Recevoir une personne allergique

Recevoir une personne souffrant de multiples allergies alimentaires est un défi que peu sont à même de relever.

Apprivoiser la bête

Il y a quelques années, nous apportions toujours le repas de notre garçon lorsque nous allions prendre un repas chez quelqu’un d’autre. Pour les anniversaires, les réveillons de Noël ou même pour les petits soupers du dimanche chez les grands-parents, nous avions un congélateur rempli de plats déjà préparés.

Dans notre tête – et surtout dans la tête de nos hôtes – ses allergies alimentaires étaient si complexes à gérer qu’il était impossible de cuisiner un repas sans avoir une grande expertise en la matière. Nous n’avions qu’à apporter un plat de Tupperware de la maison, le mettre quelques minutes au four micro-ondes, et le souper était servi pour Charles-Antoine.

Puis, le temps a passé. Il devenait de plus en plus inconfortable de nous extasier sur les prouesses culinaires de nos hôtes lorsque notre garçon mangeait des plats réchauffés provenant de la maison… Malgré tous nos efforts, il y avait une certaine redondance dans ses repas qui commençaient à le lasser.

Pour recevoir une personne allergique, est-il impératif d’avoir des études postdoctorales en alimentation et en microbiologie? Faut-il vivre dans une bulle de verre aseptisée fraichement nettoyée à grands coups de dégraisseurs industriels?

L’apprentissage

Le premier vrai souper pour Charles-Antoine hors de notre foyer fut chez ses grands-parents. Ils avaient concocté une recette que nous avions l’habitude de faire à la maison. Je crois me souvenir avoir eu au moins une bonne dizaine de conversations téléphoniques avec mes parents pour valider chacun des ingrédients de la recette…

Au final, ce fut une soirée mémorable parce qu’il y avait un invité de moins que d’habitude à la table cette fois-là : le stress. Plus besoin de se laver les mains pendant le repas pour lui passer un bout de pain, plus besoin de se méfier des ustensiles contaminés par différents allergènes et surtout, plus besoin que sa grand-maman évite de l’embrasser sur les joues de peur de lui donner une crise d’urticaire.

Il y avait aussi ce sentiment nouveau qui nous habitait, celui de voir Charlot réellement faire partie de la fête. Vu de l’extérieur, il ne s’agissait que d’un petit garçon qui partageait un souper dominical chez ses grands-parents. Mais vu de l’intérieur, c’était le véritable début de l’apprivoisement des allergies alimentaires à l’extérieur de notre maison.  

Faut pas être plus catholique que le pape!

Peu à peu, au fil des ans, plusieurs membres de nos familles ont emboîté le pas. Il faut bien comprendre que recevoir une personne allergique fait peur. On ne peut pas demander à tout le monde, d’un seul coup, de devenir des experts en alimentation et s’imposer, ne serait-ce qu’un soir, les contraintes parfois surréalistes de notre régime.

Il faut respecter les efforts que les autres sont prêts (ou non) à faire pour apprivoiser la bête. Chacun a ses limites, chacun a ses peurs. Il se peut très bien que quelqu’un ne veuille pas prendre la responsabilité (car c’en est une) de cuisiner pour Charles-Antoine. Et il faut respecter ce choix.

Le problème, c’est qu’il y aura toujours quelqu’un qui croira à des caprices et qu’il ne faut pas être « plus catholique que le pape avec des traces de lait ou d’arachides ». Ces personnes ont de loin l’attitude la plus dangereuse, car ils tourneront vraisemblablement les coins ronds au moment de préparer le repas.

Nous préférons toujours l’attitude de quelqu’un qui ne veut pas assumer la responsabilité de cuisiner pour Charles-Antoine, plutôt que celle de quelqu’un qui ne prend pas les allergies au sérieux…

Et surtout… Surtout, il faut tout faire pour éviter de faire ressentir à notre petit Charlot qu’il est un poids ou que ses allergies limitent les sorties familiales.

Trop de fois des gens nous ont dit, même en sa présence : « On vous inviterait bien à souper, mais à cause de… c’est ben trop compliqué. »

Évidemment, Charles-Antoine, très sensible, comprend toujours parfaitement ce que la personne veut dire par son hésitation. Il encaisse le coup sans broncher.

Comme toujours.



Produit grâce à la participation financière de Téléfilm Canada

Développé par : Un zeste de génie