’adulte sur des mouvements quasiment réflexes de leur bébé fait intervenir les parents parfois à tort. Pour consoler l’enfant, le rassurer, ils finissent par réellement le réveiller. Résultat : le sommeil calme ne succède plus naturellement au sommeil agité. Ces réveils intempestifs provoqués par l’adulte gênent son repos normal, le fatiguent, mais surtoutinculquent au bébé l’habitude de se réveiller après une période rêves.

Il se crée un véritable cercle vicieux : les parents, bien intentionnés veulent rassurer leur bébé, mais nuisent directement à son sommeil. Il est bien plus néfaste de rompre un rythme de sommeil d’un tout-petit que de le laisser pleurer quelques instants sans le consoler. Il s’agit là d’une des causes des problèmes de sommeil où l’enfant va se réveiller, chaque nuit à toutes les deux heures ou presque, parce que son cerveau aura associé « fin de sommeil agité » (période de rêves) à « réveil ».
Stratégie : alternance entre le berceau et les bras pour dormir
Afin de favoriser la transition entre la vie intra et extra-utérine, il convient de procurer au nouveau-né des moments où il s’endort dans les bras de ses parents et où il pourra y rester toute une période de sommeil, c'est-à-dire à partir de l’endormissement jusqu’à son éveil spontané. Ensuite, une autre fois, il y a lieu de le coucher au moment où il ralentit sa succion pour qu’il apprenne à s’endormir seul dans son lit. L’idéal est de ne pas mélanger les deux scénarios, c'est-à-dire lorsqu’il s’est endormi dans vos bras de le déplacer pour le mettre dans son lit. D’abord parce qu’il risque de s’éveiller, ensuite, parce que le fait de se réveiller dans des conditions et un lieu différent de ceux de l’endormissement est insécurisant. Cela vous est-il déjà arrivé? Même pour un adulte c’est angoissant.
Par ailleurs, le seul moyen pour les deux parents de ne pas sortir épuiser de cette période consiste à pratiquer l’alternance des disponibilités. Le père assume au moins les tétées de nuit du vendredi et du samedi puisqu’il peut possiblement ces jours-là, récupérer par une grasse matinée ou une sieste. Les autres journées peuvent être à la charge de la maman qui récupérera un peu son temps de sommeil lors des siestes de bébé.
L’éloge de la sieste
La multiplication des nuits blanches retentit sur l’humeur, empoisonne la relation amoureuse, mais aussi se répercute sur la performance des parents dans leur quotidien. Une majorité déclare éprouver des difficultés à effectuer des tâches simples dans la journée. Dans certains cas, le manque de sommeil est si important que des chercheurs soulignent que la conduite automobile devient comparable à celle observée après la prise d’alcool. Des études ont ainsi montré qu’une nuit blanche altère davantage les réflexes et la conduite qu’une alcoolémie dépassant les valeurs légales. De fait, une privation de sommeil importante retentit sur l’équilibre général.
Pour éviter que la dette de sommeil n’affecte trop profondément l’équilibre psychique des parents et leur sécurité quotidienne, il est indispensable que l’entourage et la mère fassent en sorte de se ménager des moments de repos. Comment y arrive-t-on avec un nourrisson de quelques semaines?
Malheureusement, la science n’a pas encore trouvé mieux à dire que de profiter des moments de sommeil de l’enfant pour dormir pendant la journée, même si cela conduit à négliger quelque temps les tâches ménagères. Ce repos aide à éliminer le surplus de fatigue provoquée par une nuit trop courte. Mais ces siestes ne sont pas toujours faciles à mettre en pratique. Si vous n’arrivez pas à récupérer, il faut y voir sérieusement. Par exemple, vous pourriez à tour de rôle aller dormir dans une pièce éloignée du lit de bébé ou bien dormir une nuit chez un ami ou la parenté. Une autre possibilité serait de faire garder bébé une nuit par un membre de la famille en qui vous avez confiance. Effectivement, cela implique pour celles qui allaitent de préparer des biberons à l’avance, mais pour une nuit de sommeil complète, cela vaut le coup!
Concernant les tâches ménagères, il est possible d’engager du personnel que pour nettoyer quelques pièces seulement, par exemple : cuisine, salle de bain et salon, c’est moins dispendieux et cela fait du bien au moral.
En terminant, les parents ne doivent pas hésiter à aller chercher de l’aide si les réveils nocturnes sont trop fréquents ou persistent au-delà des six premiers mois. Aussi, il est important que la mère demande du soutien ou aille consulter si elle se sent épuisée, incapable de gérer le quotidien. En effet, les dépressions du post-partum sont fréquentes et peuvent entraîner par elles-mêmes un besoin continuel et irrépressible de dormir. Un médecin pourra rechercher la présence d’un tel épisode dépressif et proposer un traitement qui pourra contribuer à rompre ce cercle vicieux.
Enfin, rassurez-vous chers parents, les premiers mois ne durent pas toute la vie!
Pour en savoir plus sur le sommeil des enfants :
Comment aider mon enfant à dormir
De la naissance à l’adolescence
Par Brigitte Langevin, auteure, conférencière et formatrice
www.brigittelangevin.com
Brigitte Langevin, Auteure, conférencière et formatriceJuin 2008
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