Imprimer Fermer
Blogues

Rester amoureux après le premier enfant

Max débarque de la voiture et, arrivé devant la porte, il hésite avant de tourner la poignée. Dans cette maison se trouve pourtant la femme qu’il a choisi d’aimer pour toujours.

Et dans les bras de cette femme se trouve un bébé de 6 mois qu’il a aimé avant même sa naissance et pour lequel il donnerait sa vie. Comment se fait-il qu’il n’ait pas envie de rentrer? Il revoit Claudelle perdre son calme pour une assiette de déjeuner laissée sur la table. Autrefois, un baiser aurait apaisé sa colère, mais c’est loin d’avoir marché ce matin. Max se demande où est passée la femme qu’il connaissait.

Claudelle est dans le salon et regarde l’heure: Max devrait déjà être là. Elle est débordée, et Max n’a pas l’air de s’en rendre compte. Il y a tant à faire, et on dirait que Max ne voit rien. Quand elle lui demande quelque chose, il le fait, mais pourquoi est-ce elle qui doit veiller à tout? On dirait qu’il ne réalise pas qu’ils sont maintenant des parents.

De grandes vagues

Pour un couple amoureux, l’attente d’un premier bébé est pleine d’espérances, de projets fabuleux, de promesses mutuelles. Nous ne soupçonnons pas alors les vagues successives du premier enfant, et qui vont tout raser sur leur passage: la fatigue, l’inquiétude, l’impuissance, l’ignorance. L’arrivée d’un bébé change tout. Tout. Quand je leur en avais parlé, Max et Claudelle avaient souri: peut-être pour les autres, mais pas pour nous. Ils avaient cru, comme tant d’autres, qu’ils seraient assez forts. Mais qui peut retenir les grandes vagues de la vie?

À la venue du premier enfant, il ne s’agit pas de bander nos muscles pour empêcher les changements. Il s’agit de nous préparer à tout lâcher. Lâcher tout ce que nous pensions savoir et tout ce dont nous étions capables.

Nous préparer à perdre le contrôle, à ne rien reconnaître, même pas nous-mêmes. Attendons-nous à ne pas reconnaître l'autre non plus. Pendant la première année, nous aurons parfois le sentiment d'avoir fait un enfant avec un étranger, une étrangère. Ce sera peut-être la première fois que nous serons ensemble dans nos incapacités et nos manques. Et notre déception recouvrira tout le reste pendant un certain temps. Fatigués tous les deux, ignorants l’un et l’autre, terriblement inquiets, mais pas des mêmes choses. Et nous n’aimerons pas ça.

Croire sans voir

Il nous faudra nous dire tout cela l’un à l’autre: nos peurs, nos besoins, nos inquiétudes, tous nos Je l'sais pas! Surtout nos Je l'sais pas! Et on aura peur, terriblement peur que ces mots cassent quelque chose. Il faudra parler du fait que Claudelle n’a pas du tout envie de faire l’amour et que Max n’en peut plus d’attendre que le goût lui revienne! On aura peur de blesser. Et savez-vous quoi? On blessera et on sera blessé, je vous le garantis. Mais je crois sincèrement que c'est le moment de croire sans voir. C'est la grande épreuve de la foi dans cet amour qui a mis au monde au enfant: accueillir nos propres manques et ceux de l'autre, accepter que ce n'est pas comme on l'avait imaginé. Rester là et ouvrir le cœur pour y faire entrer tout ce que nous ne comprenons pas.

C’est dans cette vulnérabilité partagée que l’amour trouve sa voie.

Je ne connais pas d’autre chemin pour rester un couple amoureux après le premier enfant.

France Paradis

Orthopédagogue, conférencière et formatrice en intervention psychosociale, France Paradis est une mère de famille profondément engagée dans sa communauté, et se définit comme une anthropologue du sens de la vie. Ce texte a d’abord été publié sur son blogue personnel. Vous pouvez suivre France Paradis sur Twitter et sur sa page Facebook.

Cette semaine

Commentaires

Mamanpourlavie.tv

Le siège de nouveau-né - Vidéo

26112 vues / 1 commentaire

Suivez-nous

Facebook Twitter Pinterest Google+ Instagram Youtube RSS

Bulletin Ma Grossesse

Abonnez-vous dès maintenant.

Bulletin Bébé grandit!

Abonnez-vous dès sa naissance!

Nos partenaires