Plan du sitePublicité

Papa pour la vie

Difficultés

Les facteurs facilitant la demande d’aide des hommes

Le texte qui suit reprend de larges extraits d’un texte plus long qui a été écrit par Raymond Villeneuve (coordonnateur du Regroupement pour la Valorisation de la Paternité) en collaboration avec Yvon Lemay du Carrefour familial Hochelaga (intervenant pour les services d’hébergement des Maisons Oxygène et Claude Hardy). L’objectif fixé était d’identifier les facteurs facilitant la demande d’aide des hommes à partir de l’expérience pratique d’Yvon Lemay et de propos recueillis dans la littérature par Raymond Villeneuve. Bonne lecture!

Les services d’hébergement du Carrefour familial Hochelaga
Les services d’hébergement du Carrefour familial Hochelaga (Maisons Oxygène et Claude Hardy) ont accueilli plus de quatre cents pères et plus de huit cents enfants depuis dix-sept ans. Faute de place, ces services refusent toutefois des pères et des enfants chaque semaine et même parfois, en période de pointe, refusent jusqu’à deux demandes d’hébergement par jour. Dans ce cas, les demandeurs sont référés vers d’autres ressources. Mais comme ces deux maisons constituent la seule ressource d’hébergement père-enfants au Québec, les demandeurs d’aide ne peuvent être hébergés ailleurs.

Les demandes d’aide des pères sont principalement motivées par les causes suivantes : comportement dépressif suite à une rupture amoureuse, fragilisation du lien avec les enfants, prévention ou interruption de l’itinérance familiale, prévention de la violence, prévention du placement des enfants et tentative de prendre un nouveau départ dans la vie. Ces demandes sont souvent faites en état de crise et une expertise pratique a été développée pour faciliter les demandes d’aide des pères et gérer ces situations souvent explosives.

Démarche
Lorsqu’un problème survient, l’homme le perçoit (J’ai un problème) ou ne le perçoit pas (J’ai pas de problème, J’ai pas besoin d’aide). Si l’homme perçoit le problème, il décide d’agir ou pas. Finalement, si l’homme décide d’agir, il passe à l’action, mais pour cela, il doit connaître les ressources existantes et accepter de les utiliser. Lorsqu’un homme demande de l’aide, il en est donc à l’étape trois du processus et chemine intérieurement depuis longtemps. À ce stade, où l’homme est souvent en crise, il importe donc de réagir promptement et adéquatement à sa demande d’aide sinon, la situation risque de se dégrader rapidement et d’entraîner des conséquences irréversibles.

Dans l’étude québécoise Les trajectoires de demande d’aide des hommes en difficulté, il a été établi que 85 % des hommes de l’échantillon ont demandé de l’aide lorsque la relation avec les conjoints et les enfants était très détériorée. La littérature nous enseigne aussi qu’en situation de détresse les hommes ont tendance à consommer beaucoup plus souvent de l’alcool et des drogues que les femmes. Pour toutes ces raisons, il importe d’identifier les facteurs favorisant la demande d’aide des hommes afin de mieux les aider, eux et leur famille.

Facteur 1 : La socialisation des hommes
Selon Germain Dulac, les hommes ont souvent de la difficulté à percevoir qu’ils ont un problème de santé, car l’idée d’avoir un problème est incompatible avec les rôles masculins. Ainsi, rechercher de l’aide peut être interprété socialement comme un signe de faiblesse, un signe de non-masculinité. Pour ces individus, la demande d’aide n’est pas envisagée comme moyen de bonifier la situation, mais comme une démarche stigmatisante, une menace à leur ego, ce qui les place dans une position de vulnérabilité. Une telle attitude ne laisse que peu de place à l’expression de la souffrance et de la douleur. Pour appuyer ces propos, il est éloquent de mentionner que, au Québec, selon la Régie de l’assurance-maladie, les femmes effectuent 50 % plus de visites chez le médecin que les hommes.

Facteur 2 - La disponibilité des services d’aide
Les intervenants de la Maison Oxygène et les chercheurs s’entendent pour dire que lorsque les hommes demandent de l’aide, ils veulent régler le problème… et vite! Germain Dulac énonce même que les hommes traditionnels ont une perception mécanique de leurs problèmes, et souhaitent en quelque sorte, aller au garage pour… changer le morceau ! De prime abord, les hommes ne souhaitent donc pas entreprendre une thérapie, participer à un groupe de croissance, et s’investir dans un processus d’introspection. Les hommes en crise souhaitent trouver des solutions immédiates à leurs problèmes concrets et souvent très importants. Les intervenants qui répondent aux demandes d’aide des hommes doivent donc souvent faire face à des situations que l’on pourrait qualifier d’urgentes.

28Facteur 3 - L’accueil
Selon le chercheur Cohen : quand les clients arrivent en crise, ne vous concentrez pas tout d’abord sur les détails de leur crise avant de leur offrir un accueil chaleureux. Ne placez pas la tâche de les « réparer » avant celle de les apprécier comme êtres humains. L’accueil des hommes en difficulté est donc déterminant. Les premières minutes, sinon les premières secondes, doivent immédiatement contribuer à créer un climat de confiance. À défaut de quoi, l’homme risque de se replier sur lui-même, refuser de collaborer, voire même… de quitter les lieux sur le champ!

Il importe aussi de mettre en place un accueil chaleureux, sans préjugés, et adapté aux hommes qui doivent sentir qu’ils ont leur place. Ils ne doivent pas avoir l’impression qu’ils dérangent et doivent se sentir écoutés sans jugement. Un vocabulaire approprié, simple et accessible, mettra l’homme en confiance. Un accueil adéquat devrait peut-être même transmettre le message que la demande d’aide de l’homme l’aidera à sortir de son isolement et qu’il pourra dorénavant compter sur le support réel de l’organisme sollicité.

Facteur 4-Les facteurs liés à l’organisme
Selon l’étude québécoise Les trajectoires de demande d’aide des hommes en difficulté, des facteurs tels que l’accessibilité de l’organisme et la visibilité de l’organisme sont pris en considération lorsque l’homme en difficulté passe à l’action. La situation géographique de l’organisme, sa proximité avec le lieu de résidence du demandeur, l’accès par les transports en commun sont autant de réalité qui peuvent faciliter ou non la demande d’aide. La visibilité de l’organisme facilite aussi la demande d’aide. Il n’en demeure pas moins que la meilleure publicité réside toutefois dans le bouche à oreille. Un homme satisfait des services qu’il a reçus sera toujours le meilleur promoteur d’un organisme. La culture de l’organisme est aussi déterminante.

Facteur 5-La proposition de services
Selon Brooks, la thérapie est vue comme une perte de temps chez les hommes traditionnels. Selon l’étude québécoise Les trajectoires de demande d’aide des hommes en difficulté, les hommes auront tendance à éviter les longs processus. Cette étude nous apprend aussi que les éléments suivants peuvent être considérés par les hommes comme des éléments négatifs pendant le processus thérapeutique : avoir à écouter les autres, la présence d’hommes peu motivés, la composition du groupe et la relation parfois conflictuelle avec l’intervenant.

La perception qu’un homme en difficulté a du programme qui lui est offert est déterminante dans sa demande d’aide. Il est donc important que la proposition de services soit claire, nette et précise. L’homme en difficulté doit être convaincu que ses confidences ne seront pas colportées sur la place publique. Sinon, il va se refermer, et sa tension intérieure s’accroîtra. Il pourra même mentir ou tout simplement dire ce qu’on souhaite qu’il dise.

Comme un très grand nombre de pères résidant à la Maison Oxygène vivent ou ont vécu des situations difficiles avec leurs conjointes, il est souvent plus facile pour eux de se confier à un homme qu’à une femme. Leurs confidences souvent crues et leur perception parfois stéréotypée des femmes fait en sorte qu’ils ne tiendront pas toujours les mêmes propos devant un homme ou une femme. Dans son équipe d’intervenants, la Maison Oxygène tente cependant de disposer toujours d’au moins une femme afin de maintenir une ouverture concrète et quotidienne à l’égard de l’autre sexe.

Conclusion
Nous croyons que cinq types de facteurs peuvent faciliter la demande d’aide des hommes : 1) Une socialisation qui leur permettrait de demander de l’aide sans qu’ils se discréditent, 2) Une plus grande disponibilité des services d’aide 3) Un accueil tenant compte de leur réalité 4) Un organisme visible et accessible dont la culture interne est sensible aux besoins des hommes et 5) Une proposition de services clairement définie et destinée spécifiquement aux hommes.

Pourquoi une approche destinée spécifiquement aux hommes favoriserait-elle leur demande d’aide? Tout simplement parce que les hommes en difficulté se sentent alors plus respectés, mieux compris et accueillis dans leur différence. Cet accueil sur mesure peut alors constituer la première étape d’un processus de reconstruction qui nécessite tout d’abord la réconciliation de l’homme avec lui-même. Les recherches existantes tendent à démontrer que ce type d’approche est plus efficace (voir Bibliographie).

Dans cette perspective, nous croyons que davantage de services s’adressant spécifiquement aux hommes devraient être mis en place pour répondre à une demande sans cesse croissante. Une meilleure promotion de ces services devrait aussi être réalisée pour que les hommes soient mieux informés et demandent de l’aide plus souvent et plus rapidement.

Comme le dit si bien Germain Dulac…, il faut aider les hommes… aussi!

Raymond Villeneuve, coordonnateur Regroupement pour la Valorisation de la Paternité,
courriel: rvpaternit@cooptel.qc.ca
Téléphone : (514) 528-9227
Yvon Lemay, Intervenant Carrefour familial Hochelaga

Pour obtenir le texte complet, consultez le site RVP, sous l’onglet Paternité.

Bibliographie

  • Aider les hommes… aussi, Germain Dulac, VLB éditeur.
  • Demande d’aide des hommes, Gilles Tremblay, PhD, t.s., École de service social, Université Laval.
  • L’actualité, no Vol : 27 No : 15, 1er octobre 2002.
  • La socialisation : un facteur inhibiteur de la recherche et de la demande d’aide chez les hommes. Germain Dulac, docteur en sociologie, 1989.
  • La trajectoire masculine au travers des trois étapes de la demande d’aide, Germain Dulac, 1997.
  • Les trajectoires de demande d’aide des hommes en difficulté, Collection, études et analyses, août 2002, Daniel Turcotte, Germain Dulac, Jocelyn
  • Lindsay, Gilles Rondeau, Pierre Turcotte.
  • Rapport d’activités, Carrefour Familial Hochelaga, 2005-2006.

Novembre 2006





Pour commenter