Le cadeau d'une vie
Un jour, une mère nous a fait le plus beau cadeau qui soit : le cadeau d’une vie. La vie qui anime notre fille Alicia, adoptée en Colombie. Cette même vie qui anime notre maison et notre cœur.
En 2001, Liette Robin et son époux sont devenus les parents d'Alicia, une petite Colombienne âgée de 3 mois. Ce qui est particulier dans cette histoire d'adoption, c'est que la famille québécoise maintient un contact avec la famille colombienne! Liette Robin nous raconte l'histoire!
Les adieux
Au départ, nous savions qu’elle était la quatrième enfant d’une famille unie, contrairement à beaucoup d’autres histoires où la mère enceinte est violentée ou abandonnée par le père de l’enfant à naître. De la transcription de leur rencontre avec le notaire, nous savions qu’ils avaient réfléchi (ou plutôt hésité) à l’adoption pendant toute la grossesse, qu’ils étaient très préoccupés par leur capacité financière à subvenir aux besoins d’un nouvel enfant et, surtout, à le scolariser. Ils ont signé pour l’adoption cinq semaines après la naissance. Cinq semaines qui furent, sans aucun doute dans notre esprit, remplies d’angoisse et d’hésitations pour eux.
Phénomène rarissime, les parents biologiques d’Alicia étaient retournés lui faire leurs adieux à la fin du délai de 30 jours pendant lequel ils pouvaient revenir sur leur décision. Ce soir-là, j’avais rêvé qu’une personne décédée (qui m’était très chère) m’apportait la petite dans mes bras. Une Alicia identique à celle que nous a remise l’orphelinat. (Autre fait intéressant, Alicia est née à 38 semaines de grossesse… 38 semaines exactement après le décès de cette même personne!). Le lendemain, en recevant un courriel de l'agence, j’ai réalisé que mon rêve était prémonitoire!
Tous ces éléments mis ensemble, nous étions convaincus, mon mari et moi, que les parents avaient agi par amour pour leur fille, et non pour « régler » un problème embarrassant. Instinctivement, quelque chose nous poussait à les retrouver pour leur dire tout notre amour et notre reconnaissance de nous avoir permis d’accueillir Alicia chez nous. Nous voulions aussi leur dire quelle enfant merveilleuse elle est, le bonheur qu’elle apporte à notre famille et qu’elle est bien chez nous. Ces pensées nous suivaient dans nos plus beaux rêves. Par contre, l’angoisse du rejet, du refus et de la colère qu’ils pourraient avoir envers nous, nous inquiétait aussi un peu. Mais toujours, notre instinct nous ramenait à désirer les rencontrer… Depuis le début de notre adoption, à chaque fois que je berçais Alicia, bien collée contre moi, me venaient des images de cette femme qui souhaitait ardemment retrouver sa fille.

Maribel, la maman biologique d'Alicia
Malheureusement, l’orphelinat n’encourage pas les contacts entre familles biologiques et adoptives. Nous y avons donc réfléchi pendant plus de deux ans. Nous en avons parlé à différentes personnes du milieu. Plusieurs nous ont découragés, plusieurs autres ont mentionné avoir peur de ces contacts avec la famille biologique. Mais, comment des gens si démunis pourraient-ils nous causer quelque problème que ce soit? Souvent, ils n’ont même pas le téléphone dans leur maison.
Les retrouvailles
Cinq facteurs ont influencé notre décision de tenter des retrouvailles :
- Notre instinct qui nous a guidés dans notre rêve.
- Une personne a été déterminante dans notre choix, ayant elle-même vécu l’expérience des retrouvailles auparavant. Pour elle, il n’y avait qu’un choix à faire et il était très clair…
- J’ai aussi été touchée par les yeux d’une cousine qui a dû donner sa fille en adoption ici au Québec, il y a 40 ans. J’y ai vu tous les regrets d’avoir perdu sa fille à jamais.
- J’ai regardé un reportage (Enjeux, je crois) où des mères biologiques québécoises expliquaient pourquoi elles voulaient retrouver leur enfant.
- Le voyage dans son pays d’origine d’une amie colombienne qui a accepté de servir de pigeon voyageur!
Contexte
Si nous nous mettons dans le contexte des adoptions qui se font aujourd’hui dans les pays d’origine, la situation ressemble passablement à celle du Québec des années 50. Absence de contraception, rejet des mères célibataires, rejet des enfants orphelins, manque de moyens financiers pour subvenir aux besoins de l’enfant. Et, comme à cette époque, les mères, en donnant leurs enfants, le font en espérant qu’elles prennent la meilleure décision possible, que l’enfant aura une vie plus facile que celle qu’elles auraient pu lui offrir.
Quand j’ai su que notre amie allait à Bogota pour cinq semaines, nous avons mis un morceau de notre cœur dans sa valise. Nous y avons vu un signe du destin. Elle est donc partie avec une lettre qu’elle a traduite et des photos. Elle a posté le tout en arrivant là-bas. Au bout de seulement DEUX jours après l’envoi de la lettre de Bogota, nous avons reçu un courriel de la mère d’Alicia. Ce fut le début d’une histoire comme celle imaginée dans nos plus beaux rêves…








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